Le repositionnement de la
politique extrieure amricaine sous l'administration Obama : le rtablissement
de la relation spciale canado-amricaine comme tude-type
Prsentation qui sera
effectue
par
Gilles Vandal
Au
Centre dՎtudes canadiennes
Universit Pierre
Mends-France
Grenoble, le 5 novembre 2009
En 1945, Harry Truman, nouveau prsident amricain, dclarait que les relations entre le Canada et les tats-Unis avaient atteint un tel niveau quil tait devenu impossible de se percevoir comme des pays trangers. Le17 mai 1961, le prsident John F. Kennedy affirmait dans son allocution devant le parlement canadien que La gographie nous a fait des voisins. Lhistoire nous a fait des amis. LՎconomie nous a fait des partenaires. Et la ncessit des allis . Il concluait son propos avec laffirmation Que ceux que la nature a ainsi unis, ne laissent aucun homme les diviser. Paralllement, six ans plus tard, lors de sa visite le 25 mai lExpo 67 Montral, le prsident Lyndon B. Johnson dclarait que Les tats-Unis pouvaient se considrer comme bnis. Nous pouvons remercier Dieu pour beaucoup de chose. Mais le don de la Providence que nous chrissons le plus est de nous avoir donn comme voisin sur ce merveilleux continent le peuple et la nation canadienne . Ces deux prsidents dfinissaient ainsi la relation spciale qui unissait leur pays au Canada.
Cette relation spciale sest en grande partie maintenue, en dpit des alas de lhistoire, jusquՈ aujourdhui. Si cette relation a connu certains soubresauts sous la prsidence de Nixon et ladministration Trudeau, elle retrouva son caractre particulier sous les prsidences de Reagan et Bush, grce lamiti qui les unissaient au premier ministre Mulroney. Durant cette priode, le Canada put conclure deux traits de libre change avec les tats-Unis. Lautorisation exceptionnelle, droit octroy aucun autre pays, pour le Canada de dmnager son ambassade sur lAvenue Pennsylvanie, entre le Capitole et la Maison Blanche, reprsentait un tmoignage particulier de la relation spciale qui unissait les deux pays. Cette relation se perptua jusquՈ la fin de la prsidence Clinton, grce lamiti particulire qui lunissait au premier ministre Chrtien [1]
Dans la foule du 11 septembre et le refus du Canada de participer la guerre en Irak, la relation spciale unissant les deux pays semblait bien tre un phnomne du pass. Due par la politique canadienne, ladministration Bush adopta alors une politique unilatraliste qui faisait peu de cas du point de vue et des intrts canadiens. Toutefois, avec larrive de ladministration Obama, plusieurs signes indiquent que les beaux jours dune relation spciale entre les deux pays pourraient revenir. Dailleurs, le premier ministre Harper affirmait lors de linauguration de Barack Obama que Les tats-Unis demeuraient lalli le plus important du Canada, son plus grand ami et son plus important partenaire commercial et quil avait hte de travailler avec le prsident Obama afin de btir une relation spciale . Lors de sa visite Ottawa, le 19 fvrier, le prsident Obama affirmait, en parlant du Canada, quil aimait le Canada et quil pensait que les tats-Unis ne pouvaient pas avoir de meilleur ami et de meilleur alli.
Dans le cadre du prsent texte, je vais dabord tenter danalyser lՎvolution de la relation spciale qui a exist entre le Canada et les tats-Unis depuis la 2e guerre mondiale. Je vais ensuite analyser les prsents enjeux qui marquent cette relation et les possibilits reprsentes avec larrive de ladministration Obama de rtablir la relation spciale qui a unie les deux pays au cours du dernier sicle. Il a dailleurs lui-mme exprim ce souhait lors de sa visite Ottawa en fvrier 2009.[2]
Le Canada et les tats-Unis se targuent avec raison davoir maintenu depuis prs de deux sicles la plus longue frontire dmilitarise au monde avec ses 8 893 kms. Sil ny a pas eu de guerre entre les deux pays depuis celle de 1812, les vellits dannexion du Canada par les tats-Unis nont pris fin quavec le trait de Washington de 1871. Et encore jusque dans les annes 1930, le Dpartement amricain de la guerre tablissait des plans pour une ventuelle invasion militaire du Canada.[3]
Par ailleurs, le dveloppement des relations conomiques entre les deux pays ne fut pas ais. Aprs lՎchec du trait de rciprocit en 1866, de nouvelles tentatives de conclure un trait de libre change chourent en 1874 et en 1911.[4] Le premier ministre John A. MacDonald dclara le 3 fvrier 1891, lors du dclenchement des lections fdrales qui portrent essentiellement sur la ngociation dun trait de libre change avec les tats-Unis, que quant lui, sa position tait claire. Il tait n citoyen britannique, quil allait mourir comme citoyen britannique, quil allait sopposer de toutes ses forces et jusquՈ son dernier souffle cette trahison voile qui cherche par des moyens sordides et des menaces trangres dtourner la population de son allgeance. . Deux annes plus tard, le premier ministre John Sparrow Thompson dclarait dans le cadre de ngociations commerciales difficiles avec les tats-Unis que les politiciens amricains reprsentaient la plus vile espce de voleurs .
partir de la fin des annes 1930, et ce en dpit de son engagement dans la seconde guerre mondiale, le Canada va commencer se distancer de la Grande Bretagne pour tablir une relation particulire avec les tats-Unis. Durant la priode de laprs-guerre, les relations canado-amricaines se dveloppent partir dune approche continentaliste qui tient compte la fois de linterdpendance conomique et de la proximit culturelle existant entre les deux pays. Cest ainsi que sous la direction des premiers ministres MacKenzie King et Saint-Laurent, les relations pour rduire la dpendance canadienne vis--vis son puissant voisin. Aprs une remise en question de cette relation spciale sous le gouvernement Trudeau, le retour la mode de cette vision continentaliste aboutit durant les annes 1980 un rtablissement partielle de la relation spciale entre les deux pays qui grce lALE, puis lALENA, fournissent un cadre plus institutionnalis aux relations entre les deux pays. Toutefois, le rtablissement de cette relation spciale, bien quambivalente, est remise en question, suite aux vnements du 11 septembre, par ladministration Bush.[5]
1.1 Le dveloppement dune
relation privilgie, 1938-1970
La dynamique des
relations canado-amricaines changent radicalement avec lapproche de la
deuxime guerre mondiale. Alors que les rumeurs de guerre en Europe
saccentuent, les autorits amricaines dcouvrent lurgence de procder une
plus grande intgration des systmes de dfense de lAmrique du Nord. Ds
1938, le prsident Roosevelt et le premier ministre McKenzie King tablissent
les premiers jalons de cette coopration lors dune rencontre Kingston. Les
tats-Unis prennent alors lengagement de protger le canada en cas dagression
ou de menace contre ce dernier. Cette dclaration devient vite connue sous le
nom de Serment de Kingston . Ds lors, sՎtablissent des contacts rguliers
entre le prsident amricain et le premier ministre du Canada. Dune relation
trs cordiale merge peu peu ce qui sera qualifie de relation spciale. Le
Canada, tout au moins dans lesprit canadien, en arrive ainsi jouir dun
statut spcial Washington.[6]
la suite de laccord conclut en aot 1940 entre le
premier ministre MacKenzie King et le prsident Roosevelt Ogdensburg, la
coopration militaire entre le Canada et les tats-Unis tait renforce par la mise
en place dune commission conjointe permanente de dfense. Cest ainsi quՈ
lՎt 1941, les tats-majors canadiens et amricains purent dfinir les tches
respectives des forces armes des deux pays dans la dfense du continent.[7]
LՎtablissement de cette coopration militaire pour la dfense du continent fut
mis lՎpreuve ds lattaque japonaise sur Pearl Harbor.
Ayant dcrypt les plans japonais, les autorits
amricaines taient au fait du projet dune double attaque japonaise sur Midway
dune part et les les aloutiennes et lAlaska dautre part fixe pour juin
1942. Ils firent donc appel au Canada, sur la base du plan conjoint de dfense.
Comme le Canada tait confront des besoins urgents ailleurs et que ses
ressources taient limites, il hsita avant le rpondre positivement. Mais
la suite dune demande pressante exprime directement par le Prsident
Roosevelt, le Canada dcida finalement denvoyer deux escadrilles
supplmentaires en Alaska, ainsi quune brigade pour dfendre les les
aloutiennes.[8] Dans beaucoup de dossiers durant la guerre, mme si ces derniers
concernaient le Canada, les tats-Unis ignoraient les autorits canadiennes.
Par exemple, ils dcidrent de construire une autoroute vers lAlaska dont le
trajet passait sur le territoire canadien sans en aviser ou demander au
pralable lautorisation au Canada.[9]
Dans la foule de lexprience de la 2e guerre
mondiale, le Canada apprit que les tats-Unis taient mme de lui assurer un degr plus grand de scurit que ce que ses propres
ressources auraient pu faire. Mais en contrepartie, le Canada devait de plus en
plus se plier aux exigences amricaines en matire de dfense. Cest ainsi
quil fut appel se joindre lOTAN en 1949, participer la guerre de
Core en 1950, permettre laviation amricaine dutiliser ses base ariennes durant les annes 1950,
signer le trait de NORAD en 1958, et accepter la prsence darmes nuclaires
sur son territoire. Les tergiversations du Canada entourant la mise en tat
dalerte de ses forces armes lors de la crise des missiles de Cuba en 1962 ne
furent pas sans crer un certain froid entre les deux pays.[10]
Durant cet ge dor de la relation spciale
canado-amricaine, le Canada
consacrait jusquՈ 40% de son budget la dfense, compare 10%
aujourdhui.[11]
La coopration militaire avec les tats-Unis avaient de grands avantages, mais elle comportait aussi un certain prix payer. Un mmo rcemment dclassifi de ladjoint au secrtaire la dfense dat de juin 1960 rapporte que labandon du projet lavion Arrow par le Canada est survenu la suite de la visite au Canada en juillet 1958 du Prsident Eisenhower. Un document du conseil de scurit amricain de dcembre 1958 dvoile que le Canada a alors compris comment le dveloppement de son industrie militaire pouvait dpendre de laccs des contrats du pentagone. Il aurait donc alors dcid dannuler le projet Arrow et les projets qui y taient relis pour faire une utilisation maximale des armes amricaines intgres au trait de NORAD dans la perspective dune dfense continentale commune.[12]
la suite de
laccord de production militaire conclu en 1956 entre le Canada et les
tats-Unis, lindustrie militaire canadienne fut pleinement intgre celle
des tats-Unis. Grce ce programme, lindustrie militaire canadienne gnra
elle seule des surplus commerciaux de plus de $500 millions la fin des annes
1960.[13] Ainsi, la coopration militaire entre le
Canada et les tats-Unis relve la fois de l'OTAN, de NORAD et des contrats
de dfense de l'arme amricaine, ces derniers ouverts aux entreprises
canadiennes .[14]
Aprs la deuxime guerre mondiale, les relations conomiques entre les deux pays se sont largement dveloppes, les tats-Unis remplaant rapidement la Grande Bretagne comme principal partenaire commercial et conomique du Canada. LՎconomie canadienne sintgra de plus en plus celle des tats-Unis. Comme la croissance conomique canadienne tait lie lՎconomie amricaine, le Canada basa sa politique dindustrialisation et de dveloppement sur celle des tats-Unis. Il encouragea donc les investissements amricains qui doublrent entre 1945 et 1952 et de nouveau entre 1955 et 1960. Cette politique de porte ouverte a permis aux compagnies amricaines de prendre le contrle de secteurs conomiques entiers comme celui des ressources naturelles : les mines de cuivre, nickel, asbestos, zinc et plomb, ainsi que les puits de ptrole et de gaz naturel.[15]
Le Canada avait ainsi un seul partenaire
commercial. Dans le cadre du dveloppement de cette
relation bilatrale particulire, les tats-Unis et le Canada dvelopprent
paradoxalement peu dinstitutions communes. part la brve tentative dutilisation
de comits conjoints ministriels, les grandes questions conomiques taient
traites de faon ad hoc avec des reprsentants du prsident amricain. Si
durant cette priode, le Canada participa une premire intgration
continentale, il perdit par consquent un certain contrle sur son conomie
nationale. Comme laffirme Allan Gotlieb, ancien ambassadeur canadien
Washington, une telle approche ponctuelle naurait pu fonctionner sans
la croyance qu'il y avait quelque chose de spcial dans la relation entre les
deux pays .[16]
Cette relation particulire reposait sur une frontire
ouverte, de fortes affinits culturelles et le partage de valeurs communes.
Cela ne signifie pas quil ny eut pas de conflits importants entre les deux
pays dans la priode laprs-guerre. Mais plusieurs reprises, les tats-Unis
ont accept de subordonner leur intrt conomique immdiat un objectif plus
large, soit celui de maintenir de bonnes relations avec leur voisin du nord. Ainsi,
les importations de ptrole en provenance du Canada ne furent pas soumises aux
restrictions et droits compensateurs alors en place. De mme, le pacte
automobile de 1965 est n de la volont amricaine de ne pas assujettir le
Canada aux nouvelles taxes lies la redfinition de leur politique douanire.
Le pacte de lauto devint ainsi le prlude aux accords de libre change que les
deux pays allaient conclure une gnration plus tard.[17]
Comme le Canada adopta une politique anti-communiste ferme et quil acceptait une franche coopration militaire avec son puissant voisin du sud, les tats-Unis tolrrent plutt facilement, dans une attitude que lon pourrait qualifier dapproche unipolaire bienveillante , que le Canada lui fasse faux bon dans certains dossiers. Ce fut ainsi le cas sur la question de Cuba ou celle du Vietnam.[18] Les relations canado-amricaines fonctionnaient ainsi sur la base de conventions non crites. Entre-temps, le dveloppement dune politique de dfense arienne commune ou laffiliation des syndicats canadiens ceux des tats-Unis pouvaient survenir sans pour autant exiger la mise en place dinstitutions particulires. Le Canada acceptait de jouer selon les rgles amricaines et en contrepartie il pouvait bnficier par exemple de lucratifs contrats du pentagone. Une relation spciale entre les deux pays base sur un esprit de coopration sՎtait dveloppe dans un climat de ngligence salutaire .
1.2 Les annes tumultueuses,
1970-1984
la fin des annes 1960, les tats-Unis
constatrent que, confront la comptition japonaise et europenne, leur
position dans lՎconomie mondiale avait dclin. La technologie et la profitabilit
des entreprises amricaines semblaient cder le pas devant celles du Japon ou
de lAllemagne. Ce dclin survenait alors que la guerre du Vietnam sapait la
fibre morale du pays. Non seulement les tats-Unis devaient financer par des dficits
budgtaires les cots de la guerre au Vietnam, mais ils avaient de plus en plus
de difficult maintenir une balance commerciale positive. Alors que le
dficit commercial amricain atteignait $3 milliards en 1971, un premier
dficit commercial depuis 1893, le Canada pour sa part engrangeait des surplus
de $750 millions en 1970 et $1.1 milliards en 1971. Il devenait donc ncessaire
de dvaluer le dollar amricain et dimposer une surtaxe pour permettre aux
industries amricaines de sajuster la concurrence trangre.[19]
La dcision
amricaine reposait sur plusieurs facteurs. Aux tats-Unis, plusieurs hauts fonctionnaires et membres
de ladministration Nixon taient de plus en plus inquiets devant le dclin de
la primaut conomique amricaine et de ce quils percevaient comme une
diminution de la solidarit de leurs allis traditionnels face lUnion
Sovitique. Certains dentre eux, dont le secrtaire au trsor John Connally,
croyaient quil tait ncessaire pour les tats-Unis de durcir sa position face
ses allis. Comme Connally navait aucune exprience, ni en finance, ni en diplomatie
internationale, sa nomination avait t reue avec un certain tonnement dans
les milieux de la finance internationale. Par ailleurs, Henry Kissinger,
prsident du conseil national de scurit, considrait alors quune dvaluation
du dollar amricain naurait pas les effets catastrophiques apprhends par les
dirigeants japonais ou europens. Dans cette perspective de ralignement
international des tats-Unis, les relations commerciales canado-amricaines allaient
entrer dans une nouvelle phase tumultueuse.[20]
Lannonce du
15 aot 1971, sans consultation pralable, que le Canada ne serait pas exempt
dans la mise en place de sa nouvelle politique conomique par ladministration
Nixon reprsenta une sorte de tsunami dans les relations canado-amricaines. Les
canadiens taient pour le moins perplexes par la dcision amricaine. La
politique canadienne reposait sur lapriori que grce la relation spciale quil
entretenait avec les tats-Unis, ces derniers allaient toujours accorder au
Canada, comme ils lavaient fait en 1963, une exemption dans la mise en place
de nouvelles taxes douanires visant rduire les importations et mousser
les exportations amricaines. Bien que les autorits canadiennes russirent,
aprs plusieurs reprsentations, faire exempter les importations canadiennes
de la surtaxe temporaire de 10%, le mal tait fait. Subitement les canadiens
dcouvraient que dans les yeux des amricains, ils nՎtaient pas diffrents des
europens ou des japonais.[21]
La relation spciale qui avait existe entre
le Canada et les tats-Unis depuis la deuxime guerre mondiale semblait bien
morte. Les dirigeants canadiens taient alors convaincus que la nouvelle
politique conomique amricaine allait, en rduisant sensiblement les
exportations canadiennes, provoquer une dislocation conomique dans le pays
pouvant entrainer une baisse de 25% des exportations du pays et la perte de
100 000 emplois.[22]
Cette annonce amena donc le Canada revoir ses relations avec les tats-Unis
et le reste du monde. Cette rorientation de la politique trangre canadienne
qui fut alors qualifie de troisime option visait permettre au canada de sadapter
un environnement international changeant.[23]
Lannonce du 15 aot 1971 nՎtait pas un accident de parcours. Le prsident Nixon donna le ton au changement de la politique amricaine lՎgard du Canada en annonant lors de sa visite en 1972 Ottawa que la relation spciale qui avait existe depuis la deuxime guerre mondiale entre le Canada et les tats-Unis tait bien morte. Il est temps pour nous de le reconnatre que nous avons des identits trs spares, que nous avons des diffrents significatifs et que lintrt daucun de nous est amlior en essayant dobscurcir ces ralits .[24]
Mais la dtrioration des relations canado-amricaines nՎtait pas due simplement un caprice ou un changement dattitude lie une saute dhumeur de la part de ladministration amricaine. Il y avait aussi au Canada des forces luvre qui allaient dans le mme sens. Le premier ministre Trudeau reconnaissait dj le problme dans son adresse le 25 mars 1969 devant le National Press Club de Washington. Il dclarait alors quavoir les tats-Unis comme voisin, cest un peu comme dormir avec un lphant. Peu important comment la bte, si on peut lappeler ainsi, se montre douce et amicale, on subit chacun de ses mouvements et grognements . Lors dune visite en Union Sovitique en 1971, il alla mme plus loin en affirmant que la prsence enveloppante des tats-Unis reprsentait un danger notre identit nationale dans une perspective culturelle, conomique et mme peut-tre militaire .[25]
En effet, les canadiens taient de plus en plus dchirs
la fin des annes 1960 et dbut des annes 1970 entre une vision continentaliste
et une autre plus nationaliste dans leur relations avec les tats-Unis. Dans la
foule de la guerre du Vietnam, certains prconisaient ladoption dune
politique plus indpendante lՎgard des tats-Unis. Cette position tait
particulirement vidente au sein de la gauche canadienne. Cest ainsi que le
gouvernement canadien maintint des liens troits avec Cuba et dcida de
normaliser ses relations avec la Chine et lUnion Sovitique.[26] Comme laffirme Dale C.
Thomson dans un article datant de 1972 Les Canadiens ont le dsir de se
dfendre, car ils se sentent vulnrables vis--vis de la prpondrance
amricaine, mais d'autre part la proximit des tats-Unis est pour eux un atout
qu'ils auraient tort de ne pas exploiter .[27]
Le premier ministre Trudeau se mit donc la recherche dune troisime option visant rduire la dpendance conomique du pays lՎgard des tats-Unis. Cette troisime option comportait non seulement une diversification commerciale, davantage dirige vers lEurope et le Japon, mais aussi la mise en place dune politique nationale nergtique et la cration dune nouvelle agence fdrale pour assurer un contrle accru sur les investissements trangers. Dans cette perspective, lide mme dune relation spciale avec les tats-Unis tait perue comme dpasse. Le Canada prenait ainsi ses distances des tats-Unis une priode o ces derniers entreprenaient dans la foule de la guerre du Vietnam et de la crise du Watergate une rvision en profondeur de leur gouvernance intrieure et de leur politique extrieure dans une perspective beaucoup plus protectionniste.[28]
Or, est-il besoin de rappeler que les dispositions commerciales amricaines comportent dj un ensemble de biais institutionnels et de mcanismes qui jouent en faveur des entreprises qui veulent obtenir une aide face la concurrence trangre. Ainsi, dans les annes 1970, la prise de dcision relative l'application des recours commerciaux avait t transfre du Dpartement d'tat celui du Commerce, ce dernier plus enclin obtemprer aux pressions protectionnistes. De mme, les agences dites administratives charges de l'application des recours commerciaux sont influences par le Congrs, ce dernier exerant sur elles ses pressions notamment par le biais des procdures de nomination ces agences sans oublier le contrle de leur budget. [29]
En effet, la prsidence amricaine sortit affaiblie de la guerre du Vietnam et de la crise du Watergate. Le dbut des annes 1970 marqua la fin de la prsidence impriale. Le congrs amricain joua donc un rle de plus en plus important dans la dfinition des priorits extrieures des tats-Unis. Partant de considrations locales, les membres du Congrs taient beaucoup plus enclins adopter une approche protectionniste, accrotre le contrle des organismes amricains de rglementation et ragir certaines politiques canadiennes quils considraient comme discriminatoires lՎgard des entreprises amricaines. La politique nergtique du Canada et son agence de contrle des investissements trangers furent ainsi lobjet de virulentes critiques de la part des lgislateurs amricains. Entre-temps, la politique de diversification des changes commerciaux, au cur de la troisime option de Trudeau, savra un chec alors que la part des exportations canadiennes diriges vers les tats-Unis, loin de diminuer, tait passe de 60% 80%. Incapable de rsister au vent de protectionnisme qui soufflait sur les tats-Unis, le Canada tait devenu, comme la crise conomique du dbut des annes 1980 le dmontra, trs vulnrable.[30]
Entre-temps, le gouvernement Trudeau antagonisa encore plus
les administrations amricaines successives avec lesquelles il eut ngocier
en lanant une refonte en profondeur de la politique de dfense canadienne.
Dans le processus, le Canada rduisit de 50% sa contribution aux forces de
lOTAN en Europe et demanda aux tats-Unis de retirer les armes nuclaires du
territoire canadien. Par ailleurs, il accentua le dclin militaire du Canada
qui avait dbut sous le gouvernement Diefenbaker en rduisant moins de 20%
la part des dpenses militaires dans le budget fdral. Bien que premier
ministre Trudeau acquiesa finalement la demande amricaine de tester leur
missile Cruise en territoire
canadien, ces derniers ne pleurrent pas lannonce en 1984 de sa retraite de
la vie politique.[31]
1.3 Le
rtablissement de relations cordiales, 1984-2001
Dans la foule de la crise conomique de 1982, le Canada
sentit lurgence de revoir ses priorits. Pour ce faire, le gouvernement
Trudeau mit sur pied la commission MacDonald. Cette dernire accoucha dune
proposition audacieuse et novatrice qui consista conclure un accord de
libre-change avec les tats-Unis.[32]
Les ngociations qui dbutrent en 1986 et aboutirent rapidement un accord.
LALE entra en vigueur le premier janvier 1989. Cet accord reprsentait un
virage important dans lՎvolution des relations canado-amricaines. Les deux
pays acceptaient de procder une rapide intgration de leur espace conomique
et dadopter pour ce faire une rglementation plus scurise afin de soutenir la
croissance des flux commerciaux entre nos deux pays. En consquence, le congrs
adopta une loi pour tablir un plus strict sur lentre dimmigrants illgaux. Par
cet accord, le Canada se voyait accorder un statut prfrentiel dans ses
relations avec les tats-Unis. Lharmonie qui marqua les relations du
gouvernement Mulroney avec les administrations Reagan, puis Bush, et entre le
gouvernement Chrtien et ladministration Clinton, signifiait pour beaucoup de
canadiens que les beaux jours de la relation spciale entre les deux pays
taient de retour.[33]
Par la signature de lALE, puis celle de lALENA en 1993,
le Canada avait dmontr sa volont de participer au processus de globalisation
qui avait commenc affecter lՎconomie mondiale. Ces accords aboutirent une
croissance substantielle des changes commerciaux, qui taient dj prdominants,
entre le Canada et les tats-Unis. Entre 1988 et 2000, le pourcentage des exportations
canadiennes diriges vers les tats-Unis tait pass de 75% 87%. Les
exportations canadiennes qui reprsentaient laube du nouveau millnaire 25%
des importations amricaines, dpassaient alors celles en provenance de lEurope
et du Japon combines. laube du
nouveau millnaire, les changes entre les deux pays atteignaient annuellement prs
de $500 milliards et dpassait les $700 milliards. Les besoins canadiens dun accs
continu et sans entrave au march amricain sen taient trouvs largement
accrus.[34]
Ces deux accords entrainrent une redfinition des notions
de souverainet et didentit culturelles pour le Canada alors que ce dernier
acceptait de revoir de grands pans de sa rglementation. Toutefois, lALE avait
ses limites qui rapidement posrent problmes. Par exemple, laccord ne
comportait aucune rgle dfinissant ce qui constituait ou non une subvention.
Il restait beaucoup de travail faire pour normaliser les changes dans des
secteurs comme lagriculture, les produits forestiers ou les services et
approvisionnement. En dpit de cela, lALE servit de base pour dfinir le cadre
qui allait permettre de donner jour lALENA. Mais ce nouvel accord, comme les
canadiens allaient bientt le dcouvrir, faisait perdre au Canada, avec lajout
du Mexique comme partenaire, son statut particulier dans ses relations avec les
tats-Unis.[35]
Lintgration conomique et commerciale gnre par ces
deux accords cra une pression sur la mise en place de meilleurs contrles
frontaliers afin de faciliter la libre circulation des biens et personnes entre
le Canada et les tats-Unis. En effet, le trafic accru entraina une
augmentation de la crainte, surtout aux tats-Unis, que les terroristes, les
contrebandiers et les trafiquants de drogues pourraient profiter dune
frontire devenue moins scurise pour sinfiltrer en territoire amricain. Comme la frontire entre les deux pays
nՎtait plus simplement dlimite par une ligne territoriale fixe, la zone
dinscurit sen trouvait dautant plus accrue.[36]
Il devenait donc urgent de revoir de part et dautre les politiques
frontalires de scurit :
Lessentiel
des biens changs est transport par camions dont les routes se concentrent
autour dune dizaine de postes frontires. Les services douaniers, compltement
dbords, ne pouvaient plus grer un tel trafic, si bien que les contrles
frontaliers sont devenus un srieux obstacle au commerce. Ds le milieu des
annes 1990, la ncessit dentreprendre une rforme de ces procdures de
contrle sest donc impose. [37]
Ce problme va amener les deux pays signer partir du
milieu des annes 1990 une srie daccords pour scuriser la frontire et
rduire ainsi les activits illgales. LAccord
sur une frontire commune sign en 1995 par le premier ministre Chrtien et
le Prsident Clinton fut suivi en avril 1997 par la mise en place de nouveaux
mcanismes de lutte contre le
crime organis, le blanchiment dargent et la criminalit transfrontalire.
Cette mesure tait suive en 1998 par la cration dun groupe de consultation
bilatral pour lutter contre le terrorisme. Finalement, les deux pays signrent
en 1999 un accord de partenariat canado-amricain marqu par la cration dune
commission bilatrale ayant pour mandat de traiter de questions spcifiques
telles que le partage dinformation, limmigration illgale ou le problme de
contrebande. Toutes ces mesures, marques par une intensification de la
coopration et un renforcement des services de douanes et dimmigration,
visaient faciliter la libre circulation des biens et personnes tout en
rduisant les cots pour les deux gouvernements. Donc dj avant 2001, on
assista un recentrage des proccupations entre les deux pays autour de
questions lies la scurit des frontires.[38]
Mais la scurisation
des frontires posa un problme plus grave, soit celui du maintien de la
souverainet et de lidentit canadienne. Lharmonisation des politiques exige
par la mise en place dun primtre de scurit aboutit en 2002 la cration du
Northern Command. Le Canada risquait donc dans le processus de perdre sa
capacit dfinir une politique trangre indpendante de celle des tats-Unis
et pire encore il risquait de ne plus pouvoir dfinir la mission et les lieux
dintervention de larme canadienne.[39]
Ce problme sՎtait dj pos au gouvernement Mulroney ds 1987. Si
lՎcroulement de lempire sovitique a permis au Canada de retirer ses troupes
de lEurope, ce dernier accepta de cooprer au maximum de ses moyens la
guerre du Golfe en 1990-91. Toutefois, durant les annes 1990, on assista une
redfinition du rle des forces armes canadiennes, alors que le Canada rduisit
largement son implication dans les oprations de maintien de la paix des
Nations Unies. Mais au lieu de prendre de nouveaux engagements, le gouvernement
chrtien choisit alors, pour des raisons budgtaires, de rduire dramatiquement
les dpenses militaires du Canada. En cas de conflit, ce dernier naurait plus les moyens de sa
politique. Cette dcision allait avoir des consquences pour lavenir.[40]
En 1993, le gouvernement Chrtien sՎtait fait lire en
1993 avec la promesse de mener une politique trangre plus internationaliste
et plus indpendante des tats-Unis que celle prconise par le gouvernement
Mulroney. Ainsi, il affirmait lors de son entre en fonction Nous nous
aimons chacun. Mais je ne veux pas que le Canada soit peru comme le 51e
tat amricain. Avec moi, une relation plus mature va exister entre nous et les
tats-Unis .[41] Jean
Chrtien a donc cherch se dmarquer de son prdcesseur en prenant ses
distances vis--vis des tats-Unis et en prconisant une politique plus
internationaliste base sur les valeurs canadiennes. Ngligeant
ladministration amricaine, il eut souvent tendance recourir dans la
promotion des intrts canadiens des campagnes de lobbying auprs du congrs
amricain et des exercices de relations publiques. Par consquent, il na pas
bnfici, autant quil aurait pu le faire, du rtablissement de la relation
spciale entre le Canada et les tats-Unis qui tait survenu sous son
prdcesseur.[42]
En dpit de cela, la diffrence entre les gouvernements Chrtien et Mulroney dans leur politique vis--vis le gant amricain savra plus une question de smantique et de style que de contenu. Trs tt, le premier ministre Chrtien dut reconnatre que le Canada navait pas dautres choix que daligner ses politiques sur celles des tats-Unis. Toutefois, la propension du gouvernement Chrtien tenir des propos ambivalents et ses vellits de mener une politique indpendante de celles des tats-Unis que lui et ses ministres avaient hrit de lՏre Trudeau, avaient lart dagasser priodiquement ladministration amricaine, dautant plus que certains ministres se montraient parfois intraitables sur les questions lies au libre-change. Malgr cela, la situation tait en bonne partie corrige par la profonde amiti qui liait le premier ministre au prsident Clinton.[43] Par exemple, lors quen fvrier 1995, le prsident Clinton et le premier ministre Chrtien signrent un accord de ciel-ouvert pour le transport arien qui avait t longuement et prement discut, la crmonie fut trs chaleureuse et rvlait la grande amiti qui existait entre les deux.[44]
Enfin de compte le
gouvernement Chrtien, comme son prdcesseur, avait compris que la politique
trangre canadienne devait tre domine par une seule priorit qui consiste maintenir
des rapports politiques amicaux, et donc conserver une relation de travail,
sur le plan conomique, avec les tats-Unis .[45] Par consquent, la
politique canadienne sous le gouvernement Chrtien sinscrivit en continuit
avec celle de son prdcesseur. On assista ainsi avec la mise en place de
lALE, puis de lALENA, au dveloppement entre 1984 et 2001, dune relation
plus intense et troite entre le Canada et les tats-Unis. Une relation, base
sur le respect mutuel vit le jour, alors que les autorits canadiennes
acceptaient les valeurs amricaines et les autorits amricaines comprenaient
les rserves canadiennes. Mais cette convergence de points de vue et dintrts
allait tre mise rude preuve laube du nouveau millnaire.[46]
1.4 La
traverse du dsert, 2001-2008
Les relations canado-amricaines connurent une vritable
traverse du dsert avec larrive au pouvoir de ladministration de George W. Bush. Les diffrences entre
les deux gouvernements apparurent trs tt. Ainsi le prsident Bush choisit,
contrairement ce qui tait la coutume depuis plus dun demi-sicle, de faire
au Mexique sa premire visite officielle lՎtranger. Par ailleurs, il annona
la dcision de son administration de ne pas adhrer au Protocole de Kyoto,
lequel tait fortement support par le Canada, et le refus dadhrer la Cour
pnale internationale. Aprs le 11 septembre, les relations canado-amricaines
ne cessrent de se dtriorer. Le Canada fut soumis alors une srie de
pressions amricaines comme alli et membre de lOTAN et de NORAD :
renforcement de la scurit aux frontires, formation dun Northern Command, engagement
dans la guerre au terrorisme, support la guerre en Irak, appui linitiative
de missiles antibalistiques, harmonisation des politiques conomiques, etc.
ces questions, sajoutrent les griefs commerciaux canadiens. Les tensions que
ces questions gnrrent mirent fin temporairement du moins lide de
lexistence mme dune relation spciale entre le Canada et les tats-Unis.[47]
Sans les vnements
du 11 septembre, les consquences nauraient peut-tre pas t aussi graves
pour le Canada. Dans les journes qui suivirent ce jour fatidique, le prsident
Bush dclara devant le Congrs amricain que la Grande Bretagne tait le
meilleur ami des tats-Unis. Pourtant le Canada venait de faire un effort
extraordinaire pour accueillir plus de deux avions et leurs milliers de
passagers en provenance dEurope et dAsie la suite de la fermeture
temporaire de lespace arien amricain. La remarque prsidentielle fut
ressentie par beaucoup de canadiens comme un camouflet lՎgard du Canada.
Entre-temps, les amricains ne comprirent pas le refus du premier ministre
Chrtien de faire une visite au ground zro New York. Cette
mfiance mutuelle saccrut dans les semaines et mois qui suivirent alors que
beaucoup de canadiens avaient le sentiment que les tats-Unis ne reconnaissaient
pas la contribution importante apporte par le Canada dans la lutte au
terrorisme.[48]
Les relations
canado-amricaines entrrent alors dans une nouvelle re. La scurit
intrieure des tats-Unis devint la proccupation dominante de la nouvelle
administration. Dtermine agir rapidement, cette dernire montra peu de
sensibilit aux questions de coopration qui nՎtaient pas lies
limmigration, au renseignement ou la scurit transfrontalire. Les
autorits canadiennes taient places dans une situation dautant plus
difficile que les autorits amricaines percevaient la frontire canadienne
comme tant devenue inscurise par un relchement dans la politique canadienne
dimmigration.[49] Ce
que le gouvernement Chrtien prit du temps comprendre cՎtait la
dtermination de ladministration Bush faire du 11 septembre un test
de loyaut .
Dans ce
contexte, les pays (mme les proches allis) ne disposaient daucune marge de
manoeuvre pour considrer dautres options ou nuancer leur approche. Les pays,
et les gouvernements, taient soit derrire les tats-Unis, soit contre les
tats-Unis. Avec les changements de rgles introduits pas la doctrine Bush, il
ny avait aucune place pour la nuance ou le non-alignement. [50]
Ainsi, la nouvelle
administration amricaine adopta, dans la foule des vnements du 11
septembre, une politique unilatraliste et militariste qui allait lencontre
des valeurs traditionnellement prconises par le Canada sur la scne
internationale. Le Canada tait ainsi plac dans une situation pour le moins
inconfortable. Les autorits canadiennes
taient confrontes un dilemme. Elles taient conscientes que la
prosprit canadienne dpendait de deux lments : la proximit gographique
et le degr lev dintgration de lՎconomie canadienne celle des tats-Unis.
Pour maintenir cette dernire, ils avaient donc besoin dacquiescer aux
nouvelles demandes amricaines. Mais ils devaient alors renoncer
lindpendance relative que le Canada avait joui sur la scne internationale et
donc renoncer une partie de sa souverainet.[51]
Dans la foule du 11 septembre les deux gouvernements prirent
des engagements pour augmenter la scurit frontalire marque par la cration
dune frontire dite intelligente tournant autour de quatre grandes
questions : coordination accrue des agences frontalires, libre
circulation des gens et des biens, harmonisation des politiques dimmigration,
et collaboration accrue entre services de renseignement. La mise en place de
ces mesures tait dautant plus urgente que les autorits canadiennes taient
sensibles tout ralentissement des changes transfrontaliers. Le gouvernement
canadien agit donc rapidement et harmonisa ses politiques avec celles des
tats-Unis. Il accepta mme que des douaniers amricains soient posts dans des
ports canadiens en contrepartie de lenvoi de douaniers canadiens aux
tats-Unis. Le Canada dveloppa ainsi le plus large programme quil avait jamais
entrepris dans le renforcement de ses frontires pour rpondre aux
proccupations amricaines. Cette politique va aboutir la cration dun
partenariat sur la scurit et le dveloppement en mars 2006. Ainsi le travail
des forces de lordre, des services douaniers et des services de renseignements
devint de plus en plus harmonis et intgr.[52] Cette politique aboutit dailleurs la
mise sur pied en 2006 du partenariat pour la scurit et la prosprit(PSP)
afin damliorer la coopration lintrieur de lALENA et rduire les
ddoublements de vrification.[53]
Toutefois, le
gouvernement Chrtien eut prime abord de la difficult acquiescer aux
nouvelles rgles amricaines quil considrait comme de nouvelles entraves au
commerce, mais aussi comme un dni de la souverainet canadienne. Le premier
ministre Chrtien et ses successeurs, Paul Martin et Stephen Harper,
chercheront donc faire lever les obstacles rglementaires et de scurit
amricains. Lexigence dun passeport par voie terrestre et les nouvelles taxes
et les nouvelles procdures dinspection introduites par les Amricains entre
2002 et 2007 furent souvent perues du ct canadien comme une volont
manifeste de la part des tats-Unis de renverser la tendance historique qui a
marqu les changes entre les deux pays.[54]
Mais les demandes amricaines ne sarrtrent pas la
question de comment scuriser la frontire canado-amricaine. Entre-temps, ladministration
Bush rcrivait les rgles rgissant la politique extrieure et de dfense des
tats-Unis. Alors que le budget amricain de la dfense monta graduellement plus
de 500 milliards de dollars amricains, les autorits amricaines firent de la
cration dun Northern Command et du projet de missiles antibalistiques deux
priorits dans leur politique de dfense. Dans ces deux dossiers, elles taient
dtermines obtenir une participation canadienne, alors que ce dernier ne
dsirait pas se commettre trop ouvertement, sans avoir obtenu au pralable une
place la table o les dcisions se prenaient. Ici encore, les autorits
amricaines dcelaient dans la position canadienne un certain manque desprit
pratique et une incapacit comprendre o taient ses vritables intrts. Ces
deux questions crrent un climat particulirement acrimonieux entre les deux
administrations.[55]
Cette situation amena Paul Celluci, ambassadeur des tats-Unis Ottawa, dclarer le 18 avril 2002 que Cette question navait rien faire avec la souverainet. Celle-ci ne concernait que le besoin de scuriser et protger notre peuple ajoutant que lamlioration de la coopration de scurit tait la base de la cration dune zone de confiance qui allait faciliter la circulation transfrontalire des biens et des gens. Lambassadeur Cellucci va se montrer de nouveau trs critique vis--vis l niveau de dpenses militaires du canada en fvrier 2004.[56] Finalement le Canada va acquiescer aux demandes amricaines et va aussi augmenter substantiellement son budget de la dfense, doublant ce dernier qui va ainsi connatre sa plus forte hausse en deux dcennies. Le dpartement dՎtat amricain va reconnatre aprs coup que les tats-Unis ont tabli avec le Canada depuis 2001 des accords de coopration militaire plus large quavec tout autre pays. Par ailleurs, les autorits amricaines furent trs heureuses de lappui canadien au printemps 2008 son projet dexpansion de lOTAN dans les Balkans, en Georgie et en Ukraine.[57]
Pousss par un dsir comprhensible de se prmunir contre
toute nouvelle attaque, les tats-Unis mirent sur pied une coalition pour
frapper dans leurs bases mmes les terroristes et leurs supporteurs en
Afghanistan. Ils dclarrent alors la guerre tout pays qui abritait des
terroristes. Le
Canada accepta de participer la nouvelle coalition. Il mobilisa pour se faire six frgates et envoya un
bataillon dinfanterie lgre en Afghanistan. Toutefois, les autorits
amricaines perurent les engagements canadiens comme tant trop limits,
slectifs et non exhaustifs. Soumis une forte pression, le Canada dut dans
les annes subsquentes augmentes substantiellement son contingent de troupes
en Afghanistan. La contribution du Canada en Afghanistan devint substantielle.
Le Canada va dailleurs subit plus de pertes en Afghanistan que tout autre
pays, lexception des tats-Unis.[58]
Toutefois, cest sur la question de lIrak que les relations
canado-amricaines atteignirent alors le fond du baril. Les autorits
amricaines comprenaient que le Canada disposait de ressources limites. Dans
ce dossier, le Canada joua un rle ambivalent, alors que le premier ministre
Chrtien ne voulait pas froisser les Amricains tout en prconisant une
solution ngocie dans le cadre des Nations Unies. Pour sa part,
ladministration Bush sattendait tout au moins un support symbolique du
Canada. Le gouvernement canadien, arguant que la guerre en Irak navait pas de
lien avec la lutte au terrorisme, refusa de donner un appui mme moral cette
guerre. Dans une tentative dapaisement des amricains, il choisit plutt
daugmenter son contingent de troupes en Afghanistan.[59]
Le refus du gouvernement Chrtien dappuyer la guerre en
Irak fut trs remarqu et ressenti Washington comme un camouflet. En
raction, le prsident Bush annula une visite quil devait faire Ottawa. Dailleurs,
dans un geste sans prcdent et anti-diplomatique, lambassadeur Cellucci
critiqua publiquement le Canada pour sa position sur lIrak et la faiblesse de
ses dpenses militaires. Cellucci exprimait ainsi la dception ressentie
Washington. Paul Martin, le successeur de Jean Chrtien, tenta ensuite sans
trop de succs damliorer les liens avec les tats-Unis. Cette dcision sonna
le glas pour le moment du moins de lexistence dune relation spciale
canado-amricaine.[60]
Les canadiens avaient
cru que leur relation privilgie avec les tats-Unis les mettaient labri
dun comportement unilatral de la part de ces derniers. Ils ressentirent le
refus du gouvernement amricain de rgler le dossier du bois doeuvre comme une
tactique dloyale et une preuve du refus amricain de se conformer aux normes
dfinies dans le trait de libre change. Les Canadiens avaient de la
difficult comprendre le changement de priorit de ladministration
amricaine. Pour les tats-Unis, la gestion de la frontire et la cration dun
primtre de scurit lemportait au dtriment, si ncessaire, des enjeux
conomiques et des changes commerciaux. Par ailleurs, les autorits
amricaines taient convaincues que le canada subventionnait dloyalement son
industrie du bois duvre. Ceci les amena aprs la fin de lentente de 1996
imposer des droits compensatoires de 29% en 2002. Toutefois, les autorits
canadiennes et les fonctionnaires Ottawa voyaient la situation diffremment.
Tout en voulant rassurer les amricains sur limportance que le Canada la
scurit frontalire, ils ne voulaient pas pour autant mettre de ct les
intrts commerciaux et encore moins adopter des normes qui signifierait
toute fin pratique que le canada renonait sa souverainet et son identit.[61]
Entre-temps,
les tats-Unis avaient dvelopp une dpendance particulire au niveau
nergtique. Ils devaient importer prs de 60% de leur ptrole. Le Canada tait
leur principal fournisseur nergtique, non seulement pour le ptrole avec 17%
de toutes leurs importations, mais aussi pour le gaz naturel o il rpondait en
2008 18% de la demande du march amricain. Il ne faut pas oublier non plus
luranium et lՎlectricit. Les exportations nergtiques du Canada vers les tats-Unis
dpassaient en 2008 les $111 milliards de dollars amricains. Compar
dautres pays comme le Venezuela, les tats-Unis considraient le Canada comme
un fournisseur constant et sr.[62]
Toutefois, dans le bras de fer que le Canada avait engag avec les tats-Unis,
certains analystes et mme des ministres comme Pierre Pettigrew proposrent
dutiliser larme du ptrole comme monnaie dՎchange. Une tentation laquelle
heureusement le gouvernement canadien ne succomba pas, car il aurait risqu
alors dagacer fortement les
autorits amricaines.[63]
Durant les annes de ladministration de George W. Bush, ce
que les autorits politiques canadiennes mirent du temps comprendre taient
le fait que les tats-Unis taient devenus depuis la chute du mur de Berlin la
seule superpuissance. Ils percevaient donc le monde diffremment. Le 11
septembre reprsenta pour eux un choc. Pour la premire fois de leur histoire,
ils se sentaient vraiment vulnrables. Cette inscurit se rpercuta dans les
relations canado-amricaines. Le Canada, situ hors de la zone intrieur des
tats-Unis, reprsentait toutefois un cas particulier par sa proximit du
territoire amricain. Les autorits canadiennes eurent de la difficult
comprendre que le processus dintgration conomique entre les deux pays ne
pouvait se poursuivre que par labandon des rgles traditionnelle de ngociation
bilatrale. Pour participer la zone conomique amricaine, le Canada devait
se soumettre aux nouvelles rgles dictes par Washington.
Les autorits canadiennes ont finalement compris quelles
ne pourraient tre coutes Washington que si le Canada faisait un effort
supplmentaire. La transformation des forces armes canadiennes, qui avaient
t rduites un tat lamentable, reprsentait une premire table.
Lopration fut dbute par le gouvernement de Paul Martin et poursuivie par
celui de Stephen Harper. Dfense, dveloppement et diplomatie sont ainsi depuis
devenus trois corolaires indissociables de la politique trangre canadienne. Cest
ainsi que les relations canado-amricaines, en dpit de la prsence de
gouvernements minoritaires Ottawa ont connu un certain rchauffement depuis
2004. Le Canada apport dailleurs une aide trs apprci lors que la Nouvelle
Orlans a t frappe par lOuragan Katrina. Les autorits Washington ont
ainsi prit note des efforts du Canada dans la lutte anti-terroriste. Avec
larrive en 2009 dune nouvelle administration Washington, il y a une
vritable possibilit de rtablir sur de nouvelles bases la relation spciale
qui a dj existe entre les deux pays.[64]
2. Ladministration Obama et le
retour ventuel une relation spciale
Larrive au pouvoir de lՎquipe Obama reprsente un dfi
pour le premier ministre Stephen Harper. Dans plusieurs dossiers, il partageait
largement les mmes points de vue que le prsident Bush. Il doit donc se
dfaire de limage quil ne serait quun clone de se dernier.[65] Cette
tche est dautant plus difficile que son gouvernement est minoritaire et peut
tre renvers tout instant. La nouvelle administration amricaine pourrait
donc choisir dattendre et miser sur larrive ventuelle au pouvoir dun
gouvernement libral rajeuni et revigor sous la direction de Michael
Ignatieff. Toutefois, heureusement pour le premier ministre Harper, ce nest
pas le pari que ladministration Obama a fait jusquՈ date.[66] Entre-temps, les nouveaux dirigeants amricains
ont ouvert une srie de chantiers dans les relations entre les deux pays qui annoncent
un rtablissement de la relation spciale canado-amricaine.
2.1 Des
dcisions symboliques mais significatives
Les propos chaleureux mis par le premier ministre Harper
le soir de lՎlection du prsident Barack Obama ainsi que ceux tout aussi
chaleureux prononc par le prsident Obama lors de sa visite au Canada le 19
fvrier sont trs importants par leur porte symbolique et compte tenu des antcdents
rcents des relations canado-amricaines. Ils font ressortir les valeurs
communes partages par les amricains et les canadiens et la dtermination des
deux administrations de redonner un caractre spcial la relation entre les deux pays. En choisissant
le Canada pour son premier voyage officiel lՎtranger et en nommant un ami
personnel comme ambassadeur Ottawa, le prsident Obama a voulu poser deux
gestes symboliques mais significatifs par rapport limportance quil accorde
aux relations canado-amricaines. Par le fait mme et pour des raisons
diffrentes, les deux dirigeants dmontraient une volont commune de se
distancer du climat dincomprhension qui a rgn entre 2001 et 2008.[67]
Dans ce sens-l, en choisissant de faire son premier voyage officiel lՎtranger au Canada, un mois seulement aprs le dbut de son mandat, et en en faisant lannonce avant mme son assermentation, le prsident Obama voulut lancer un message clair. ses yeux, non seulement lamiti historique qui lie les deux pays est importante, mais il dsire quelle serve aussi dexemple pour le type de relations que son administration entend dvelopper avec le reste du monde.
Je viens au Canada lors de mon premier voyage comme Prsident pour souligner limportance et le caractre troit des relations qui existent entre nos deux nations, et pour raffirmer lengagement des tats-Unis travailler avec ses amis et partenaires afin daffronter les dfis communs de notre poque. Comme voisins, nous sommes si troitement lis que parfois nous pouvons avoir la tendance de prendre notre relation pour acquise, mais le grand succs de notre amiti travers lhistoire exige que nous renouvelons et approfondissons notre coopration ici en ce 21e sicle.[68]
Mais au-del de la rhtorique, les deux dirigeants sont
conscients que le Canada est le plus proche alli des tats-Unis que ce soit au
plan de la coopration conomique, de la lutte au terrorisme ou de la scurit
nergtique. Dans ce cadre-l, par leur change du 19 fvrier, le prsident
amricain et le premier ministre Harper ont voulu dmontr quils partageaient
une vision commune du monde.[69]
Le prsident Obama aime rpter que les tats-Unis ont
besoin d'un prisme travers lequel ils peuvent amliorer leur scurit avec le
reste du monde. Le Canada reprsente
un exemple idal pour cela. Par ailleurs, il aime aussi souligner sa
propre exprience et son histoire familiale pour dmontrer que les tats-Unis
ne peuvent pas vivre isols du reste du monde. Aussi, selon le prsident Obama
et certains de ses proches conseillers, la plus grande erreur que
l'administration Bush a faite, en termes diplomatiques, a t dignorer les
nations et les dirigeants qui ne partageaient pas son point de vue et de nentretenir
des relations quavec ceux qui avaient la mme vision du monde quelle. En
dpit des diffrences de style et son caractre tumultueux, les tats-Unis et
le Canada ont russi dvelopper sous ladministration Bush, et ce dans bien
des secteurs, une coopration sans prcdent. Ladministration Obama, en
montrant une volont claire de cultiver de meilleures relations avec le Canada,
dsire donc rompre avec ce quelle considre une obstination de rhtorique chez
ladministration prcdente. Sa volont de travailler avec les autorits
canadiennes va au-del dun simple changement dattitude. Il considre que nos
deux pays sont confronts des dfis transnationaux communs, que cela soit au
niveau stratgique, conomique, ou de la scurit nationale. Par ailleurs, la
proximit gographique et lhistoire ont forg pour nos deux pays un destin
largement commun. Par consquent, ladministration Obama dsire redynamiser
cette relation spciale qui a marqu lhistoire de nos deux pays.[70]
La visite du 19 fvrier dernier au Canada a fourni au prsident
Barack Obama lopportunit de sonder le point de vue de lun des plus proches
allis des tats-Unis dans le monde sur des questions cruciales de politique
trangre. Dans le cadre de cette rencontre, ils ont pu discuter de la crise
financire mondiale, des guerres en Irak et en Afghanistan, des changes
commerciaux entre les deux pays et des problmes de scurit. Ce fut donc une occasion importante dՎtablir des relations de travail
productives au plus haut niveau entre les deux pays. La visite du nouveau prsident au Canada en a dabord t une
de travail. Elle a fourni au premier ministre Harper une occasion de dbuter
une relation forte avec la nouvelle administration amricaine. Dailleurs, les
autorits canadiennes sont conscientes quelles ont plusieurs amis importants
dans la nouvelle administration dont le vice-prsident Joe Biden, le chef dՎtat major de la
Maison Blanche, Rahm Emanuel, et la secrtaire au travail, Hilda Solis.[71]
Aprs des mois dattente et de rumeurs, David Jacobson a
t finalement confirm comme nouvel ambassadeur des tats-Unis au Canada. Ce
qui est intressant dans son cas, cest dabord le fait quil est un proche ami
et collaborateur du prsident Obama. Lamiti troite qui le relie Obama
pourrait donc jouer en faveur du Canada. Dailleurs, tous deux ont de profondes
racines Chicago, une ville situe sur la frontire canadienne. Parfois, cela
peut faire toute la diffrence. Par exemple, George W. Bush venait du Texas et
sentait que ses affinits allaient plus dans la direction du Mexique que du
Canada. Jacobson connat trs bien le Canada. Cest dailleurs une des raisons
qui la motiv demander une affectation Ottawa. Ainsi, il considre que Le Canada est
attrayant en raison de l'ampleur des enjeux. Il n'y a vraiment pas d'autres postes
soulevant des enjeux aussi diffrents, que cela soit l'environnement, les
frontires et les questions de scurit, ou l'nergie. [72] Dans
une entrevue subsquente sa nomination, Jacobson a trait dune varit de
sujets relis au commerce, lՎnergie, lenvironne, la scurit des
frontires, la prsence canadienne en Afghanistan et lefficacit des
banques canadiennes surmonter la crise conomique mondiale, dmontrant ainsi
une fine matrise de dossiers critiques aux deux pays.[73]
Le choix de Jacobson a t largement applaudi par les
observateurs aguerri de la scne politique amricaine. Cette nomination est
perue comme une confirmation de limportance quObama met dans le
rtablissement de relations harmonieuses avec Ottawa. Gordon Giffin, ancien
ambassadeur au Canada sous ladministration Clinton, affirme pour sa part que
le gouvernement canadien aurait eu raison dՐtre du par toute autre
nomination, ajoutant Votre
capacit traiter avec la Maison Blanche est une partie importante de la
responsabilit. Il est crucial davoir un ambassadeur qui a l'oreille
d'Obama dans une priode o un vent protectionniste souffle Washington. Kory
Teneycke, porte-parole du premier ministre Stephen Harper, est alle dans le
mme sens en dclarant C'est toujours positif d'avoir un ambassadeur qui a un
lien fort avec le prsident C'est pourquoi nous sommes heureux et nous sommes
impatients de travailler ensemble. . Finalement, Bob Rae, le porte-parole
libral des affaires trangres, a entrin ce point de vue en affirmant que Sa
relation troite avec le prsident assurera un bon et fructueux dialogue avec
les tats-Unis sur les questions cls qui se posent nous deux. [74]
Ces diffrents propos taient corrobors par Maryscott
Greendwood, ancien chef de cabinet de lambassadeur Gordon Giffin et
prsentement directrice excutive du Canadian-American Business Council
Washington. Avoir quelqu'un qui est aussi puissant et capable de tels
liens avec les proches du prsident est un grand plus, non seulement pour le
Canada mais aussi pour l'ensemble des relations canado-amricaines . Elle
ajoute ensuite que Jacobson un flair politique et un talent pour les relations
politiques qui le rend plus en mesure, par rapport un politicien de carrire,
de faire comprendre personnellement aux amricains limportance que les enjeux
canadiens reprsentent pour les tats-Unis.[75]
2.2 Pour
une politique multilatrale
Ds son entre en fonction, ladministration Obama se
dmarqua de ladministration prcdente par son style et sa volont de
travailler en respect des normes et institutions internationales. Pendant des
annes, le Canada a critiqu la politique amricaine de dtention de
prisonniers la base navale de Guantanamo Bay situe Cuba, en partie li au
fait quun citoyen canadien, Omar Khadr, y est dtenu. Obama nota que la mise en place de ce systme avait t une
source de beaucoup de critiques internationales lՎgard des tats-Unis. Dans
les jours qui suivirent son entre en fonction, il ordonnait une valuation immdiate de la politique
amricaine dans ce domaine pour sassurer que les tats-Unis se conforment aux
conventions de Genve. Il suspendit les travaux des commissions militaires devant
juger les personnes dtenues, ordonna lexamen immdiat des dossiers de
245 personnes encore dtenues cet endroit et interdit le recours la torture
et toute mthode dinterrogation faisant appel la contrainte. Il cra ensuite un groupe de travail, compos entre autres
du procureur gnral et du secrtaire la dfense, pour dcider du sort des
prisonniers avant la fin juillet 2009. Finalement, il annona sa dcision de
fermer ce centre de dtention dici janvier 2010. Il ne va pas sans dire que
ces dcisions furent trs bien reues au Canada.[76]
Par ailleurs, les autorits et le public canadiens ont applaudi la volont manifeste par la nouvelle administration amricaine en faveur dune reprise dune politique extrieure et dune diplomatie axes sur la concertation internationale et lՎtablissement de partenariats multilatraux. Cette attitude reflte une comprhension que les problmes internationaux, que ce soit les guerres en Irak ou en Afghanistan, les menaces terroristes, le danger de propagation des armes de destruction massive, les dangers de pandmie, les crises financires ou le changement climatique, ne peuvent trouver de solutions que dans une approche globale et en partenariat avec les autres pays. Cest ce qui a amen la nouvelle secrtaire dՎtat, Mme Hilary Clinton, dclarer que lAmrique ne peut rsoudre seule les problmes les plus pressants, et le monde ne peut non plus les rsoudre sans lAmrique .[77]
Cette nouvelle approche a t confirme par lempressement que ladministration Obama a montr annoncer ses couleurs au sujet de la situation au Proche-Orient et en Asie centrale, en insistant sur lusage de la diplomatie dans la rgion. Ds le 22 janvier, George Mitchell, ancien leader de la majorit dmocrate au Snat, tait nomm missaire spcial charg des affaires isralo-arabes. Par ailleurs, Richard Holbrooke, un conciliateur de mtier et ancien ambassadeur des tats-Unis aux Nations Unies, tait nomm missaire spcial charg de lAfghanistan et du Pakistan. De plus, John Ikenberry, professeur de Princeton et critique virulent de ladministration Bush, accde au poste dambassadeur des tats-Unis en Afghanistan. Finalement, Robert Gates, le seul membre de ladministration Bush conserver ses fonctions comme secrtaire la dfense, tmoigne de la rorientation prise par la politique extrieure amricaine sous la nouvelle administration en dclarant que les institutions civiles lies la diplomatie et au dveloppement avaient trop longtemps souffert dun manque de personnel et de fonds chronique .[78]
Cet engagement a t rpt la fin janvier par Susan Rice, nouvelle ambassadrice amricaine aux Nations Unies qui a affirm la volont de la nouvelle administration de travailler de concert avec les Nations Unies et les organismes internationaux dans une nouvelle re de soutien du droit international humanitaire . Ici encore, le Canada et les tats-Unis pourraient y trouver de nouvelles occasions de coopration pour faire avancer des dossiers qui leur sont chers.[79] Par ailleurs, Mme Rice a dmontr une ouverture, souhaite par le Canada, concernant une ventuelle reconnaissance de la cour pnale internationale par les tats-Unis. Dcidment, la nouvelle administration adopte un virage qui va pour le moment dans le sens des proccupations traditionnelles du Canada et ce dautant quelle a affirm sa volont de travailler dans ce domaine en collaboration avec le Canada.[80]
Il nest pas surprenant dans ces circonstances que
larrive au pouvoir de ladministration Obama soit perue par une majorit des
canadiens comme reprsentant un nouveau dpart dans les relations
canado-amricaines. Un sondage ralis par la firme Ekos Research au dbut de
janvier 2009 montrait que 47% des Canadiens croyaient que les relations entre
les deux pays allaient tre fondamentalement diffrentes avec la nouvelle
administration, comparativement 41% qui pensaient que celles-ci seraient du business
as usual . Par ailleurs, il est intressant de noter dans le mme sondage
Ekos que la vaste majorit des Canadiens plaaient le changement climatique et
l'environnement comme la priorit absolue pour les deux pays. Ces deux thmes sont
au cur du programme conomique du nouveau prsident et il les a dailleurs abords
dans son discours inaugural. Depuis, lappui des canadiens aux politiques du
prsident Obama ne se sont pas dmentis. Un sondage au printemps 2009 rvlait
que la popularit dObama au canada atteignait 86%.[81]
2.3 Les questions
nergtiques et environnementales
En 1997, le Canada et les tats-Unis ont sign le Protocole
de Kyoto. Confront une opposition du snat domin par les rpublicains, le
prsident Clinton na jamais soumis ce dernier au snat pour sa ratification.
En 2001, le prsident Bush annonait sa dcision de rejeter tout bonnement le
protocole. En revanche, le gouvernement du Canada a ratifi le trait en 2002.
Mais le gouvernement de Jean Chrtien fut immdiatement confront un problme
majeur, les gaz effet de serre(GES) mis au Canada taient dj en 1998 27%
suprieure lobjectif de Kyoto et ne cessait de saccrotre de 1.7% par
anne. Lobjectif fix devenait donc difficile atteindre. Mais la dynamique a
chang avec larrive au pouvoir du prsident Obama. Le premier geste sur cette
question du prsident Obama a consist nommer Todd
Stern, ancien chef de la dlgation amricaine aux ngociations du Protocole de
Kyoto, comme son envoy spcial et ngociateur en chef dans les discussions
devant aboutir au trait de Copenhague qui devrait remplacer le Protocole de
Kyoto en 2012. Le prsident Obama a plac la barre leve sur cette question.
Non seulement il dsire crer une coalition mondiale pour rsoudre cet pineux
problme, mais il a fix les objectifs amricains une rduction de 80% dici
2050. En fvrier 2009, le prsident Obama et le premier
ministre Harper ont trait de la question et ont convenu de travailler
conjointement la recherche dune solution globale. Le dveloppement de
nouvelles technologies reprsente une solution davenir intressante pour
rduire les missions de CO2. Laugmentation dՎchanges dՎlectricit et le
dveloppement dՎnergie propre en sont dautres. Les deux gouvernements se sont
mis daccord aussi pour revoir la rglementation concernant les missions de
GES par ls vhicules automobiles. Entre-temps, ladministration Obama sest
montre ouverte la cration dun march du carbone nord-amricain.[82]
Si le Canada joue un rle central dans la scurit
nergtique des tats-Unis. Cela dcoule en large partie de ses rserves de
ptrole. Dailleurs, le premier ministre Harper, en parlant du Canada, il la
qualifi ce dernier de superpuissance nergtique . En effet, en
une priode o les tats-Unis tentent
de rduire leur dpendance nergtique, le Canada est dans la situation
paradoxale dՐtre la fois un exportateur majeur et un importateur important
de ptrole, car le ptrole de lOuest ne se rend pas lest du pays. Cette
situation position bien le Canada pour rpondre au double objectif du prsident
Obama, soit dassurer une libre circulation nergtique et dvelopper une
nergie propre pour contrer le rchauffement climatique. Les deux pays sont
donc bien positionner pour un tablir un partenariat dans le dveloppement de
la technologie nergtique.[83]
La construction dun rseau intelligent national de transport
dՎlectricit visant permettre aux producteurs dՎlectricit qui font appel
de nouvelles technologies (solaire, oliennes) est au centre du plan Obama. Ce
systme leur donnerait accs aux grands marchs. Mais le dveloppement dun tel
rseau positionnerait aussi trs bien le Canada qui est un exportateur
important dՎlectricit pour beaucoup dՃtats du nord-est des tats-Unis. Il
pourrait ainsi acheminer son lectricit et la vendre des rgions trs
loignes de ses frontires. Par ailleurs, il peut plaider que lՎlectricit
produite par les grands barrages hydrolectriques reprsentent une nergie
relativement propre, en dpit des problmes environnementaux causs par
linondation de vastes tendues terrestres. Le Canada est donc bonne posture
pour aider les tats-Unis remplacer lՎlectricit produite par des centrales
au charbon par une lectricit plus propre. Ici encore, les intrts des deux
pays convergent vers le dveloppement dun partenariat autour des nergies plus
propres renouvelables.[84]
Dans la stratgie du prsident dObama de convertir les
tats-Unis lutilisation dune nergie plus propre, le recours aux sables bitumineux
de l'Alberta pose un problme. Durant les primaires amricaines du printemps
2008, il avait promis de rompre de la dpendance amricaine lՎgard de ce
quil qualifiait dՎnergie dangereusement sale et rtrograde . Il
est encourag ne pas faire de compromis sur cette question par diffrents
groupes cologiques amricains. Par contre, il doit aussi prendre en compte
quil ya prsentement $200 milliards dinvestis dans la transformation des
sables bitumineux, que ces derniers reprsentent la deuxime plus grande
rserve de ptrole au monde aprs celle de lArabie saoudite et que dautres
pays, comme la Chine et lInde, ne demandent pas mieux que de remplacer les
tats-Unis comme principaux importateurs du ptrole produit par ces derniers.
Toutefois, la production de ce ptrole pose aussi un problme pour le Canada,
car il gnre 20% de plus de GES que le ptrole conventionnel. Plus de 2.5
millions de barils de ptrole par jour, soit 42% de la production ptrolire
canadienne, proviennent des sables bitumineux. Cette production est dj au centre de la prosprit
conomique canadienne. Le Canada a donc besoin dun accord binational qui
permettrait lexploitation de ce ptrole tout en permettant la ralisation des
objectifs de luttes contre le rchauffement climatique. La cration dun march
continental de taxe de carbone pourrait tre la solution. Le prsident Obama
sest montr ouvert cette solution et il a mme qualifi les sables
bitumineux comme faisant partie de la scurit nergtique des tats-Unis.
Aussi le gouvernement canadien et le gouvernement dAlberta ont tabli un
partenariat avec celui des tats-Unis pour le dveloppement de nouvelles
technologies qui permettraient une exploitation plus cologique des sables
bitumineux.[85]
La construction dun pipeline permettant dacheminer le gaz
naturel en provenance de lAlaska et ventuellement de lArctique reprsente un
important contentieux entre les deux pays. En 2006, le congrs adoptait une loi
qui assurait le financement pour la construction dun gazoduc pour acheminer le
gaz naturel de lAlaska et de lArctique. Une provision de cette loi excluait
la valle du Mackenzie comme route pour le gazoduc. Le Canada sest fortement
oppos toute slection unilatrale dune route de la part des tats-Unis. Comme
ce gazoduc doit passer en territoire canadien, ce dernier a un avantage net. Le
gouvernement canadien appuie plutt un projet qui passerait par la valle du
Mackenzie au cot de $13.5 milliards et qui devrait entrer en service en 2014.
Ce projet, destin transporter le gaz naturel produit l'intrieur du cercle
arctique canadien, rduit ainsi les effets environnementaux crs par un tel
pipeline. Le Canada insiste que la construction de tout nouveau parcours devra
faire lobjet dexamens rglementaires selon la loi et les normes
environnementales canadiennes. Entre-temps, une commission conjointe d'examen
conjoint a t cre pour tudier la faisabilit du projet de parcours le long
du Mackenzie. Cette commission doit aussi dterminer quelles seraient la
participation et lindemnisation octroyes aux peuples autochtones du Canada vivant
le long du trac du pipeline. Ici encore les ngociations progressent sur ce
sujet.[86]
2.4 Les
enjeux commerciaux
Bien que la Chine ait dpass le Canada en 2007 comme premier partenaire commercial des tats-Unis, le Canada reste le principal fournisseur des tats-Unis bien des gards. Cela est particulirement vrai pour lՎnergie dont le ptrole. Le Canada reprsente aussi un march plus important pour les biens manufacturs amricains que les 27 pays de lEurope et ce bien que sa population en soit 15 fois infrieures. Le Canada st donc un lment central de la scurit conomique des tats-Unis. Il est donc important, non seulement pour le Canada, mais aussi pour les tats-Unis de mettre en place des mcanismes qui assurent la fois la scurit des frontires et une libre circulation continue des biens et des personnes. Ladministration Obama a dmontr ds son entre en fonction quelle comprenait clairement les enjeux et quelle tait prte travailler de concert avec les autorits canadiennes dans ce sens. Comme Mme Clinton le dclarait lors des audiences snatoriales entourant sa nomination comme secrtaire dՎtat, il fallait absolument travailler de faon plus troite avec le Canada, notre principal partenaire commercial.. et avec le Mexique, notre troisime partenaire en importance .[87]
Depuis laccession la prsidence de Barack Obama, la
clause Buy American contenu
dans le plan de sauvetage conomique adopt par le congrs en fvrier 2009 est
devenue immdiatement une des principales sources de tension entre les deux
pays. Le ministre de lindustrie et du commerce sest immdiatement rendu
Washington pour se plaindre du fait que grand nombre dindustries et de
compagnies manufacturires canadiennes lies au secteur de lacier se voyaient
ainsi exclues des projets de grands travaux publics proposs par le plan de
sauvetage. Lapplication de cette clause dans tous les projets de travaux
publics qui font appel lutilisation de lacier pourrait signifier que
beaucoup dentreprises canadiennes ne seraient pas admissibles soumissionner
pour lobtention de contrats dans le cadre de ces projets locaux financs par
le gouvernement fdral. Ladministration Obama a alors reconnu que les mesures
protectionnistes contenu dans son plan de sauvetage pouvaient reprsentes des
irritants pour certaines entreprises canadiennes. Le premier ministre a aussi
soulev la question lors de sa visite la Maison Blanche la mi-septembre
2009. Il a indiqu entre autres comment cette clause entrait directement en
contradiction avec les ententes
commerciales rgissant les relations entre les deux pays. Par consquent, ces
dispositions pouvaient reprsenter un prcdent inquitant. Le prsident Obama
a exprim alors sa dtermination tout faire pour corriger la situation et sassurer
pour que les relations commerciales demeurent fortes et que dans aucun cas une
guerre commerciale clate entre les deux pays.[88]
La question de la rouverture ventuelle de lALENA reprsente un autre important irritant entre les deux pays depuis lentre en vigueur du trait. Durant les primaires de 2008, le prsident Obama sՎtait alors dclar favorable au libre-change tout en mettant le souhait que lALENA soit rengocie pour assurer une meilleure protection de lenvironnement et des droits des travailleurs. Non seulement les autorits canadiennes sont opposes une telle rouverture, mais elles rtorquent que certaines mesures de scurit frontalire introduites par ladministration prcdente minaient lesprit mme du trait de libre change. Le 20 avril 2009, Ron Kirk, le reprsentant amricain aux ngociations commerciales, rapportait que les prsents pourparlers entre les trois pays taient positifs et quils indiquaient la possibilit de revoir certaines clauses de lentente et de renforcer lALENA sans pour autant rouvrir tout le trait comme cela avait t en 1993 la suite de lՎlection du prsident Bill Clinton. Le recours aux mcanismes de rglement des diffrents a alors t introduit justement pour trouver des solutions aux questions en suspens et sur lesquelles les gouvernements ont t incapables de sentendre.[89] Mais comme la question du bois duvre le dmontre, une entente ce niveau ne sera pas ncessairement aise.
Le bois duvre est une autre question qui envenime les relations canado-amricaines depuis ladoption des deux traits de libre-change. Depuis plus de 15 ans, l'industrie amricaine soutient que la politique canadienne doctroi des droits de coupes aux compagnies canadiennes reprsente une forme de subvention qui est prjudiciable aux producteurs amricains. Cela amena lindustrie amricaine dposer une demande pour restreindre les importations de bois duvre. En 2002, le gouvernement amricain a acquiesc cette demande en exigeant des droits compensatoires de 29% sur le bois duvre rsineux canadiens entrant aux tats-Unis. Tout en contestant cette dcision devant le comit darbitrage des diffrents de lALENA et lOMC, les deux parties ont entam des ngociations qui ont abouti une entente en 2007 selon laquelle les prix du bois duvre canadien seraient ajusts en consquence des variations du prix amricain et le Canada percevrait les droits compensatoires en consquence. Or, la question a rebondit en fvrier 2009 lors quun tribunal dclarait quatre provinces canadiennes coupables de violation de laccord de 2007. Le 15 avril dernier, le dpartement du commerce amricain rejetait une offre canadienne de compromis et a commenc collecter des droits compensatoires de 10%.[90]
Ladministration Bush a procd une rvision des normes
daffichage sur les produits agricoles afin de mieux informs les consommateurs
sur lorigine et le contenu des produits alimentaires. Le
nouveau rglement exige que l'tiquetage fournissent de linformation sur la
mode coupure de et hachage du buf,
du porc, de l'agneau, de la chvre et du poulet, ainsi que les procds
dՎlevage des poissons et mollusques, la prparation des fruits et lgumes frais
et surgels. Finalement il touche aussi la prparation des arachides, noix de
pcan, noix de macadam, de ginseng. Ces produits doivent tre tiquets pour la
vente au dtail, mais avec des exigences de tenue de dossiers supplmentaires
pour les dtaillants et les fournisseurs. De plus, on doit prciser si le
produit est amricain ou import. Ce programme, connu
sous le nom de COOL, tait du pour
entrer en vigueur le 16 mars 2009.
Le nouveau secrtaire l'Agriculture amricain, aprs examen du
dossier, a annonc que le programme entrerait en vigueur comme prvu, mais il a
exhort les industries concernes rpondre volontairement aux nouvelles
exigences. Percevant dans ces nouveaux rglements une menace lexportation de
buf canadien, le gouvernement canadien a sais lOMC du dossier en mai 2009.[91]
Le prsident Bush annonait en dcembre 2008 un plan de sauvetage de $17,4 milliards en prts GM et Chrysler afin de leur permettre de se restructurer et ainsi viter court terme leur faillite. Ds le lendemain de cette annonce, les gouvernements du canada et de lOntario sengageaient accorder $ 4 milliards de dollars en prts d'urgence aux filiales canadiennes de GM et Chrysler, en dpit des discours contraires prononcs sur ce sujet prcdemment par le premier ministre Harper. Le 30 mars 2009, le prsident Obama incitait Le Canada adopter un plan dincitation aux consommateurs pour quils changent leur vieux vhicule par un neuf. La mme journe, les gouvernements canadien et ontarien rpondaient positivement la proposition du prsident Obama. Les gouvernements amricains, canadiens et ontariens acceptrent ensuite en juin 2009 de verser plus de vingt milliards de dollars supplmentaires, contre une participation proportionnelle leur contribution, dans les deux compagnies. Ils auront aussi un droit de vote au conseil de direction en proportion de leurs parts.[92]
Les ngociations entourant ces diffrents dossiers ainsi
que les propositions avancs pour leur rglement dmontrent quun nouveau
climat prvaut entre les gouvernements canadiens et amricains. Les rencontres
entre le prsident Obama et le premier ministre Harper savrent trs
positives. Il ressort de ces changes que la voix de Harper est bien entendue
Washington, en dpit de ce que lopposition au Canada peut en dire. Le climat
prvalant a permis au premier ministre canadien de tenir davoir des rencontres
positives avec diffrents dirigeants du Congrs et dexpliquer le point de vue
canadien dans plusieurs dossiers importants. Cest pourquoi il tait accompagn
lors de ces rencontres de plusieurs ministres sniors de son gouvernement.
Dcidment, un nouveau climat prvaut dans les relations canado-amricaines.[93]
2.5 Les enjeux
scuritaires
Lors de la visite du prsident Obama au Canada en fvrier dernier, le premier ministre Harper rappelait que le Canada se voulait un partenaire de premier plan dans la lutte contre le terrorisme. Je veux juste que cela soit clair ... Le point de vue de ce gouvernement est sans quivoque: les menaces contre les tats-Unis sont des menaces contre le Canada ... toute menace la scurit nationale des tats-Unis reprsente une menace directe celle de notre pays. Ces propos ont amen le prsident Obama dclarer quil navait aucun doute sur l'engagement du Canada de veiller sa scurit et celle des tats-Unis, que la facilit transiger entre nos frontires est lorigine de la bonne entente et des relations chaleureuses qui a exist entre nos deux pays et quil esprait que cette coopration allait continuer de se dvelopper. Cela dit, en assumant les fonctions de prsident, Barack Obama a hrit dans la gestion de la frontire canado-amricaine des dcisions prises par ladministration prcdente. De nouvelles infrastructures sont en cours de constructions et de nouveaux programmes ont t dvelopps.[94]
Plusieurs incidents ont fait en sorte que lide que la frontire canadienne serait une passerelle facile pouvant menacer la scurit des tats-Unis sest enracine dans lopinion publique amricaine. Pour corriger cette situation, les deux gouvernements ont investi normment pour former le personnel et adopter la technologie la plus sophistique. Ces investissements massifs sont maintenant suivis par de nouveaux investissements conomiques amricains dans le cadre du plan de sauvetage qui vont avoir des consquences importantes sur les frontires canado-amricaines et rendre celles-ci plus intelligentes et plus scuritaires. Cela concerne entre autres la construction de nouveau ponts entre Dtroit et Windsor et Buffalo et Fort ri.[95]
Sans tre en t de crise, la frontire canado-amricaine prsente certains problmes que ladministration Obama doit adresser. Quelques dclarations malheureuses de Mme Janet Napolitano, la nouvelle secrtaire la scurit intrieure, dmontre que le prsident Obama a du travail faire dans son propre pays. Il doit dabord convaincre les membres de son administration et les membres du Congrs de la ncessit dadopter sa vision dune nouvelle frontire. Comme ces problmes sont un frein la croissance conomique et la comptitivit des rgions limitrophes, il est important que le gouvernement amricain y apporte des rponses rapidement. Heureusement, Mme Janet Napolitano a dmontr une meilleure matrise du dossier et une volont daller dans ce sens. Elle est dispose revoir et repenser toute la stratgie de scurit la frontire canado-amricaine. Elle est consciente que les progrs ne seront pas raliss facilement, mais elle dsire explorer avec son homologue canadien le problme de lՎpaississement des frontires survenu aprs le 11 septembre et y trouver des solutions qui satisfassent les deux parties. Elle aura pour ce faire besoin de convaincre le Congrs et le peuple amricain que les solutions proposes ne mettront pas en pril la scurit frontalire.[96]
Les mesures rglementaires qui ont t adoptes ont abouti
un paississement de la frontire, il y a plusieurs groupes et facteurs qui
militent pour un assouplissement de ces mmes rgles. Plusieurs think
tanks et des spcialistes universitaires proposent une politique qui permettrait
une mobilit accrue des travailleurs entre nos deux pays sans pour autant altrer
les exigences de la citoyennet. Avec un tel systme, les travailleurs
amricains et canadiens, spcialiss dans le monde des affaires, dans le
domaine mdical ou autres services, pourraient rsider temporairement ou de
faon permanente au Canada ou aux tats-Unis, selon le cas, et y trouver un
emploi. Par ailleurs certains autres groupes vont dans le mme sens et
proposent de rviser le Partenariat pour la Scurit et la Prosprit(PSP) qui
incluent aussi le Mexique. Le danger dune pandmie lie lՎpidmie de grippe porcine H1N1
montre lurgence dune coordination lՎchelle du continent. Dj lՎt
2008, lՎpidmie de salmonelle qui a touch les tomates a abouti la cration
du Conseil de Comptitivit de lAmrique du nord(CNAC). Ces deux institutions
dcoulant des accords de lALENA peuvent reprsenter des forums intressant
pour aplanir les problmes survenant dans les relations entre les trois pays.[97]
Cette situation a amen les gouvernements canadiens et amricains, auxquels devrait se joindre le gouvernement mexicain, former une commission pour tudier les besoins en infrastructures aux frontires terrestres. Une telle commission pourrait demander des tudes dingnierie, commander des valuations prliminaires sur les incidents environnementaux survenant aux frontires et les besoins en gnral en amlioration des infrastructures de transport. Un objectif dune telle commission est de concevoir des plans daction, de construire et maintenir des infrastructures partages et de favoriser latteinte de consensus entre les diffrents paliers de gouvernements au niveau fdral, provinciaux et municipaux tant du ct canadien que du ct amricain.[98]
Prs de deux milliards de dollars en biens et services
transigent chaque jour au travers de la frontire canado-amricaine. Assurer la
scurit et l'efficacit des postes frontaliers est donc vitale la croissance
conomique et la prosprit des deux pays. Dailleurs, la circulation des biens
dans le corridor Windsor-Dtroit atteint un niveau insurpass entre deux
frontires dans le monde. Dailleurs, la circulation des biens entre Windsor,
en Ontario, et Dtroit, au Michigan, est plus intense qu' tout autre poste
frontalier dans le monde. Cela sexplique en partie par le fait que 80% des
biens changs entre le Canada et les tats-Unis le sont via des camions, ce
qui fait quun camion traverse la frontire canado-amricaine toutes les deux
secondes. Les efforts entrepris par les deux pays pour scuriser nos frontires
tmoignent comment cette question reprsentent un intrt commun. Cest ce qui
a amen les deux pays sengager ds dcembre 2001 dans le processus de mettre
sur pied un plan daction de 32 points pour crer une frontire intelligente. Le
Canada et les tats-Unis sont activement occups mettre en application le
Plan d'action de 32 points pour la cration d'une frontire intelligente. De
nets progrs ont rsult des efforts qui ont t alors entrepris. Le plus bel
exemple en est le programme NEXUS pour permettre les voyageurs faible risque
de traverser rapidement la frontire. cela set ajout lՎtablissement
dՎquipes conjointes de douanes, le programme EXPRESS pour ddouaner rapidement
des expditions pr-autorises, ainsi
que lՎtablissement dՎquipes intgres de police de frontires.[99]
Lors de sa visite en fvrier dernier, le prsident Obama a
reconnu que trop souvent dans le pass, les tats-Unis ont pris le
Canada pour acquis , ce qui les a amen laisser les problmes et ainsi des
possibilits de collaboration ont t perdues. Il ajouta quune nouvelle
occasion de coopration soffre maintenant qui rsulte la fois de la prsente
dune nouvelle administration Washington, de la rcession conomique et dune nouvelle volont de la
part des canadiens denvisager avec audace de nouveaux rapports avec les
tats-Unis. Ce nouvel esprit de collaboration apparat particulirement dans le
plan de sauvetage de lindustrie automobile, un secteur o lintgration
conomique entre les deux pays est le plus pousse. Pour rester comptitifs les
trois grands producteurs automobiles amricains ont besoin de la collaboration
de leurs vastes chanes dapprovisionnement au Canada. Mais cette comptitivit
repose sur une intgration binationale lie une frontire efficace. La
prsente rcession prsente donc une occasion idale pour que les deux
gouvernements se penchent sur les problmes occasionns par la frontire.[100]
Dans la foule des vnements du 11 septembre, le premier
ministre Harper affirme avec justesse que le Canada a adapt la question de la
scurit selon les critres amricains. Le Canada, non seulement sest
immdiatement engag dans la lutte mondiale contre le terrorisme, mais il a
aussi pour ce faire consacrs des
sommes sans prcdent en matire de dfense, de renseignement et de scurit en
gnral. Sa politique est donc au
mme diapason que celle des tats-Unis. De plus, cette politique de scurit
lamen crer un ministre de la Scurit publique Canada, laborer un premier
accord de scurit stratgique entre les deux pays, ladoption dune loi
canadienne similaire la loi patriote amricaine et un partage des
renseignements cueillis lintrieure du Canada par les services canadiens
avec leurs homologues amricains intrieures.[101]
Lors de la visite du prsident Obama, le premier ministre
Harper fit ressortir dans ses commentaires de bienvenue que lintgration
militaire entre le Canada et les tats-Unis tait tout aussi troite quelle
lՎtait au plan commercial. Il ajoutait ensuite que cՎtait un exemple pour le
monde comment deux pays travailler ensemble pour une plus grande coopration et
intgration lavantage des deux parties. David Wilkins, ancien ambassadeur amricain
Ottawa, confirmait les propos du premier ministre en affirmant que de fait Il
n'ya pas deux armes sont plus troitement unis que ceux des tats-Unis et au
Canada. Sinspirant de lexemple du modle amricain, les dirigeants
politiques et militaires du Canada ont radicalement transform l'arme
canadienne afin de la rendre capable de remplir des missions efficaces dans la
lutte contre le terrorisme et
simpliquer dans des oprations contre-insurrectionnelle. Pour ce faire,
larme canadienne sest dote dune doctrine contre-insurrectionnelle en 2007
et elle a ensuite accru sensiblement les capacits de ses forces spciales dans
la conduite doprations secrtes. Dcidment, les forces armes canadiennes
nont jamais t aussi troitement intgres celles des tats-Unis.[102]
Cette situation est apparente dailleurs tous les
niveaux. Les deux derniers commandants des forces armes canadiennes ont un
statut quivalent celui du chef dՎtat-major interarmes amricain, ce qui
permet des changes au plus haut niveau militaire. Le gnral Walt Natynczyk,
le prsent commandant de larme canadienne, est un des trois gnraux
canadiens avoir servi depuis 2003 comme commandant adjoint en Irak dans un
programme multinational dՎchanges. Prsentement, cest le brigadier gnral
Nicholas Matern qui sert comme commandant adjoint au lieutenant gnral Lloyd
Austin III Bagdad. Les propos du premier ministre et du prsident Obama
indiquent clairement une volont mutuelle de voir cette coopration militaire
se poursuivre dans les annes avenir.[103]
2.6 La
question de lAfghanistan
Dans la lutte au terrorisme laquelle le Canada sest
joint aux tats-Unis, lengagement des forces canadiennes dmontre que ce
combat prsente la priorit numro1 du gouvernement. Plus de 2,500 soldats canadiens
sont prsentement dploys en Afghanistan dans le cadre de la Force
internationale d'assistance la scurit (FIAS) dans le cadre de l'OTAN. Par ailleurs plus de 7 000 soldats
canadiens ont pris part diffrentes oprations en Asie centrale pour
combattre les Talibans et Al-Qada. Dailleurs, part les forces amricaines,
les troupes canadiennes sont celles de lOTAN qui ont eu le plus haut taux de
pertes en Afghanistan.[104]
Toutefois, le gouvernement a de plus en plus de la difficult obtenir le support de la population canadienne pour une poursuite de la participation des forces armes canadiennes dans les efforts de stabilisation de lAfghanistan dans lequel elles sont engages depuis 2002. La population canadienne est largement consciente que la situation militaire en Afghanistan, loin de samliorer, se dtriore depuis 2005.[105] Mme si gouvernement canadien a affirm plusieurs reprises depuis 2002 quil est dans lintrt national du Canada de continuer sa mission en Afghanistan. Comme le rle du Canada sest transform en une lutte contre-insurrectionnelle dans le sud du pays autour de Kandahar, une des rgions les plus instables du pays, le nombre des pertes na cess et le soutien du public a diminu en consquence.[106]
Un rapport de hauts responsables amricains concluait en avril 2006 quՈ la suite des attaques rptes des insurgs, des renforts seraient ncessaires pour empcher que linsurrection ne sՎtende davantage. Le gnral James Jones, aujourdhui prsident du conseil de scurit nationale amricain, a alors prsid le groupe dՎtudes sur lAfghanistan. Ce dernier a remis son rapport en janvier 2008 dans lequel il a recommand une augmentation de la prsence des troupes amricaines. Entre-temps, le Canada a lui aussi procd un examen stratgique. En octobre 2007, le gouvernement conservateur a cr un groupe dexperts indpendant prsid par lancien vice-premier ministre John Manley pour faire le point sur le rle du canada en Afghanistan et sur lopportunit dy prolonger la mission canadienne.[107]
En 2006, le nouveau gouvernement conservateur minoritaire du premier ministre Harper a obtenu du parlement par un vote serr lannulation du retrait prvu pour 2009 et un possibilit dy maintenir les troupes canadiennes jusquen 2011.[108] Ds lautomne 2007, le Canada a subordonn sa dcision de prolonger jusquen 2011 la prsence du contingent canadien en Afghanistan lenvoi par les autres membres de la FIAS de renforts. La France a alors rpondu lappel avec lajout de 800 soldats supplmentaires annonc au sommet de Bucarest de mars 2008. Entre-temps, les tats-Unis annonaient aussi lenvoi de 3 200 troupes supplmentaires, dont 2200 seraient affects au ct des troupes canadiennes Kandahar. Lenvoi de ces renforts, joint au fait que le Rapport Manley tait dpos presquau mme moment, a permis au gouvernement Harper de conclure avec les libraux un accord sur la base dun retrait en 2011. Finalement, le Canada accept lors du sommet de lOTAN de mars 2009 denvoyer 100 civils spcialistes en renforts en Afghanistan. Dans cette perspective, les amricains sattendent ce que le Canada, en contre-parti du retrait de ses troupes continuent de fournir une contribution par dautres moyens aux forces de la coalition en Afghanistan.[109]
JusquՈ date
ladministration Obama na pas questionn la dcision canadienne de retirer ses
troupes de lAfghanistan en 2011. Interrog ce sujet lors de sa visite
Ottawa, le prsident Obama a dabord tenu souligner la contribution spciale
et les sacrifices faits par les forces canadiennes afin dassurer la stabilit
dans la province de Kandahar. Pour le moment, le prsident amricain semble
accept le retrait canadien, affirmant Je ne suis
pas inquiet pour ce qui se passera aprs 2011. Je tiens vous assurer que, vu
les engagements qui ont dj t faits et qui se poursuivent, nous nous
assurons que la prsence canadienne s'inscrit dans une politique cohrente
visant la ralisation de nos objectifs. Il a ensuite insist sur le
fait que son administration procdait prsentement en concertation avec ses
allis de lOTAN une rvision de la stratgie approprie face
lAfghanistan. Il a aussi insist sur la prsence en long terme dՎlments non
militaires qui pourraient contribuer la scurit, au dveloppement et la
mise sur pied dun systme de bonne gouvernance. Diffremment de son
prdcesseur, il na pas hsit se montrer plus ferme face au rgime de
Kaboul et critiquer ouvertement le systme de corruption mis en place par
ladministration du prsident afghan Hamid Karzai. La mauvaise gouvernance est,
selon lui, en grande partie responsable de leffritement du support de la
population afghane au rgime Karzai et par le fait mme de la dtrioration de
la situation militaire dans ce pays.[110]
Toutefois, pour comprendre le point de vue de la novelle
administration, il faut voir que cette dernire a rorient la stratgie
amricaine dans la rgion. En mme temps que la situation se stabilisait en
Irak et permettait un retrait des troupes amricaines de ce pays, le prsident
Obama dclarait que la guerre en Afghanistan nՎtait pas une guerre de choix
mais de ncessit. Ds janvier 2009, il ordonnait lenvoi de 21 000
troupes supplmentaires. Lexamen stratgique effectu par son quipe
sinscrit, comme nous lavons vu, dans la foule de rapports antrieurs. La
dtrioration de la situation a forc le rapport des lections prsidentielles
afghanes davril aot 2009. Les autorits amricaines ont aussi labor des
plans pour largir laroport de Kandahar et lui permettre daccueillir jusquՈ
12 000 hommes de plus aux cts des troupes canadiennes.[111]
Or, il appert de plus en plus que la guerre pourrait se poursuivre jusqu'en 2014. Le gnral David McKiernan, commandant des forces alles en Afghanistan, demandait la fin 2008 lenvoi dun contingent supplmentaire de 20.000 30.000 soldats, affirmant que la lutte pourrait durer encore les "trois quatre ou cinq prochaines annes."[112] Le gnral Stanley McChrystal, le nouveau commandant en chef des troupes amricaines et allies en Afghanistan, a soumis en septembre dernier un rapport de 66 pages sur la situation militaire qui y prvaut dans lequel il demande lenvoi durgence de 40 000 soldats supplmentaires, en plus des 21 000 troupes dj envoyes depuis le dbut de lanne. Pour justifier sa demande, le gnral McChrystal dresse un diagnostique pessimiste dans lequel il dcrit comment les talibans sont devenus un ennemi sophistiqu qui sait utiliser tous les astuces de la propagande moderne pour recruter et endoctriner de nouveaux adhrents. Par ailleurs, il note quils ont appris matriser les diffrents aspects dune guerre insurrectionnelle, en plus de trouver des foyers de refuge au Pakistan. Selon le gnral McChrystal, les douze prochains mois seront cruciaux pour renverser la situation et viter un chec. Il nhsite pas affirmer Bien que la situation est grave, le succs est encore possible . Mais sans action et mise sur pied dune stratgie anti-insurrectionnelle globale, il avertit ladministration que la dfaite est probable. Selon lui, une telle stratgie nest possible que par lenvoi des renforts demands.[113]
Le prsident Obama qui jongle avec lide denvoyer
40 000 hommes supplmentaires, na pas encore demand au Canada de revoir
sa dcision. Toutefois, ces dernires semaines il a press dautres pays comme
lItalie, lAllemagne, le Royaume-Unis et la France de faire plus. JusquՈ
date, seul le Royaume-Uni a rpondu lappel.[114] Il est difficile pour
le moment dentrevoir une nouvelle prolongation dans la prsence des troupes
canadiennes en Afghanistan, compte tenu du caractre minoritaire du
gouvernement. Toutefois, dans les dbats de 2006et 2008, le gouvernement Harper
a mis laccent sur le fait que les troupes canadiennes participeraient
davantage la formation des troupes afghanes qui pourraient remplacer les canadiens.
Il serait donc possible ici que nous assistions un retrait des forces armes
canadiennes sur le terrain, mais que la contribution du Canada se poursuive
sous une autre forme relie laide humanitaire et la formation de la police
et des forces de scurit afghanes.[115]
Conclusion
Face aux tats-Unis, le Canada est dans une situation quelque paradoxale. Comme puissance moyenne, il exerce une influence disproportionne sur la scne mondiale. Les canadiens se sont habitus voir leur pays tenir une telle place. Dailleurs, cette situation fait laffaire bien des gards aux tats-Unis. Ils ont un alli fiable qui peut parler dune voix indpendante. Cest une des raisons qui les ont amenes en 1975, aprs le sommet des six plus grandes puissances conomiques, de proposer lorganisation dun G7 duquel le canada serait membre. Par ailleurs, le Canada est membre, avec les tats-Unis, du forum de coopration Asie-Pacifique et de lorganisation des tats amricains. Dans ces diffrents forums le Canada collabore avec les tats-Unis comme il la fait dans le cas dHati durant les annes 1990. Aussi, au-del de la rancur pisodique qui peut marquer les relations canado-amricaines, comme celle entourant la dispute du bois duvre, le risque que ces querelles dgnrent en guerre commerciale ouverte est trs limit. Cela est dautant plus vrai que les canadiens dsirent rgler pacifiquement ces msententes.[116]
Le Canada est fier de la longue histoire commune quil
partage avec les tats-Unis et il ne dsire rien de plus que de continuer
avoir une relation spciale avec son puissant voisin.[117] Lors de sa visite Ottawa en fvrier dernier,
le prsident Obama a reconnu cette situation particulire en affirmant
quil
Est facile d'oublier le Canada comme un
partenaire international essentiel stratgique alors quil y a tant d'autres
situations mondiales contrariantes. Mais parfois, des solutions aux dfis les
plus difficiles peuvent tre simplement trouves en forgeant de meilleures relations
avec vos amis de votre arrire-cour immdiate. Avec le Canada, c'est la
possibilit que nous avons maintenant devant nous.[118]
Les gouvernements canadiens ont depuis toujours insist, et vont probablement continuer de le faire, sur une approche bilatrale dans leurs relations avec les tats-Unis. Par ailleurs, ils sont conscients de linfluence de la politique trangre amricaine sur celle du Canada. La prsente rcession, marque par une menace de retour au protectionnisme de la part du Congrs, en est une preuve indniable. Toutefois, lactivisme dmontr ds le dpart par ladministration Obama reprsente une ouverture o la coopration canado-amricaine pourrait tre mise bon escient.[119]
Allan Gotlieb, ancien
ambassadeur du canada Washiington, proposait en aot 2007 une stratgie en
huit points pour rtablir part entire la relation spciale canado-amricaine :
1 : Tenir des sommets annuels entre le prsident amricain et premier ministre canadien;
2 : Crer un
secrtariat spcial cet effet;
3. R-instituer la
tenue des runions des ministres des Affaires trangres des deux pays;
4. Adopter la mme
pratique pour les ministres dans d'autres domaines;
5. laborer un
protocole dfinissant les principes de coopration;
6. Nommer des envoys
personnels ou tsars, directement responsables;
7. Planifier un nouvel
accord global sur lՎconomie et la scurit;
8. Privilgier la voie
bilatrale quand elle est notre avantage.[120]
Cette proposition a t formule bien avant lՎlection du
prsident Obama. Mais elle reflte bien des gards les attentes des canadiens
dans la relation de leur pays avec les tats-Unis. Ils sont conscients que la
relation spciale entre les deux pays a connu au cours des annes des hauts et des bas. Mais
ils ne demandent pas mieux un retour dune meilleure comprhension de part et
dautres. Ce qui est intressant, cest le fait que les amricains partagent
galement ce point de vue.
Un sondage Gallup World Affairs rvlait en fvrier
dernier, et ce avant la visite du prsident Obama Ottawa, que parmi 19 pays
nots, comprenant en plus du Canada, des pays comme la France, lAllemagne, la Grande-Bretagne,
lՃgypte, Isral, le Japon et le Pakistan, le Canada se classait premier. Neuf
amricains sur dix dclaraient avoir une opinion favorable vis--vis le Canada,
et seulement 6% le contraire, alors que la notation moyenne favorable pour les
autres pays ci-haut mentionns est de 68%. De plus, le rsultat de 2009 nest
pas un accident de parcours. Le Canada avait dans un sondage similaire obtenu
en 2008 une note favorable de 92%. En fait, 2009 a t la quatrime anne
conscutive o le Canada obtenait le
meilleur score dans ce sondage.[121]
[1] Robert M. Andrews, New Building
Symbolic of 'Special Relationship' With U.S. - Canada Decides to Break Out of
Capital's Embassy Row, Associated Press, 4 mai 1986.
[2] Christopher Sands, Toward a
New Frontier, Improving the U.S.-Canadian Border, The Brookings Institution, Conseil international du Canada, 2009,
1, 6.
[3] Dale C. Thomson, Les relations
canado-amricaines : coexistence ou intgration, Politique trangre, 37-2, 1972, 164-65.
[4] J. L. Granatstein, Friendly
Agreement in Advance: Canada-US Defense Relations Past, Present, and Future, C. D. Howe Institute Commentary, 166,
Juin 2002, 2.
[5] Allan Gotlieb, Bring back the
Special Relationship, National Post,
17 aot 2007.
[6] Granatstein, Friendly Agreement, 3; Stphane Roussel,
Pearl Harbor et le World Trade Center : Le Canada face aux
tats-Unis en priode de crise, tudes
internationales, 33-4, 2002, 676, 685.
[7] Le Canada et les tats-Unis: les relations les plus troites qui soient entre deux pays , Gouvernement du Canada, can-am.gc.ca,http://www.canadainternational.gc.ca/can-am/Closer-etroites.aspx?lang=fra; Joint Canadian-United States Basic Defense Plan no 2, http://www.ibiblio.org/pha/pha/pt_14/x15-051.html; Carl Ek, Canada-U.S. Relations, Congressional Research Service, 7-5700, www.crs.gov, 96-397, 12 mai 2009, 10, http://www.fas.org/sgp/ crs/row/96-397.pdf; Granatstein, Friendly Agreement, 4; Roussel, Pearl Harbor et le World Trade Center , 677, 679.
[8] Galen Roger Perras, "The
Defence of Alaska Must Remain a Primary Concern of the United States: Canada and the North Pacific, May-June
1942", The Northern Mariner/Le
Marin du nord, VII-4 octobre 1997, 29-39; Granatstein, Friendly
Agreement, 4-5.
[9] Roussel, Pearl Harbor et le World
Trade Center , 685-86.
[10] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 10; Thomson, Les relations
canado-amricaines, 167-69; Sands,
Toward a New Frontier, 6; Granatstein,
Friendly Agreement, 5.
[11] Thomson, Les relations
canado-amricaines, 164-65.
[12] http://www.avroarrow.org/avroarrow/factualarrow3.html; http://www.vectorsite.net/avarrow.html
[13] Defence Production
Sharing Agreement Between Canada and the United States of America, 27 juillet
1956, http://www.ccc.ca/Fre/images/content/bus/DPSA;
Ek, Canada-U.S. Relations, 10; Bruce Muirhead,
From Special Relationship to Third Option: Canada, the U.S., and the Nixon
Shock, The American Review of Canadian
Studies, automne 2004, 444; MAECI, Une relation unique et vitale , http://www.canadainternational.gc.ca/
can-am/offices-bureaux/welcome-bienvenue.aspx?lang=fra.
[14] Gilbert Gagn, La politique commerciale des
tats-Unis envers le Canada , Observatoire
des Amriques, Novembre
2003, 2.
[15] Gotlieb: Bring Back the Special
Relationship.
[16] Gotlieb: Bring Back the Special
Relationship.
[17] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship.
[18] John Herd Thompson, Playing by the
New Washington Rules: The US-Canada Relationship, 1994-2003, American Review of Canadian Studies,
33, printemps 2003, 6-7.
[19] Muirhead, From
Special Relationship to Third Option, 439-41.
[20] Gotlieb, Bring
Back the Special Relationship, Muirhead, From Special Relationship to Third
Option, 441.
[21] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship;
Muirhead, From Special Relationship to Third Option, 439,445, 449-52.
[22] Muirhead, From Special
Relationship to Third Option, 442.
[23] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship; Muirhead,
From Special Relationship to Third Option, 452, 456.
[24] Muirhead, From Special Relationship to Third
Option, 455.
[25] Canada and the World: A History,
1968 - 1984: The Trudeau Years, http://www.international.gc.ca/
history-histoire/world-monde/1968-1984.aspx?lang=eng.
[26] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship.
[27] Thomson, Les relations
canado-amricaines , 163.
[28] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship.
[29] Gagn, La politique commerciale des
tats-Unis , 3.
[30] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship.
[31] Granatstein, Friendly Agreement,
6.
[32] Raymond Hudon, La commission MacDonald, principes et precepts, Politique, 9, 1986, 111-45.
[33] Carl Ek, Canada-U.S.
Relations, CRS Report for Congress,
Code 96-397, 15 mai 2006, 1, http://ottawa.usembassy.gov/content/can_usa/pdfs/relations_crs_report0507.pdf; Gotlieb, Bring Back the
Special Relationship; Sands, Toward a New Frontier, 8.
[34] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship; Ek, Canada-U.S. Relations 2009, 26-28; Granatstein, Friendly
Agreement, 6; Roussel, Parl Harbor
et le World Trade Center , 680-81.
[35] Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship.
[36] MAECI, Une relation unique et vitale , http://www.canadainternational.gc.ca/can-am/offices-bureaux/welcome-bienvenue.aspx?lang=fra.; MAECI, Rapport du gouvernement du Canada au comit contre-terrorisme du conseil de scurit des nations unies sur les mesures prises pour mettre en uvre la rsolution 1373, 2001, http://www.international.gc.ca/anti-terrorism/resolution1373-fr.asp.
[37] Roussel,
Pearl Harbor et le World Trade Center , 680-1.
[38] Comit de surveillance des activits de renseignement de scurit, Gouvernement du Canada, 2001-2002 , www.csars-sirc.gc.ca, http://www.sirc-csars.gc.ca/anrran/2001-2002/sc01b-fra.html; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 24-25; Sands, Toward a New Frontier, 8; Roussel, Pearl Harbor et le World Trade Center , 681-82; Lisa M. Seghetti, Border Security: U.S.-Canada Immigration Border Issues, CRS Report for Congress, 28 dcembre 2004, 4, http://www.ndu.edu/library/docs/crs/crs_rs21258_ 28dec04.pdf.
[39] Daniel Schwanen,
Lets Not Cut Corners: Unbundling the Canada-US Relationship, Options
politiques, avril 2003, 12; Roussel, Pearl Harbor et le World Trade Center ,
674-75.
[40] Granatstein, Friendly Agreement, 6. Comparativement aux autres 26 pays membres de lOTAN, le Canada devint, lexception de lIslande et du Luxembourg celui qui consacrait le moins aux dpenses militaires alors que celles-ci taient rduites durant les annes 1980 et 1990 de 2% 1.1% du PIB canadien en 2005. En consquence, les forces armes canadiennes furent rduites de 87 000 hommes en 1989 seulement 52 000 en 2004. Le Canada se classait au 56e rang mondial par la taille de ses forces armes. Cela amena les gouvernements Martin et Harper proposer de doubler les dpenses afin daugmenter substantiellement la capacit des forces armes canadiennes Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 8; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 8-9.
[41] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 1.
[42] Gotlieb, Bring Back the Special Relationship;
Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 1;
[43] Andrew F. Cooper, La politique trangre du Canada aprs le 11 septembre 2001 : Une analyse prliminaire , tudes internationales, 23-4, dcembre 2002, 630, 632; Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 1; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 1; Nelson Michaud, Souverainet et scurit : le dilemme de la politique trangre canadienne dans l aprs 11 septembre , tudes internationales, 23-4, dcembre 2002, 655; Roussel, Pearl Harbor et le World Trade Center , 673-74.
[44] Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 1.
[45] Cooper, La politique trangre du Canada , 631; Roussel, Pearl Harbor et le World Trade Center , 671-672.
[46] Thompson, Playing by the New
Washington Rules, 5-6.
[47] En mai 2002, le ministre des affaires trangres du Canada, Bill Graham, exprimait lextrme dsappointement du canada cause par le refus amricain dadhrer la CPI. Il rpta quatre mois plus tard les mmes critiques, cette fois devant lassemble de lONU. Sands, Toward a New Frontier 19; Cooper, La politique trangre du Canada , 632; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 1, 3-4, 14-15; Gotlieb, Bring Back the Special Relationship; Jean-Frdric Lgar-Tremblay, Les influences idologiques sur la politique trangre de George W. Bush et leurs rpercussions sur les relations canado-amricaines , CDAI-CDFAI 7th Annual Graduate Students Symposium, RMC, Octobre 2004, 9.
[48] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 1; Lgar-Tremblay, Les influences idologiques sur la politique trangre de George W. Bush , 9; Thompson, Playing by the New Washington Rules, 9-10.
[49] Gotlieb, Bring Back the Special Relationship;
Granatstein, Friendly Agreement, 8; David G. Haglund, Whose Divergence?
Canada-US Relations in a Period of Jacksonian Ascendancy, Options politiques, octobre 2004, 34-40; Schwanen, Lets Not Cut
Corners, 12, 17-18.
[50] Cooper, La politique trangre du Canada , 633-34; Andrew F. Cooper affirme avec justesse quaprs le 11 septembre, la capacit de gouverner sur la base de cette stratgie dՎvitement a t grandement rduite. Lun des indicateurs les plus importants de la priode post-11 septembre a t leffort des tats-Unis consistant discipliner le Canada au chapitre de ses ractions politiques. Cette fonction a t exerce, dans certains cas, par lomission, en laissant le Canada isol ou affaibli. Dans cette optique, on comprend mieux pourquoi le Canada a t oubli dans le discours la nation du prsident Bush . Cooper, La politique trangre du Canada , 640.
[51] Lgar-Tremblay, Les influences idologiques sur la politique
trangre de George W. Bush ,
9; Thompson, Playing by the New Washington Rules, 7-8; Granatstein,
Friendly Agreement, 8.
[52] Cooper, La politique trangre du
Canada , 637; Ek, Canada-U.S. relations, 2006,21-23, 34; Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 15-17, 26-31; Granatstein, Friendly Agreement, 8, 15; Steven
Chase et Peter Kennedy, Business Groups Warn of Big Canada-U.S. Rrift, Globe & Mail, 26 mars 2003; Sands,
Toward a New Frontier, 2-3, 8-9,17, 20, 33;: Seghetti,
Border Security, 1, 4.
[53] Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 33-34.
[54] Dclaration
de John Manley, 11 octobre 2002, devant le Conseil des relations
internationales de Montral, http://webapps.dfait-maeci.gc.ca/minpub; Cooper, La
politique trangre du Canada , 637; John Ikenberry, Americas Imperial Ambition, Foreign
Affairs, 81-5, septembre/octobre 2002, 44; Gotlieb, Bring Back the Special
Relationship; Roussel, Pearl Harbor
et le World Trade Center , 673-74; Sands, Toward a New Frontier, 12,
17, 27; Robert
Fife et Paul Wells, Perimeter has Liberal Drawing Battle Lines , The
National Post, 1 novembre 2001; Seghetti, Border
Security, 4.
[55] Sands, Toward a New
Frontier, 21; Cooper, La politique trangre du Canada , 640-1; Chase
et Kennedy, Business Groups Warn of Big Canada-U.S. Rift; Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 3-4; Drew Fagan,
Martins House Divided on Closer Ties with Bush, Globe & Mail, 10 mars 10, 2004, www.globeandmail.com; Thompson,
Playing by the New Washington Rules 6, 8; Granatstein, Friendly Agreement
8, 10, 13, 16.
[56] Granatstein,
Friendly Agreement, 11; Spend More On Military, U.S. Envoy Urges Ottawa. Toronto
Star. Feb. 25, 2004; Ek,
Canada-U.S. Rlations, 2006, 20.
[57] EK, Canada-U.S. Relations, 2006, 9; Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 9-12.
[58] Cooper, La politique trangre du Canada ,
634; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 12; Granatstein, Friendly Agreement, 9.
[59] Ek, Canad-U.S. Relations,
2006, 13; Anthony Fenton, Obama in Canada, Foreign Policy In Focus, 24 fvrier 2009, www.fpif.org;
George Gedda, Pro-American Canadian taking over as PM. Newday.com, 13 dcembre 12, 2003; Granatstein, Friendly Agreement, 13; Ikenberry, Americas
Imperial Ambition, 44; Thompson,
Playing by the New Washington Rules, 20-21.
[60] Le Canada chercha
alors rparer en partie les pots cass et aplanir ses relations avec
ladministration Bush en sengageant fournir une aide de dveloppement de
$300 millions et en annonant en janvier 2004 lannulation de la dette
irakienne vis--vis le Canada de $564 millions. Ek, Canada-U.S.
Relations, 2006, 14; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 12-13; Fenton, Obama in Canada;
Gedda, Pro-American Canadian taking over as PM; Granatstein, Friendly Agreement, 13; Ikenberry, Americas
Imperial Ambition, 44; Thompson,
Playing by the New Washington Rules, 18-19.
[61] Cooper, La politique trangre du Canada , 640-41, 643; Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 18, 36; Gagn, La politique commerciale des tats-Unis 3; Schwanen, Lets Not Cut Corners,13-14; Thompson, Playing by the New Washington Rules, 12-13..
[62] Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 17; Ek Canada-U.S. Relations, 2009, 18; Sands, Toward a New Frontier, 24; MAECI, Une relation unique et vitale , http://www.canadainternational.gc.ca/can-am/offices-bureaux/welcome-bienvenue.aspx?lang=fra.
[63] Alec Castonguay, Conflit du bois d'uvre - Ottawa menace de priver les Amricains de ptrole , Le Devoir, 15 octobre 2005, http://www.ledevoir.com/2005/10/15/92720.html.
[64] Granatstein, Friendly
Agreement, 16; Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 2; Fenton, Obama in Canada; Gotlieb, Bring Back the
Special Relationship.
[65] Le gouvernement
Harper a pris le pouvoir en janvier 2006. Considr comme tant beaucoup plus
philosophiquement parlant de ladministration Bush que lՎtait le prcdent
gouvernement libral, son arrive au pouvoir a marqu, comme le rapporte un
document du Congrs, un tournant pour le mieux dans les relations
canado-amricaines. Toutefois, bien que le gouvernement Harper avait une
orientation politique similaire celle de ladministration Bush, cela ne
lempchait pas davoir des diffrences avec cette dernire lorsque la
souverainet canadienne tait en cause. Ek, Canada-U.S. Relations,
2006, 1, 3; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 2.
[66] Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 2; Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 2; Fenton, Obama in Canada.
[67] Mark Iype et Paul Johnson,
Expected New U.S. Ambassador to Canada has Obama's Ear, Calgary Herald, 5 aot 2009; Fenton, Obama in Canada; Sands, Toward
a New Frontier,1.
[68] Sands, Toward a New
Frontier, 1.
[69] Showwei Chu, Waiting
on Obama's Visit, CBC News, 20
janvier 2009, http://www.cbc.ca/canada/
story /2009/01/20/f-canada-us.html; Heather Hurlburt, Obama Gets On With
Changes To International Relations, Spacewar.org., February 24, 2009, http://www.spacewar.com/reports/Obama_Gets_On
with_ Changes_To_International_Relations _999.html; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 2; Fenton, Obama in Canada..
[70] Hurlburt, Obama Gets On With Changes;
Fenton, Obama in Canada; Gerald Schmitz, L'administration Obama et la
politique trangre canadienne , Bibliothque du parlement, 12 fvrier
2009, http://www.parl.gc.ca/information/library/PRBpubs/prb0837-f.
[71] Schmitz,
L'administration Obama ; Showwei Chu, Waiting on Obama's Visit; Fenton, Obama in Canada.
[72] Iype et Johnson, Expected New U.S.
Ambassador to Canada; Lee-Anne Goodman, Obama Associate officially Appointed
U.S. Ambassador to Canada, Edmonton Sun,
4 juin 2009.
[73] Iype et Johnson, Expected New U.S.
Ambassador to Canada.
[74] Iype et Johnson, Expected New U.S.
Ambassador to Canada; Goodman, Obama Associate officially Appointed U.S. Ambassador
to Canada.
[75] Goodman, Obama Associate officially
Appointed U.S. Ambassador to Canada.
[76] Hurlburt, Obama Gets On With Changes; Sands,
Toward a New Frontier, 21; Schmitz,
L'administration Obama ; Gilles Vandal, Bilan des cent premiers
jours de la prsidence Obama , La tribune de Sherbrooke, 29 avril 2009.
[77] Schmitz, L'administration
Obama ; Vandal, Bilan des cent premiers jours de la prsidence Obama .
[78] Schmitz, L'administration Obama ;
Vandal, Bilan des cent premiers jours de la prsidence Obama .
[79] Schmitz, L'administration Obama .
[80] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 2; Schmitz, L'administration Obama .
[81] Chu, Waiting on
Obama's visit; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 2.
[82] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 65-66; Schmitz,
L'administration Obama ; Gilles Vandal, Quand la question
environnementale redevient une priorit amricaine , La Tribune de Sherbrooke, 22 juillet 2009.
[83] Fenton, Obama in
Canada; Hurlburt, Obama
Gets On With Changes.
[84]Ek, Canada-U.S.
Relations, 2006. 54; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 55; Sands, Toward a
New Frontier, 24.
[85] Chu, Waiting on
Obama's visit; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 57; Fenton, Obama in
Canada; Hurlburt, Obama
Gets On With Changes; Potter, Trade Issues
Dominate Harper, Obama Meeting, Toronto
Star, September 16, 2009; Sands,
Toward a New Frontier, 24.
[86] Ek, Canada-U.S.
Relations, 2006, 57-58; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 60.
[87] Chu, Waiting on
Obama's visit; Hurlburt, Obama Gets On With Changes; Schmitz, L'administration
Obama .
[88] Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 38-40; Goodman, Obama Associate Officially
Appointed U.S. Ambassador to Canada; Potter, Trade issues dominate Harper,
Obama Meeting.
[89] Chu, Waiting on Obama's visit;
Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 32-34.
[90] Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 41-43.
[91] Ek, Canada-U.S. Relations,
2009, 47; Sands, Toward a New Frontier, 19.
[92]Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 49.
[93] Potter, Trade issues dominate Harper, Obama Meeting.
[94] Fenton, Obama in Canada; Sands, Toward a New
Frontier, 6, 12.
[95] Sands, Toward a New
Frontier, 33.
[96] Goodman, Obama Associate
Officially Appointed U.S. Ambassador to Canada; Jonathan Oosting. Homeland Security Chief Janet
Napolitano Visiting Detroit to Discuss Border Issues with Canada, May 26,
2009, http://www.mlive.com/news/index.ssf/2009/05/homeland_security_chief_janet.html
; Daniel Scarpinato, Napolitano Getting hammered in Canada, Arizona Daily Star, 22 avril 2009;.Sands, Toward a
New Frontier, 36.
[97] Sands, Toward a New
Frontier, 36-37.
[98] Sands, Toward a New
Frontier, 38.
[99] Sands, Toward a New Frontier, 25-28; Seghetti, Border Security, 5; Ek, Canada-U.S. relations,
2006, 24; Ek, Canada-U.S. Relations, 2009, 15-16, 26, 28.
[100] Sands, Toward a New
Frontier, 2-3.
[101] Fenton, Obama in Canada.
[102] Fenton, Obama in Canada.
[103] Fenton, Obama in Canada.
[104] Hurlburt, Obama
Gets On With Changes.
[105] En mars 2006, un sondage montrait dj que
les canadiens taient trs diviss quant lopportunit de continuer la
mission canadienne en Afghanistan. Andrew Coyne, Harpers Mission Statement, National
Post, 15 mars 2006; Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 5.
[106] Chu,
Waiting on Obama's visit; Ek, Canada-U.S. Relations,
2009, 2.
[107] Fenton, Obama in Canada.
[108] Chu,
Waiting on Obama's visit; Ek, Canada-U.S. Relations,
2009, 2.
[109] Chu, Waiting on Obama's visit; Ek, Canada-U.S.
Relations, 2009, 2; Fenton,
Obama in Canada; Schmitz, L'administration Obama ; Gilles
Vandal, Obama et la guerre afghane : des choix difficiles
venir , La Tribune de Sherbrooke,
14 octobre 2009.
[110] Potter, Trade
Issues Dominate Harper, Obama Meeting; Schmitz, L'administration
Obama .
[111] Fenton, Obama in Canada.
[112] Fenton, Obama in Canada.
[113] Frank Rich, Obama at the Precipice, New York Times, 26 septembre 2009; A
War of necessity, The Economist, 20
aot 2009; Vandal, Obama et la guerre afghane; Bob Woodward, McChrystal:
More Forces or 'Mission Failure', Washington
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[114] Fenton, Obama in Canada.
[115] Fenton, Obama in
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Gets On With Changes.
[116] Ek, Canada-U.S. Relations, 2006, 12-13, 19.
[117] Gotlieb, Bring back the Special Relationship.
[118] Hurlburt, Obama
Gets On With Changes.
[119] Schmitz,
L'administration Obama .
[120] Gotlieb, Bring back the Special Relationship.
[121] Lydia Saad, Canada Remains
Americans Most Favored Nation, Gallup
Poll World Affairs, February 19, 2009.
http://www.gallup.com/poll/115258/canada-remains-americans-favored-nation.aspx.