Bilan des rŽformes Žlectorales au Canada et au QuŽbec :

Quelle place pour les femmes ?

 

Manon Tremblay

ƒcole dĠŽtudes politiques, UniversitŽ dĠOttawa

 

Un grand nombre dĠŽtudes ont mis au jour le r™le prŽpondŽrant, quoique non dŽterminant, du mode de scrutin sur la proportion de femmes dans les parlements (Larserud et Taphorn 2007, Matland 2003, 2005, Norris 2004 : 179-208, Reynolds, Reilly et Ellis 2005: 60-61, Rule 1987, 1994, Rule et Norris 1992 : 41-54, Salmond 2006, Siaroff 2000). CĠest dĠailleurs sur les conclusions de ces travaux que sĠappuient les militantes fŽministes (comme le Collectif FŽminisme et DŽmocratie ou Equal Voice[1]) pour rŽclamer une rŽforme du mode de scrutin utilisŽ au Canada et au QuŽbec pour les Žlections lŽgislatives, arguant que lĠadoption dĠune forme ou dĠune autre de scrutin proportionnel favorisera lĠŽlection des femmes. Or—et ici rŽside lĠidŽe ma”tresse de cette communication, les propositions de rŽforme mises de lĠavant au cours des dernires annŽes ont rŽservŽ une importance accessoire (parfois mme nulle) ˆ lĠobjectif dĠaugmenter la proportion de femmes parlementaires. En ce sens, la prŽsence plus accentuŽe des femmes dans les espaces lŽgislatifs nĠa en rien constituŽ une motivation dĠavant-scne des projets de rŽforme Žlectorale esquissŽs au Canada, au contraire de la France o cet idŽal (cristallisŽ par la notion de paritŽ femmes-hommes en politique) a, ˆ lui seul, gŽnŽrŽ un vaste dŽbat de sociŽtŽ et donnŽ lieu ˆ une rŽforme constitutionnelle en 1999 et ˆ lĠadoption dĠune loi dite sur la paritŽ en 2000.

Ce texte suivra le cheminement suivant. Primo, il prŽsentera quelques ŽlŽments thŽoriques pour lĠŽtude de la reprŽsentation des femmes en politique. Secundo, il brossera un tableau de la prŽsence des femmes en politique canadienne et quŽbŽcoise, puis encha”nera avec les principaux facteurs qui influent sur leur succs Žlectoral. Tertio, puisque le mode de scrutin constitue une variable dĠimportance pour comprendre la proportion de femmes en politique, il passera en revue les diffŽrents scŽnarios de rŽforme Žlectorale proposŽs rŽcemment au Canada et QuŽbec. Du mme souffle, il identifiera et analysera la place que ces diverses initiatives de rŽforme du mode de scrutin ont rŽservŽe ˆ lĠobjectif dĠaccentuer la fŽminisation des institutions politiques fŽdŽrales, provinciales, territoriales et municipales. La conclusion reviendra sur lĠidŽe ma”tresse du texte, pour en Žvaluer la portŽe heuristique.

Balises thŽoriques pour lĠŽtude de la reprŽsentation politique des femmes

La plupart des travaux sur la reprŽsentation politique des femmes, publiŽs hier comme aujourdĠhui, prennent appui sur lĠÏuvre magistrale de Hanna Fenichel Pitkin (1967), The Concept of Representation. Pour lĠessentiel, Pitkin (1967 : 10-11) dŽgage quatre lectures de la reprŽsentation : symbolique, formelle, descriptive et substantielle. La reprŽsentation symbolique rŽfre ˆ lĠimpression dĠune personne dĠtre ou non reprŽsentŽe de manire juste et effective. La reprŽsentation formelle interpelle plut™t les rgles et procŽdures institutionnelles par lesquelles sont choisis les reprŽsentantes et reprŽsentants. La reprŽsentation descriptive renvoie aux similitudes et aux diffŽrences entre le groupe constituŽ par les reprŽsentantes et reprŽsentants et celui formŽ par les reprŽsentŽes et reprŽsentŽs. Finalement, la reprŽsentation substantielle concerne la responsiveness, cĠest-ˆ-dire lĠadŽquation entre les actions des reprŽsentantes et reprŽsentants et les intŽrts de leurs commettantes et commettants. Bien que prŽsentŽes de manire distincte, ces quatre lectures de la reprŽsentation sont intimement liŽes (Schwindt-Bayer et Mishler 2005).

Les recherches sur la reprŽsentation des femmes ont privilŽgiŽ les lectures descriptive et substantielle de la reprŽsentation. Cette dernire concerne lĠactivitŽ de reprŽsentation des personnes Žlues. Ainsi, une Žlue ou un Žlu reprŽsente dans une perspective substantielle lorsque Ç Éhis (sic) actions, or his opinions, or both must correspond to or be in accord with the wishes, or needs, or interests, of those for whom he acts, that he must put himself in their place, take their part, act as they would act. È (Pitkin 1967: 114) LĠempathie appara”t au fondement de cette forme de reprŽsentation : non seulement lĠŽlue ou lĠŽlu partage les prŽoccupations et les opinions des personnes quĠelle ou il reprŽsente, mais elle ou il sĠengage Žgalement dans des actions consŽquentes afin de reprŽsenter concrtement leurs intŽrts. La lecture substantielle de la reprŽsentation inspire les espoirs et les mobilisations des groupes de femmes qui soutiennent que les femmes en politique reprŽsentent les femmes, en ce sens quĠelles parlent et agissent pour changer et amŽliorer les conditions de vie du plus grand nombre possible de leurs Ç sÏurs È. Le nombre de femmes dans les instances politiques plut™t que leurs faits et gestes Žtant lĠobjet premier de cette communication, la lecture substantielle de la reprŽsentation ne retiendra pas davantage lĠattention.

La reprŽsentation descriptive sĠattache ˆ ce quĠest la reprŽsentante ou le reprŽsentant ; en dĠautres mots, elle retient ses caractŽristiques sociodŽmographiques comme le sexe, lĠethnie, la langue maternelle, le milieu de vie, etc. Ce qui importe est moins ce que fait la personne Žlue (comme cĠest le cas de la reprŽsentation substantielle) que ce quĠelle est. La notion de miroir est souvent mise ˆ contribution pour cerner la reprŽsentation descriptive, un point de vue que Pitkin (1967 : 60) illustre par une citation de John T. Adams, lĠun des pres fondateurs des ƒtats-Unis : une assemblŽe reprŽsentative Ç should be an exact portrait, in miniature, of the people at large, as it should think, feel, reason and act like them. È Adams renchŽrit : Ç the perfection of the portrait consists in its likeness. È (Pitkin 1967 : 61) La composition dĠune assemblŽe Žlue dŽtermine sa reprŽsentativitŽ. Aussi, puisque les femmes forment ˆ peu prs la moitiŽ de la population, elles devraient occuper ˆ peu prs le mme espace dans les instances dŽcisionnelles. Ë dŽfaut, il y aurait Ç dŽficit dŽmocratique È, une interprŽtation largement prŽsente dans les milieux universitaires, certes, mais Žgalement vŽhiculŽe par des organismes internationaux comme lĠOrganisation des nations unies (ONU), ou rŽgionaux comme le Conseil de lĠEurope ou la Southern African Development Community. Ce Ç dŽficit dŽmocratique È est bien rŽel.

Portrait chiffrŽ de la place des femmes en politique canadienne et quŽbŽcoise

En fŽvrier 2008, 17,8% des membres des chambres hautes, basses et uniques des parlements ˆ travers le monde Žtaient des femmes, ces proportions Žtant de 18% en ne retenant que les chambres basses ou uniques et 16,6% pour les deuximes chambres seulement[2]. Avec 20,8% de dŽputŽes au lendemain de lĠŽlection de janvier 2006, le Canada se situait un peu au-dessus de la moyenne mondiale pour les chambres basses ou uniques (qui Žtait alors de 16,5%), occupant ainsi la 44e place au classement que tient lĠUnion interparlementaire des chambres basses ou uniques des parlements en fonction de leur taux de fŽminisation. Vu autrement, le Canada Žtait ˆ la tra”ne de pays aux traditions dŽmocratiques bien plus prŽcaires, dont le Rwanda (48,8% de femmes membres de la chambre basse ou unique du parlement), lĠArgentine (36,2%), le Mozambique (34,8%), lĠAfrique du sud (32,8%), le Burundi (30,5%), lĠAfghanistan (27,3%), lĠOuganda (23,9%) ou lĠƒrythrŽe (22%), entre autres[3].

Le QuŽbec aussi faisait mieux que le Canada. Comme le montre le tableau 1, depuis le dŽbut des annŽes 1970, au moment o les premires QuŽbŽcoises se font Žlire ˆ la Chambre des communes, de manire gŽnŽrale le caucus du QuŽbec a affichŽ un taux de fŽminisation plus prononcŽ que celui de la chambre basse fŽdŽrale. En effet, toutes les Žlections fŽdŽrales, sauf celles de 1993, se sont traduites par une dŽlŽgation quŽbŽcoise ˆ Ottawa plus fŽminisŽe que lĠensemble des Communes. Par ailleurs, chaque scrutin provincial tenu ˆ compter du milieu des annŽes 1970, et faisant suite ˆ une Žlection fŽdŽrale, a donnŽ lieu ˆ une proportion de dŽputŽes plus ŽlevŽe ˆ lĠAssemblŽe nationale quĠˆ la Chambre des communes dans son ensemble. Par contre, les rŽsultats des Žlections de mars 2007 ont montrŽ que cet accs toujours plus important des femmes au Salon bleu pouvait conna”tre un ressac : alors que le scrutin de 2003 sĠŽtait traduit par une dŽputation fŽminisŽe ˆ hauteur de 30,4%, celui de 2007 nĠa fait Žlire que 32 candidates, se traduisant par 25,6% de dŽputŽes.

Tableau 1 Proportion de dŽputŽes ˆ lĠAssemblŽe nationale et ˆ la Chambre des communes du Canada (pour lĠensemble et pour le caucus du QuŽbec seulement, 1962-2007

 

AssemblŽe nationale du QuŽbec

% (Nb)

Chambre des communes

ƒlection

Ensemble de

la Chambre

% (Nb)

Caucus du QuŽbec

seulement

% (Nb)

1962

1,1 (1/95)

--

--

1966

0,9 (1/108)

--

--

1970

0,9 (1/108)

--

--

1972

--

1,9 (5/264)

4,1 (3/74)

1973

0,9 (1/110)

--

--

1974

--

3,4 (9/264)

4,1 (3/74)

1976

4,5 (5/110)

--

--

1979

--

3,6 (10/282)

5,3 (4/75)

1980

--

5,0 (14/282)

8,0 (6/75)

1981

6,6 (8/122)

--

--

1984

--

9,6 (27/282)

18,7 (14/75)

1985

14,8 (18/122)

--

--

1988

--

13,2 (39/295)

17,3 (13/75)

1989

18,4 (23/125)

--

--

1993

--

18,0 (53/295)

14,7 (11/75)

1994

18,4 (23/125)

--

--

1997

--

20,6 (62/301)

24,0 (18/75)

1998

23,2 (29/125)

--

--

2000

--

20,6 (62/301)

24,0 (18/75)

2003

30,4 (38/125)

--

--

2004

--

21,1 (65/308)

26,7 (20/75)

2006

--

20,8 (64/308)

30,1 (22/75)

2007

25,6 (32/125)

--

--

_______________

Source : Manon Tremblay (2008), 100 questions sur les femmes et la politique, MontrŽal, Remue-mŽnage.

Finalement, en dŽcembre 2005, 13,1% des maires et 26,6% des conseillers municipaux du QuŽbec Žtaient des femmes[4]. Ces pourcentages font mentir lĠidŽe selon laquelle la politique municipale serait plus accessible aux femmes que la politique provinciale et fŽdŽrale, et ce, parce quĠelle leur permettrait de combiner plus aisŽment leurs responsabilitŽs familiales et leurs ambitions politiques. Ce raisonnement naturalise les femmes, en cela quĠil fait de la re/production lĠessence mme de leur existence. Bien plus, il est performatif au sens o lĠentend Butler (2005a : 42-43, 2005b : 17), cĠest-ˆ-dire quĠil fait advenir ce quĠil nomme—dit autrement, un discours rŽpŽtŽ, martelŽ, a pour effet de crŽer la rŽalitŽ dŽsignŽe : ayant entendu ad vitam aeternam que les responsabilitŽs familiales posent obstacle ˆ leur engagement politique, bien des femmes rŽptent cet argument pour justifier quĠelles ne font pas le saut en politique, les obligations familiales devenant par le fait mme des barrires ˆ leur participation ˆ la vie publique (voir la question 27 dans Tremblay, ˆ para”tre en 2008).

Outre les responsabilitŽs familiales, une foule de facteurs limitent la participation des femmes ˆ la vie politique. Ces facteurs sont dĠordre culturel, socioŽconomique et politique (Tremblay 2007, 2008). La culture interpelle lĠordre du symbolique, nommŽment la religion, lĠŽducation et les conceptions en matire de r™les selon les genres. Par exemple, ˆ une conception Žgalitaire des r™les de genre sont associŽes des proportions plus gŽnŽreuses de femmes dans les parlements. Les facteurs socioŽconomiques, qui rŽfrent ˆ lĠoffre de candidates, reposent sur le raisonnement suivant : sĠil y a peu de femmes dans les parlements, cĠest quĠil y a peu de femmes lˆ o les partis repchent leurs candidatures (par exemple dans la profession juridique ou le monde de la finance). Une offre plus substantielle de femmes dans ces espaces amnera, progressivement, une fŽminisation accrue des parlements. Les facteurs dĠordre politique rŽfrent ˆ la demande des partis pour des candidates : sĠil y a peu de femmes en politique, cĠest tout simplement que les partis nĠen demandent pas. Or, ceux-ci orchestrent leurs stratŽgies de sŽlection des candidatures en fonction de lĠenvironnement sociŽtal (cĠest-ˆ-dire culturel et socioŽconomique), certes, mais aussi selon les rgles du jeu politique. Ë cet effet, le mode de scrutin est une donnŽe fondamentale pour qui veut comprendre le processus dĠaccs ˆ la reprŽsentation politique—et donc la sous reprŽsentation des femmes dans les parlements.

Les diffŽrentes propositions de rŽforme Žlectorale au Canada et au QuŽbec

Le mode de scrutin est au cÏur de la dŽmocratie reprŽsentative : il est ce mŽcanisme qui permet de traduire la volontŽ du peuple, telle quĠelle sĠest exprimŽe lors des Žlections, en siges au parlement (Farrell 2001 : 4, Gallagher et Mitchell 2005a : 3). Pour lĠessentiel, les modes de scrutin se rŽpartissent entre trois grands types : les scrutins majoritaires, les scrutins proportionnels et les scrutins mixtes (Gallagher et Mitchell 2005b : xiii-xv, Martin 2006 : 5-7, Norris 2004 : 41, Reynolds, Reilly et Ellis 2005 : 27-33). Chacun de ces types se rŽclame dĠune conception particulire de la reprŽsentation : les scrutins majoritaires plaident pour des gouvernements forts et stables (i.e., la reprŽsentation substantielle dans le langage de Pitkin), les scrutins proportionnels privilŽgient la reprŽsentation des diversitŽs (ou descriptive), alors que les scrutins mixtes recherchent le meilleur des deux mondes (McLean 1991, Nohlen 1984, Sartori 1994). Le choix dĠun mode de scrutin nĠest donc pas neutre : en amont, il rŽpond ˆ des rapports de force particuliers sur le terrain politique et il incarne des valeurs posŽes comme dŽsirables alors quĠen aval, il dŽtermine quels groupes feront entendre leur voix au concert de la gouverne reprŽsentative.

Le scrutin majoritaire et uninominal (dorŽnavant dŽsignŽ par lĠacronyme SMU) occupe une position (quasi) monopolistique dans lĠunivers Žlectoral canadien, et ce, tant dĠun point de vue spatial que temporel. C™tŽ espace, il encadre aujourdĠhui toutes les Žlections lŽgislatives (au palier fŽdŽral, dans les provinces et les territoires) et est utilisŽ dans pratiquement toutes les municipalitŽs canadiennes et quŽbŽcoises afin de sŽlectionner le personnel politique. C™tŽ temps, depuis les premires Žlections lŽgislatives tenues en 1792 dans le Bas- et le Haut-Canada[5] ˆ la suite de lĠadoption de lĠActe constitutionnel de 1791, le SMU est de loin le mode de scrutin qui a le plus ŽtŽ utilisŽ. Cette situation diffre totalement de la France qui, au cours des dernires dŽcennies, a modifiŽ ˆ plusieurs reprises les rgles enserrant ses Žlections lŽgislatives[6]. NŽanmoins, ˆ lĠoccasion, dĠautres formules Žlectorales ont ŽtŽ proposŽes[7] et mme mises ˆ lĠŽpreuve. CĠest ainsi que le vote unique transfŽrable (une forme de scrutin proportionnel) a ŽtŽ appliquŽ dans les circonscriptions urbaines aux Žlections lŽgislatives du Manitoba (de 1920 ˆ 1955) et de lĠAlberta (de 1924 ˆ 1956), ainsi quĠaux Žlections de 19 municipalitŽs des provinces de lĠouest canadien entre le milieu des annŽes 1910 et le dŽbut des annŽes 1970 (pour ne nommer que quelques villes : Calgary de 1916 ˆ 1961, Edmonton de 1922 ˆ 1928, South Vancouver de 1918 ˆ 1929, Regina de 1920 ˆ 1926 ou encore Winnipeg de 1920 ˆ 1971 ; pour une liste exhaustive, voir Pilon 2007 : 81). Finalement, cette emprise (quasi) monopolistique du SMU ne conna”t gure de menaces sŽrieuses. En effet, il nĠy a pas, au Canada et au QuŽbec, de vastes dŽbats publics qui remettraient en cause le statut hŽgŽmonique du SMU et lĠˆ-propos dĠy recourir pour dŽsigner les membres du personnel politique, un peu comme la question de la paritŽ femmes-hommes en politique a enflammŽ la France tout au long des annŽes 1990. CĠest peut-tre parce que, pour lĠessentiel, les Žnergies dŽployŽes ˆ rŽformer les institutions politiques fŽdŽrales ont ŽtŽ consacrŽes aux questions constitutionnelles.

Toutefois, il sĠagit lˆ dĠune observation dĠordre gŽnŽral car, ˆ lĠoccasion, la question de la rŽforme Žlectorale anime lĠagenda public. Si plusieurs chantiers de rŽflexion portant spŽcifiquement sur le mode de scrutin ont vu le jour au cours de la dernire dŽcennie (principalement dans les provinces), des prŽoccupations quant au SMU et aux rŽsultats quĠil gŽnre se sont manifestŽes ds les annŽes 1960, et ce, tant sur la scne fŽdŽrale que quŽbŽcoise. Ce sont ces initiatives qui seront maintenant examinŽes. Toutefois, auparavant, il importe dĠidentifier les arguments qui, de part et dĠautre, alimentent les discussions quant au projet de rŽformer le mode de scrutin utilisŽ pour les Žlections lŽgislatives au Canada et au QuŽbec.

Le camp qui plaide en faveur du SMU fait valoir quĠil :

á      est accessible et dĠusage aisŽ pour lĠŽlectorat ;

á      est facile ˆ opŽrationnaliser, puisque la candidature dŽclarŽe Žlue est celle qui obtient une majoritŽ (simple [pluralitŽ] ou absolue [50% + 1]) des votes valides exprimŽs ;

á      permet de conna”tre rapidement lĠissue du scrutin, cĠest-ˆ-dire qui siŽgera ˆ lĠassemblŽe lŽgislative et, par consŽquent, quel parti formera le gouvernement ;

á      favorise la stabilitŽ parlementaire (et, par consŽquent, gouvernementale) dans la mesure o il encourage la formation de gouvernements majoritaires, cĠest-ˆ-dire qui peuvent compter sur la confiance dĠune majoritŽ des parlementaires ˆ la Chambre (bien quĠil peut gŽnŽrer des gouvernements minoritaires, comme en 1972, 1979, 2004 et 2006 ˆ Ottawa et en 2007 ˆ QuŽbec);

á      facilite un lien de proximitŽ entre, dĠune part, lĠŽlue ou lĠŽlu et, dĠautre part, ses commettantes et commettants.

Ë ces arguments, celles et ceux qui militent pour que soit remplacŽ le SMU rŽtorquent quĠil :

á      convertit de manire dŽformŽe—et parfois injuste—les suffrages exprimŽs en siges. Ainsi :

á      donne lĠimpression aux Žlectrices et aux Žlecteurs qui ont votŽ pour une candidature perdante de nĠtre pas reprŽsentŽs, un sentiment qui contribue ˆ des taux toujours plus faibles de participation aux Žlections ;

á      exclut certains groupes sociŽtaux minoritaires de la reprŽsentation politique, notamment les femmes, avec les risques que comporte cette mise ˆ la marge en termes de dictature de la majoritŽ.

Ces arguments ont occupŽ des r™les dĠinŽgale importance dans les quelques propositions faites afin de rŽformer le SMU au Canada et au QuŽbec. Ainsi, la volontŽ de rŽaliser une reprŽsentation descriptive plus juste, et notamment dĠaccro”tre la proportion des dŽputŽes, a gŽnŽrŽ un engouement plut™t tide, cette lecture devant toutefois tre nuancŽe selon le temps et lĠentitŽ politique considŽrŽe. Cette hypothse guidera lĠexamen des diverses propositions faites dans le temps afin de rŽformer le SMU au Canada et au QuŽbec[8].

Sur la scne fŽdŽrale

Au contraire des provinces (voir plus loin), le gouvernement fŽdŽral nĠa pas mis sur pied de groupes de travail, constituŽs de spŽcialistes et/ou de citoyennes et citoyens, ayant pour mandat spŽcifique dĠexaminer le recours au SMU pour lĠŽlection des membres de la Chambre des communes et, Žventuellement, y proposer des alternatives. Mme la Commission royale sur la rŽforme Žlectorale et le financement des partis (la Commission Lortie), instituŽe par le gouvernement Mulroney en 1989, nĠavait pas le mandat dĠexaminer lĠˆ-propos du SMU, ce qui ne peut manquer de faire sourire considŽrant son appellation. Pourtant, cet Žvitement est rŽvŽlateur de la position du gouvernement fŽdŽral en matire de rŽforme Žlectorale : dĠune part, le SMU nĠest pas considŽrŽ comme posant problme ˆ la dŽmocratie reprŽsentative au Canada et, dĠautre part, la rŽforme Žlectorale passe par des interventions auprs dĠautres constituants du systme Žlectoral, par exemple le financement des campagnes Žlectorales (comme en 2000 avec lĠadoption du projet de loi C-2) et lĠinstitution des Žlections fŽdŽrales ˆ date fixe (comme en mai 2007 avec lĠadoption du projet de loi C-16). CĠest dĠailleurs par ces voies alternatives que de timides mesures destinŽes ˆ accro”tre la proportion de femmes ˆ la Chambre des communes ont ŽtŽ mises de lĠavant.

Ceci dit, ˆ lĠoccasion, des acteurs fŽdŽraux ont soulevŽ la question de la rŽforme du mode de scrutin utilisŽ pour Žlire les membres de la Chambre des communes. Ainsi, dans son rapport de 1979, la Commission sur lĠunitŽ canadienne (dite Commission PŽpin-Robarts) recommandait une timide rŽvision du SMU, soit dĠy adjoindre une touche de proportionnalitŽ. De manire plus prŽcise, la Commission suggŽrait dĠaccro”tre dĠune soixantaine environ le nombre de siges aux Communes, et de les attribuer ˆ des candidates et candidats de listes provinciales Žtablies par les partis fŽdŽraux, chaque formation recevant un nombre de siges proportionnel ˆ sa popularitŽ auprs de lĠŽlectorat (rec. 68 et 69 dans Commission sur lĠunitŽ canadienne 1979 : 139-140). Rien, par contre, ˆ propos de la faible prŽsence des femmes aux Communes, alors mme que le scrutin fŽdŽral de 1979 sĠŽtait traduit par un maigre 3,6% de femmes ˆ la chambre basse du Parlement fŽdŽral (soit 10 dŽputŽes contre 272 dŽputŽs. La mme annŽe Žtait adoptŽe la Convention sur lĠŽlimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, signŽe par le Canada en juillet 1980 et ratifiŽe en dŽcembre 1981, et dont lĠarticle 7 plaide pour une pleine participation des femmes ˆ la vie politique[9].

LĠinitiative suivante qui mŽrite mention au chapitre de la rŽforme Žlectorale est la Commission royale sur lĠunion Žconomique et les perspectives de dŽveloppement du Canada. Mise sur pied en 1982, la Commission Macdonald avait pour mandat dĠexaminer lĠhorizon Žconomique du Canada ainsi que la performance de son cadre politique. Dans cette perspective, la Commission sĠest penchŽe sur les institutions fŽdŽrales de la gouverne. Analysant son rapport dŽposŽ trois annŽes plus tard, en 1985, Lemieux (1986) constate que les commissaires ont refusŽ de voir dans lĠadoption dĠun scrutin mixte une solution aux distorsions quĠengendre le SMU sur la scne fŽdŽrale. Par ailleurs, sĠagissant des scrutins proportionnels, il croit que les commissaires ne les ont pas ŽvaluŽs en pleine connaissance de cause, manifestant beaucoup de prŽjugŽs ˆ leur Žgard. Par exemple, pour les commissaires, les scrutins proportionnels sont contraires aux gouvernements stables et ˆ la reprŽsentation locale (cĠest-ˆ-dire quĠils ne favorisent pas lĠŽtablissement de liens entre, dĠune part, les reprŽsentantes et reprŽsentants et, dĠautre part, leurs commettantes et commettants). Or, ces affirmations trouvent de nombreux dŽmentis dans le monde. De nouveau, motus et bouche cousue ˆ propos de lĠexclusion des femmes des Communes, peut-tre parce que les Žlections de 1984 avaient presque doublŽ le pourcentage des dŽputŽes fŽdŽrales par rapport ˆ 1980, soit de 5% ˆ 9,6%.

Enfin, tel que mentionnŽ plus haut, bien que portant sur la rŽforme Žlectorale, la Commission Lortie nĠavait pas le mandat dĠexaminer le bien-fondŽ du SMU pour attribuer les siges ˆ la chambre basse du Parlement canadien. En revanche, au contraire des commissions PŽpin-Robarts et Macdonald, la Commission se pencha sur le problme de la faible prŽsence des femmes ˆ la Chambre des communes, y consacrant mme une Žtude (Megyery 1991). LĠune des chercheuses recommandait ainsi que Ç le plafond des dŽpenses de campagne remboursables dĠun parti donnŽ soit rajustŽ ˆ la hausse ˆ mesure que sĠaccro”t la proportion des femmes Žlues parmi ses candidats et candidates. È (Brodie 1991 : 56 ; italiques dans lĠoriginal). Par ailleurs, la Commission fit trois recommandations ˆ mme de favoriser un accroissement de la prŽsence des femmes en politique fŽdŽrale : 1) que soient limitŽes les dŽpenses de campagne ˆ lĠinvestiture (rec. 1.3.19 dans Commission Lortie 1991 : 121)[10] ; 2) que la Loi de lĠimp™t sur le revenu soit modifiŽe, afin de dŽduire du revenu imposable les frais de garde dĠenfants (rec. 1.3.21 dans Commission Lortie 1991 : 123) ; 3) que les partis politiques fassent des efforts afin de sŽlectionner des candidatures au profil plus diversifiŽ (rec. 1.3.23 dans Commission Lortie 1991 : 125).

Le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre sĠest, ˆ quelques reprises, penchŽ sur la question de la rŽforme du SMU. Ainsi, dans son 22e rapport produit dans le cadre de la rŽforme Žlectorale de 1999-2000, le ComitŽ aborda plusieurs problŽmatiques liŽes ˆ la rŽforme Žlectorale au Canada (par exemple, lĠadoption dĠune date dĠŽlection fixe, le registre des Žlecteurs ou encore les fonctionnaires Žlectoraux), dont deux dĠintŽrt immŽdiat pour la prŽsente rŽflexion, soit la reprŽsentation proportionnelle et les femmes en politique. Pour ce qui est de la reprŽsentation proportionnelle, le ComitŽ note dĠabord les critiques nombreuses faites au SMU, notamment parce quĠil Ç dŽclare Žlu le candidat ayant obtenu le plus de votes dans chaque circonscription È[11], voire quĠil Ç entra”ne souvent lĠŽlection de candidats nĠayant pas reu une majoritŽ des voix exprimŽes et, par consŽquent, la formation dĠune Chambre des communes ne reflŽtant pas la volontŽ des Canadiens. È Le ComitŽ souligne ensuite la complexitŽ des scrutins proportionnels, ses atouts (notamment, une Chambre des communes qui pourrait tre plus reprŽsentative sous lĠangle des rŽgions, des groupes minoritaires ou des femmes) ainsi que ses faiblesses (une reprŽsentation locale plus prŽcaire, des gouvernements minoritaires plus probables, une multiplication du nombre des partis politiques). Le ComitŽ rappelle que dĠautres alternatives ˆ la reprŽsentation proportionnelle sont possibles, par exemple lĠadoption dĠun scrutin majoritaire (du type vote alternatif ou ˆ deux tours) ou semi-proportionnel (nommŽment le vote unique transfŽrable, dĠailleurs mis au service de plusieurs Žlections lŽgislatives et municipales dans lĠouest du pays au cours des dŽcennies 1910 ˆ 1970). En bout de piste, le ComitŽ ne recommande pas lĠadoption dĠun scrutin proportionnel, mais croit plut™t que cette question Ç nŽcessite plus dĠŽtude È.

SĠagissant de la reprŽsentation des femmes, le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre rappelait, dans son 22e rapport, la recommandation de la Commission Lortie ˆ lĠeffet de pondŽrer le remboursement des dŽpenses Žlectorales des partis selon la proportion de leurs candidates ou de leurs Žlues. Le ComitŽ notait que cette proposition, qui en est une dĠaction positive, ne fait pas consensus, un clivage auquel le ComitŽ lui-mme nĠa pas ŽchappŽ. DĠautres recommandations gŽnŽrrent moins de dissensions, dont celle dĠinclure une Ç dŽfinition des dŽpenses pour garde de personnes ˆ charge È. Bien quĠune telle mesure puisse contribuer ˆ accro”tre la prŽsence des femmes en politique, elle cache mal son caractre essentialiste en rŽduisant les femmes ˆ leurs dimensions re/productives, comme sĠil sĠagissait lˆ de la seule lecture dĠelles ˆ mme de rallier tous les partis ! Aprs avoir dit souhaiter une plus forte participation des femmes ˆ la politique fŽdŽrale (comment soutenir lĠinverse ?!?!), le ComitŽ b‰cla cette section en Žcrivant quĠÇ [i]l conviendrait peut-tre (É) de laisser ces questions [de la participation politique des femmes] ˆ la discrŽtion des partis politiques. È Difficile de trouver meilleur exemple dĠesquive en matire de reprŽsentation politique des femmes, cette problŽmatique Žtant traitŽe comme une sorte de Ç patate chaude È quĠil convient de refiler ˆ autrui pour Žviter de se bržler : les femmes doivent tre plus prŽsentes en politique, certes, mais pas au prix de bousculer les partis, lesquels sauront gŽrer Ç ces questions È (i.e., euphŽmisme pour Ç ces problmes È) dont, au demeurant, ils sont les premiers responsablesÉ

Le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre aborda de nouveau la question de la rŽforme Žlectorale dans son 35e rapport[12], produit lors de la 2e session du 37e Parlement fŽdŽral (en fonction du 29 janvier 2001 au 23 mai 2004). Dans son Žtude du projet de loi C-24, Loi modifiant la Loi Žlectorale du Canada et la Loi de lĠimp™t sur le revenu (Financement politique), le ComitŽ ne traita pas la question du mode de scrutin utilisŽ pour les Žlections lŽgislatives fŽdŽrales, non plus celle de lĠeffacement des femmes de la reprŽsentation ˆ la Chambre des communes. Lˆ ne rŽsidait pas son mandat, non plus lĠobjet de la rŽforme.

En revanche, le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre se pronona sur ces problŽmatiques dans son 43e rapport (dŽposŽ lors du 38e Parlement, tenu dĠoctobre 2004 ˆ novembre 2005). Comme pour son 22e rapport, le ComitŽ adopta le ton de la prudence. Reconnaissant que Ç la dŽcision de modifier le systme Žlectoral est politique È[13], il sĠadonna de nouveau ˆ lĠesquive en recommandant au gouvernement dĠenclencher Ç un processus de rŽforme dŽmocratique et Žlectorale È et, dans cette perspective, de mettre sur pied Ç un comitŽ spŽcial de la Chambre des communes et (É) un groupe de consultation des citoyens È, ce dernier ayant pour mission spŽcifique de faire Ç des recommandations sur les valeurs et les principes que les Canadiens aimeraient voir intŽgrŽs dans leurs systmes dŽmocratique et Žlectoral. È Ensemble, le comitŽ spŽcial de la Chambre et le groupe de consultation des citoyens Ç prendraient en considŽration lĠexamen (É) des moyens pour favoriser une meilleure reprŽsentation ˆ la Chambre des communes, notamment lĠaugmentation de la reprŽsentation des femmes (É), et les questions de proportionnalitŽ (É) È Cette recommandation est le fruit des durs labeurs des treize membres du ComitŽ qui, ne reculant devant rien pour rŽpondre ˆ leur mandat et produire leur rapport de sept pages ˆ la Chambre, Ç se sont rendus dans plusieurs pays [lĠAllemagne, lĠAngleterre, lĠAustralie, lĠƒcosse et la Nouvelle-ZŽlande] afin dĠacquŽrir de lĠexpŽrience directe dans le domaine de la rŽforme Žlectorale et dĠapprendre comment ces pays ont consultŽ la population au sujet de la rŽforme et lĠy ont fait participer. È Outre que la rŽforme dŽmocratique et Žlectorale ait servi ˆ justifier une dilapidation ŽhontŽe des deniers publics[14], le problme de la sous reprŽsentation des femmes en politique (et surtout les solutions ˆ ce problme) est de nouveau esquivŽ en suggŽrant la mise sur pied dĠun autre comitŽ de la Chambre (mais Ç spŽcial È cette foisÉ) et dĠun groupe de citoyennes et de citoyensÉ

La plus rŽcente initiative sur la scne fŽdŽrale en matire de rŽforme du mode de scrutin vient de la Commission du droit du Canada (CDC). CrŽŽe par le gouvernement libŽral de Jean ChrŽtien en 1996, la Commission Žtait (car elle a ŽtŽ dissoute en dŽcembre 2006 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper) un organisme indŽpendant ayant pour mandat de Ç rŽpondre aux besoins du Parlement en matire de conseils stratŽgiques impartiaux et pluridisciplinaires sur des questions de politique juridique et de rŽforme du droit. È[15] En 2003, la Commission entreprit un projet de recherche intitulŽ Ç Le renouvellement de la dŽmocratie—reprŽsentation et gouvernance È. LĠobjectif Žtait dĠexaminer Ç la validitŽ et la force des arguments pour et contre la rŽforme du systme Žlectoral canadien, en plus dĠanalyser divers systmes de gouvernance du pays. È (CDC 2004 : 14) LĠannŽe suivante, la Commission dŽposa au Parlement son rapport, Un vote qui compte : la rŽforme Žlectorale au Canada, dans lequel elle recommandait lĠadoption dĠun scrutin mixte proportionnel (SMP) pour Žlire les dŽputŽes et dŽputŽs ˆ la Chambre des communes du Canada (CDC 2004 : 108).

Selon la Commission, un SMP est la formule Žlectorale qui rŽpond le mieux ˆ dix critres dĠŽvaluation des systmes Žlectoraux valorisŽs par les spŽcialistes et la population lors des consultations quĠelle mena dans tout le pays. Ces critres Žtaient : la reprŽsentation des partis (cĠest la proportionnalitŽ votes/siges pour chaque formation politique), la reprŽsentation dŽmographique (soit la reprŽsentation descriptive en vertu de laquelle le Parlement est envisagŽ comme un microcosme de la sociŽtŽ), la diversitŽ des idŽes (un Parlement o cohabite un large Žventail dĠidŽes), la reprŽsentation gŽographique (dite aussi Ç reprŽsentation locale È, elle concerne ce lien entre la reprŽsentante ou le reprŽsentant et son Žlectorat), un gouvernement efficace (qui est en mesure dĠŽlaborer un menu lŽgislatif et de le mettre en pratique), un gouvernement responsable (cĠest-ˆ-dire qui rŽpond de sa gouverne devant les reprŽsentantes et les reprŽsentants du peuple), une opposition efficace (qui soit en mesure de critiquer le gouvernement et dĠoffrir une alternative rŽaliste ˆ sa gouverne), la reconnaissance des votes (lĠimpression pour les Žlectrices et les Žlecteurs que leurs votes influencent rŽellement lĠissue du scrutin), lĠŽquilibre rŽgional (cĠest-ˆ-dire que le mode de scrutin doit permettre la reprŽsentation intŽgrale des appuis dont un parti bŽnŽficie ˆ travers tout le pays), finalement la prise de dŽcision inclusive (le processus dŽcisionnel doit privilŽgier les intŽrts nationaux plut™t que rŽgionaux).

Outre de se prononcer clairement en faveur du remplacement du SMU par un SMP, la Commission du droit du Canada formula deux recommandations sciemment destinŽes ˆ accentuer la fŽminisation de la dŽputation ˆ Ottawa. Optant pour la coercition, la Commission recommanda que le LŽgislateur oblige les partis ˆ se doter de dispositions afin que les femmes et les hommes se partagent ˆ paritŽ les mandats de reprŽsentation fŽdŽrale. Ë cette fin, et aux termes de la Commission,

[l]es partis devraient tre chargŽs de considŽrer divers ŽlŽments, dont ceux-ci :

á      la paritŽ sur les listes de parti ;

á      lĠutilisation de quotas au titre des listes de parti et des nominations de circonscription ;

á      des politiques de recrutement de candidates ;

á      des mesures pour inciter les femmes ˆ se porter candidates ;

á      lĠappui au financement des campagnes, y compris des mesures pour faciliter les candidatures ;

á      la nomination dĠun plus grand nombre de femmes au cabinet, pour le parti qui remporte lĠŽlection (CDC 2004 : 122).

La Commission suggŽra Žgalement que les partis fassent rapport au Parlement suite aux premires Žlections tenues sous un SMP quant ˆ leurs efforts afin quĠun plus grand nombre de femmes soient dŽputŽes, et quĠun comitŽ parlementaire ait mandat dĠexaminer ces rapports. Bien quĠencourageantes, ces recommandations destinŽes ˆ fŽminiser la dŽputation fŽdŽrale reposent sur un prŽalable : que soit adoptŽ un mode de scrutin mixte pour Žlire les membres des Communes, un projet qui nĠest pas ˆ lĠordre du jour du gouvernement fŽdŽral.

En terminant, plusieurs groupes portŽs par lĠobjectif de remplacer le SMU par une autre formule Žlectorale ont vu le jour sur la scne politique fŽdŽrale depuis le milieu des annŽes 1990, par exemple DŽmocratie en surveillance, Equal Voice et Fair Vote Canada[16]. De ces groupes, Equal Voice est celui qui manifeste lĠintŽrt le plus clair pour la reprŽsentation des femmes. De telles mobilisations venant de la sociŽtŽ civile en faveur dĠune rŽforme du mode de scrutin ne sont pas Žtrangres ˆ la reconfiguration du systme partisan ˆ laquelle ont conduit les Žlections de 1993. En effet, les rŽsultats de ce scrutin ont rappelŽ les Žcarts votes/siges dont le SMU Žtait capable. Ainsi, avec 41% des votes, le PLC obtint 60% des siges—et forma un gouvernement majoritaire ; le PC obtint 16% des votes mais 0,7% des siges, alors que le NPD dŽcrocha 3% des siges avec 7% des votes ; le Bloc QuŽbŽcois et le Parti rŽformiste obtinrent tous deux 18% des siges aux Communes, celui-ci avec 19% des votes et celui-lˆ avec 14% avec, en prime, lĠhonneur de former lĠOpposition officielle de sa MajestŽ, ce qui ne manque pas dĠironie pour un parti faisant de la souverainetŽ du QuŽbec sa raison dĠtreÉ Si les Žlections de 1997 et 2000 ont gŽnŽrŽ des gouvernements libŽraux majoritaires, celles de 2004 et 2006 se sont traduites par des gouvernements minoritaires, affaiblissant lĠun des principaux arguments en faveur du SMU, soit quĠil est synonyme de stabilitŽ gouvernementale parce quĠil donne lieu ˆ des gouvernements majoritaires.

En somme, hier comme aujourdĠhui, le remplacement du SMU par un mode de scrutin dotŽ dĠune dose de proportionnelle afin de dŽsigner les membres de la Chambre des communes du Canada nĠappara”t pas sur les Žcrans radars du LŽgislateur fŽdŽral. Ainsi, aucun groupe de travail nĠa eu pour mandat explicite dĠŽvaluer lĠˆ-propos dĠutiliser le SMU pour les Žlections lŽgislatives fŽdŽrales. En revanche, la question a effleurŽ le plan de travail de quelques commissions fŽdŽrales (nommŽment PŽpin-Robarts et Macdonald) et du ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre. Quant ˆ la question de lĠaugmentation de la prŽsence des femmes ˆ la chambre basse, les commissions PŽpin-Robarts et Macdonald ainsi que le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre lĠont carrŽment esquivŽe. Par contre, la Commission Lortie et la Commission du droit du Canada ont fait des recommandations ˆ mme dĠaccro”tre le taux de fŽminisation des Communes, la premire dans le cadre du SMU, la seconde dans le contexte peu probable o le Canada adopterait un SMP. Quelle place les initiatives provinciales et territoriales rŽcentes ont-elles rŽservŽe ˆ lĠobjectif dĠaccentuer la prŽsence des femmes en politique ?

Du c™tŽ des provinces et territoires[17]

Depuis le dŽbut du 21e sicle, cinq provinces (la Colombie-Britannique, lĠële-du-Prince-ƒdouard, le Nouveau-Brunswick, lĠOntario et le QuŽbec) ont sŽrieusement ŽvaluŽ la possibilitŽ de rŽformer le SMU utilisŽ pour Žlire les membres de leur assemblŽe lŽgislative, et ce, en dŽployant de vastes processus de consultations populaires. Par ailleurs, dans le cadre de son plan dĠŽtablissement, le Nunavut a envisagŽ lĠadoption dĠune disposition Žlectorale qui aurait garanti la paritŽ de reprŽsentation femmes-hommes au sein de son assemblŽe lŽgislative. Les initiatives des provinces seront dĠabord abordŽes, pour terminer avec le Nunavut.

La Colombie-Britannique

Cette province de lĠouest canadien est non seulement la premire ˆ avoir mis en place un vaste processus dĠŽtude destinŽ ˆ rŽformer le SMU utilisŽ pour Žlire les membres de sa lŽgislature, mais la formule quĠelle a privilŽgiŽe a marquŽ lĠimaginaire. En effet, le mandat dĠŽvaluer le mode de scrutin a ŽtŽ confiŽ non pas ˆ un comitŽ de spŽcialistes en Žtudes Žlectorales, mais bien ˆ un groupe de Ç simples È citoyennes et citoyens, des Ç Madame-et-Monsieur-tout-le-monde È. Populisme de la part de la classe politique, peut-tre, mais la formule a constituŽ une source dĠinspiration pour dĠautres provinces.

CĠest en avril 2003 que lĠAssemblŽe lŽgislative de la Colombie-Britannique donna son aval ˆ la mise sur pied dĠun groupe de citoyennes et de citoyens ayant mandat dĠexaminer lĠˆ-propos du mode de scrutin pour les Žlections lŽgislatives provinciales et, Žventuellement, y proposer une alternative. Autonome dans ses travaux et non partisane, lĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale en Colombie-Britannique (ACRƒCB) se composait de 160 personnes sŽlectionnŽes au hasard sur la liste provinciale des Žlectrices et des Žlecteurs, soit une femme et un homme provenant de chacune des 79 circonscriptions Žlectorales provinciales, plus deux Autochtones (une femme et un homme). Trois phases poncturent les travaux de lĠAssemblŽe citoyenne, qui sĠŽchelonnrent sur lĠannŽe 2004 : de janvier ˆ mars, les membres Žtudirent les diffŽrents modes de scrutin ; de mai ˆ juin, elles et ils tinrent des audiences publiques et prirent connaissance des mŽmoires soumis ˆ leur attention ; de septembre ˆ novembre, les membres dŽlibŽrrent et firent rapport[18].

Trois valeurs guidrent lĠexamen du mode de scrutin auquel procŽda lĠACRƒCB, des valeurs tirŽes des attentes exprimŽes par la population : 1) la proportionnalitŽ votes/siges, cĠest-ˆ-dire que la reprŽsentation de chaque formation politique ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative soit proportionnelle au soutien que lui a manifestŽ lĠŽlectorat ; 2) la reprŽsentation locale, soit le lien entre, dĠune part, la reprŽsentante ou le reprŽsentant et, dĠautre part, ses commettantes et commettants; 3) le choix bonifiŽ de lĠŽlectorat, cĠest-ˆ-dire que chaque Žlectrice et Žlecteur puisse exprimer un vote nuancŽ gr‰ce ˆ une multitude dĠoptions Žlectorales. Il nĠest pas sans intŽrt de noter quĠune plus forte proportion de dŽputŽes nĠa pas ŽtŽ une valeur charnire des travaux de lĠAssemblŽe citoyenne, et ce, en dŽpit du fait que la moitiŽ de ses membres Žtait des femmes! De fait, Lang (2007) a non seulement constatŽ que les 80 femmes membres de lĠACRƒCB ne se reconnaissaient pas le mandat de promouvoir la reprŽsentation des femmes[19], mais que plusieurs BC CitizensĠ Assembly members (femmes et hommes) nĠy voyaient mme pas lˆ matire ˆ discussion (Lang 2007 : 59). Ce constat jette un doute trs sŽrieux sur lĠidŽe selon laquelle un plus grand nombre de femmes dans des postes de dŽcision se traduirait par des politiques publiques plus favorables aux femmes. Ceci dit, considŽrant les valeurs retenues par lĠACRƒCB (et notamment la troisime), il nĠest pas Žtonnant quĠelle recommanda lĠabandon du SMU et lĠadoption du vote unique transfŽrable (VUT) pour Žlire les membres de lĠAssemblŽe lŽgislative de la Colombie-Britannique[20]. En effet, le VUT confre un r™le de premire importance aux Žlectrices et aux Žlecteurs quant au choix des personnes qui les reprŽsenteront, cette libertŽ ayant pour corollaire de confiner les partis ˆ un r™le dĠarrire-scne quant ˆ la composition de la reprŽsentation lŽgislative.

Cette proposition fut soumise ˆ la population, en mai 2005, le mme jour o se tenaient les Žlections lŽgislatives provinciales. Le gouvernement dŽcida dĠassujettir son adoption ˆ une super majoritŽ : la Colombie-Britannique ne tronquerait le SMU en faveur du VUT que si la recommandation de lĠACRƒCB recevait lĠappui dĠun minimum de 60% des votes valides exprimŽs ˆ lĠŽchelle de la province, ainsi que la majoritŽ simple dans au moins 48 (ou 60%) des 79 circonscriptions Žlectorales. La volontŽ du peuple ne permit pas de satisfaire ces exigences : certes, la recommandation de lĠACRƒCB dŽcrocha le soutien dĠune majoritŽ dĠŽlectrices et dĠŽlecteurs dans 77 circonscriptions, mais 57% de lĠŽlectorat lĠavalisa ˆ lĠŽchelle de la province. Il semble toutefois que ce ne soit que partie remise, puisque la rŽforme Žlectorale reste inscrite ˆ lĠordre du jour du gouvernement de la Colombie-Britannique, un nouveau rŽfŽrendum sur la question Žtant prŽvu en 2009, au mme moment que les Žlections lŽgislatives.


LĠOntario

Bien que lĠexpŽrience de la Colombie-Britannique semble avoir encouragŽ dĠautres provinces ˆ envisager une rŽforme du SMU, seule lĠOntario a suivi la dŽmarche britano-colombienne dĠune assemblŽe du peuple. En effet, en novembre 2004, soit un mois aprs que les membres de lĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale en Colombie-Britannique aient recommandŽ de tronquer le SMU pour le VUT, le premier ministre libŽral ontarien, Dalton McGuinty, annona la mise sur pied dĠune assemblŽe de citoyennes et de citoyens ayant pour t‰che dĠexaminer le mode de scrutin utilisŽ pour Žlire les dŽputŽes et dŽputŽs ˆ QueenĠs Park. Cette initiative Žtait partie prenante dĠun chantier plus vaste ayant pour prŽoccupation le renouveau dŽmocratique, lancŽ ˆ la fin de 2003.

LĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale de lĠOntario (ACRƒO), dont les travaux se sont tenus de septembre 2006 ˆ mai 2007, affichait beaucoup de points communs avec sa prŽdŽcesseure de la Colombie-Britannique : indŽpendance du gouvernement, paritŽ femmes-hommes parmi ses membres (et mme un lŽger avantage aux femmes, au nombre de 52 sur 103 membres), sŽlection au hasard des citoyennes et des citoyens sur la base des circonscriptions Žlectorales provinciales et avec le souci dĠassurer une reprŽsentativitŽ dŽmographique. Par contre, alors que trois valeurs seulement (soit la proportionnalitŽ votes/siges, la reprŽsentation locale et le choix bonifiŽ de lĠŽlectorat) encadraient le travail de lĠAssemblŽe citoyenne de la Colombie-Britannique, en Ontario elles Žtaient au nombre de neuf :

1) la lŽgitimitŽ, cĠest-ˆ-dire que la population de lĠOntario devrait faire confiance au mode de scrutin utilisŽ pour Žlire leurs reprŽsentantes et reprŽsentants ˆ la lŽgislature provinciale ;

2) la reprŽsentation Žquitable, ou descriptive selon le langage de Pitkin (1967), en vertu de laquelle lĠAssemblŽe lŽgislative de lĠOntario devrait constituer un modle rŽduit de la population de la province ;

3) le choix des Žlectrices et des Žlecteurs, en cela que le mode de scrutin devrait offrir un large Žventail dĠoptions ˆ lĠŽlectorat ;

4) des partis efficaces, en ce sens capables dĠassumer leurs fonctions traditionnelles en dŽmocratie libŽrale (notamment structurer les dŽbats publics, mobiliser lĠŽlectorat, former la classe et la relve politiques, offrir un programme de gouverne politique) ;

5) un gouvernement stable et efficace, cĠest-ˆ-dire ˆ mme de prendre des dŽcisions, dĠagir et de bŽnŽficier dĠune certaine continuitŽ dans le temps ;

6) un parlement efficace, constituŽ du tandem fonctionnel gouvernement-opposition, conformŽment au modle de Westminster ;

7) un plus fort taux de participation aux Žlections et une plus grande implication des Žlectrices et des Žlecteurs face aux diverses manifestations de la dŽmocratie Žlectorale ;

8) lĠimputabilitŽ des dŽputŽes et dŽputŽs par rapport ˆ leurs commettantes et commettants ;

9) la simplicitŽ et lĠaspect pratique, cĠest-ˆ-dire que la population devrait comprendre les tenants et aboutissants du mode de scrutin, lequel devrait tre dĠapplication aisŽe.

Alors que lĠaccroissement du taux de fŽminisation de la dŽputation siŽgeant ˆ Victoria nĠŽtait pas une valeur poursuivie par lĠACRƒCB, cette prŽoccupation marqua le projet ontarien, mais de manire indirecte seulement. En effet, la reprŽsentation Žquitable valorise une assemblŽe qui soit le reflet de la population, notamment au plan sociodŽmographique. ConsŽquemment, la reprŽsentation Žquitable appelle et lŽgitime une prŽsence plus marquŽe des femmes ˆ QueenĠs Park. Ceci dit, lĠACRƒO ne formula aucune proposition sciemment destinŽe ˆ accro”tre le nombre des dŽputŽes provinciales, et ce, mme si elle comportait un nombre sensiblement Žgal de femmes et dĠhommes. Comme le notait Phillips (1995 : 157-160), la prŽsence de femmes en politique nĠoffre aucune garantie que seront adoptŽes des dŽcisions publiques favorables aux femmes.

En mai 2007, lĠACRƒO recommanda que lĠOntario se dŽpart”t du SMU au profit dĠun SMP, ˆ lĠimage des scrutins allemand, Žcossais et gallois[21]. Le modle prŽvoyait 129 siges, dont 90 pourvus au SMU et reprŽsentant autant de circonscriptions locales, et 39 attribuŽs au scrutin proportionnel de listes fermŽes ˆ lĠŽchelle provinciale (ˆ condition de satisfaire un seuil de reprŽsentation de 3% des votes valides exprimŽs pour lĠensemble de la province). Chaque Žlectrice et Žlecteur aurait dŽtenu deux votes, lĠun pour Žlire une reprŽsentante locale ou un reprŽsentant local, lĠautre pour dŽsigner une dŽputŽe ou un dŽputŽ de listes. De nouveau, en dŽpit du fait que la reprŽsentation Žquitable/descriptive constituait une valeur-phare dans la conceptualisation dĠun nouveau mode de scrutin pour lĠOntario, lĠACRƒO ne fit aucune recommandation afin de favoriser lĠŽlection des candidates.

Comme il sĠŽtait engagŽ ˆ le faire au moment de lĠannonce de la crŽation de lĠAssemblŽe citoyenne, en novembre 2004, le premier ministre McGuinty tint un rŽfŽrendum sur la recommandation de lĠACRƒO. Suivant lĠexemple de la Colombie-Britannique, son adoption Žtait soumise ˆ une super majoritŽ : 60% dĠappuis ˆ lĠŽchelle provinciale et 50% dans un minimum de 64 circonscriptions Žlectorales. Si lĠissue du rŽfŽrendum britano-colombien justifie de garder en haleine celles et ceux qui militent pour lĠadoption dĠun nouveau mode de scrutin (tel que mentionnŽ plus haut, un autre rŽfŽrendum est dĠailleurs prŽvu en 2009), les rŽsultats du rŽfŽrendum ontarien ne laissent aucun espoir aux rŽformatrices et rŽformateurs, dont lĠoption ne recueillit que 36,9% dĠappuis.

Les expŽriences de lĠële-du-Prince-ƒdouard et du Nouveau-Brunswick vinrent elles aussi conforter le statu quo.

LĠële-du-Prince-ƒdouard et le Nouveau-Brunswick

Alors que le LŽgislateur britano-colombien et son vis-ˆ-vis de lĠOntario choisirent de confier ˆ des assemblŽes constituŽes dĠune centaine de citoyennes et de citoyens le mandat dĠŽtudier le mode de scrutin utilisŽ pour dŽsigner les parlementaires provinciaux et, Žventuellement, y proposer des formules Žlectorales de remplacement, lĠële-du-Prince-ƒdouard et le Nouveau-Brunswick confirent cette mission ˆ des structures dĠenvergure bien plus modeste, soit des comitŽs constituŽs de quelques membres seulement. Les groupes dĠŽtude des deux provinces de lĠAtlantique convergent Žgalement sur certaines de leurs recommandations, nommŽment lĠabandon du SMU en faveur dĠun SMP, et lĠendossement de ce scŽnario par voie rŽfŽrendaire.

Deux Žtapes marqurent le dŽroulement du processus dĠŽtude dĠune Žventuelle rŽforme du SMU pour les Žlections lŽgislatives provinciales ˆ lĠële-du-Prince-ƒdouard. Dans un premier temps, en janvier 2003, le gouvernement conservateur mit sur pied une commission ayant mandat dĠenvisager une rŽforme du mode de scrutin utilisŽ pour Žlire les membres de lĠAssemblŽe lŽgislative de lĠële. IndŽpendante du gouvernement, la Prince Edward Island Electoral Reform Commission ne comptait quĠun seul membre, Norman H. Carruthers. En dŽcembre 2003, lĠancien juge en chef de la Cour suprme de lĠële-du-Prince-ƒdouard remit son rapport au premier ministre Pat Binns. Il y formulait plusieurs recommandations, dont celle de modifier le SMU en y adjoignant un ŽlŽment de proportionnalitŽ. Bien quĠil envisagea lĠadoption du VUT, le commissaire Carruthers rejeta cette option au profit dĠun SMP Ç ˆ la nŽo-zŽlandaise È, prŽvoyant lĠŽlection dĠune vingtaine de dŽputŽes et dŽputŽs au SMU et dĠune dizaine au scrutin proportionnel (Carruthers 2003 : 103). Fait important ˆ noter : le commissaire Carruthers se montra sensible ˆ la problŽmatique de la reprŽsentation des femmes en politique provinciale, et recommanda que toute rŽforme Žlectorale contribue ˆ accro”tre le nombre des dŽputŽes ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative de lĠële (Carruthers 2003 : 101).

Retenant le constat posŽ par le Commissaire ˆ lĠeffet quĠil importait de mieux cerner les attentes de la population en matire Žlectorale avant dĠaller de lĠavant avec une rŽforme du SMU, dans un second temps le premier ministre annona, au dŽbut de lĠŽtŽ 2004, son intention de crŽer une commission ayant pour mission de Ç poursuivre le travail de la Commission sur la rŽforme Žlectorale de lĠële-du-Prince-ƒdouard È, et notamment de Ç concevoir et mener une campagne dĠŽducation publique, visant ˆ faire mieux conna”tre ˆ la population de lĠële-du-Prince-ƒdouard lĠactuel systme Žlectoral uninominal majoritaire ˆ un tour et le systme mixte proportionnel. È[22] La Commission sur lĠavenir Žlectoral de lĠële-du-Prince-ƒdouard vit ainsi le jour ˆ la fin de 2004. Ses huit membres furent nommŽs en fŽvrier 2005, cinq par le ComitŽ permanent de lĠadministration lŽgislative de lĠAssemblŽe lŽgislative de lĠële-du-Prince-ƒdouard, et trois par autant de partis politiques enregistrŽs. Le SMP dŽfendu par la Commission disposait que 17 siges seraient attribuŽs au SMU et, par le truchement dĠun deuxime tour, 10 au scrutin proportionnel de listes fermŽes ˆ lĠŽchelle provinciale (seuls les partis ayant obtenu au moins 5% des votes valides exprimŽs ˆ lĠensemble de la province auraient pu recevoir des siges de listes)[23]. Ë lĠexemple de lĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale de lĠOntario (ACRƒO), la Commission sur lĠavenir Žlectoral de lĠële-du-Prince-ƒdouard traita la question de la reprŽsentation des femmes en politique provinciale de manire indirecte, en suggŽrant quĠune conception descriptive de la reprŽsentation inspire les partis afin Ç que la composition de la liste de candidats reflte la population de la province. È (ibid.)

Le gouvernement de lĠële soumit le projet de rŽforme Žlectorale ˆ un plŽbiscite, ˆ lĠinstar de ses vis-ˆ-vis britano-colombien et ontarien. Toutefois, au contraire dĠeux, il nĠimposa pas de super majoritŽ ˆ lĠadoption dĠun SMP (le seuil du plŽbiscite Žtait donc 50% des votes valides exprimŽs + 1), bien quĠil dŽclara ne pas se sentir liŽ par un vote de moins de 60% (Barnes et Robertson 2007 : 4) ! Le gouvernement nĠeut pas ˆ gŽrer cette position contradictoire, puisque le 28 novembre 2005 la population se pronona clairement contre le recours au SMP pour Žlire les dŽputŽes et dŽputŽs siŽgeant ˆ Charlottetown.

Du c™tŽ du Nouveau-Brunswick, cĠest en dŽcembre 2003 quĠest crŽŽe la Commission sur la dŽmocratie lŽgislative (CDL). Son mandat Žtait dĠÇ [e]xaminer le systme Žlectoral ainsi que les institutions et pratiques dŽmocratiques au Nouveau-Brunswick, et formuler des recommandations pour les renforcer et les moderniser afin quĠils soient plus justes, ouverts, responsables et accessibles aux NŽo-Brunswickois et aux NŽo-Brunswickoises. È[24] De manire plus prŽcise, la CDL devait,

[e]xaminer des faons de mettre en Ïuvre ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative du Nouveau-Brunswick un systme Žlectoral ˆ reprŽsentation proportionnelle et formuler des recommandations ˆ cet effet, et proposer un modle particulier mieux adaptŽ ˆ notre province qui assurera une reprŽsentation plus juste, une plus grande ŽgalitŽ des votes, un organe lŽgislatif et un gouvernement efficaces, ainsi quĠun r™le soutenu pour les dŽputŽs directement Žlus reprŽsentant des rŽgions gŽographiques dŽterminŽes. (ibid.)

ComposŽe dĠun nombre Žgal de femmes et dĠhommes (soit trois commissaires et une coprŽsidence de chaque sexe), la CDL mena, de mai ˆ octobre 2004, une vaste campagne de consultation du public. Dans ce contexte, elle traita le thme Ç Femmes et dŽmocratie È[25]. Trois expertes sur la question brossrent alors un tableau de la participation des femmes ˆ la politique provinciale au Nouveau-Brunswick, expliqurent le scrutin de reprŽsentation proportionnelle et esquissrent des stratŽgies ˆ mme dĠaccentuer la fŽminisation de lĠAssemblŽe lŽgislative nŽo-brunswickoise. Ce travail ne fut pas vain puisque dans son rapport final, la CDL formula trois recommandations (une quatrime concernait plut™t la haute fonction publique) destinŽes ˆ Ç augmenter ˆ 35 pour cent dĠici lĠan 2015 la reprŽsentation des femmes ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative du Nouveau-Brunswick È (CDL 2005 : 30). La premire recommandation visait ˆ bonifier de $1 pour chaque vote obtenu lĠallocation annuelle aux partis ayant prŽsentŽ au moins 35% de candidates aux Žlections provinciales les plus rŽcentes. La seconde recommandation, Žgalement ˆ saveur financire, suggŽrait la mise sur pied dĠun mŽcanisme de financement des groupes travaillant ˆ accro”tre la prŽsence des femmes en politique. Finalement, la troisime recommandation voulait obliger les partis ˆ faire rapport ˆ chaque deux ans sur les moyens quĠils ont pris afin dĠouvrir leurs portes aux femmes.

Au cours de ce processus de consultation, la CDL publia, en septembre 2004, un rapport dĠŽtape dans lequel elle dŽvoilait ses cartes quant au modle Žlectoral quĠelle privilŽgiait : un SMP rŽgional, suivant les exemples de lĠAllemagne et de la Nouvelle-ZŽlande, de lĠƒcosse et du Pays de Galles (CDL 2004 : 2-4). Dans son rapport final, la Commission rŽitŽra sa prŽfŽrence pour le SMP rŽgional. En vertu de son modle, 36 dŽputŽes et dŽputŽs auraient ŽtŽ Žlus au SMU et 20 au scrutin proportionnel de listes fermŽes Žtablies par les partis politiques. Ces listes auraient ŽtŽ rŽgionales, car reposant sur quatre districts plurinominaux, de taille ˆ peu prŽs Žquivalente, de cinq dŽputŽes et dŽputŽs chacun. Seuls les partis satisfaisant un seuil de 5% des votes valides exprimŽs ˆ lĠŽchelle provinciale (et non rŽgionale) auraient pu recevoir des siges de listes. Chaque Žlectrice et Žlecteur aurait disposŽ de deux votes, lĠun exercŽ dans le cadre du SMU et lĠautre du scrutin proportionnel (CDL 2005 : 7-10). Finalement, la CDL recommanda de soumettre sa proposition dĠun SMP rŽgional au verdict populaire par le truchement dĠun rŽfŽrendum exŽcutoire.

Le gouvernement rŽpondit aux recommandations de la CDL en juin 2006. Il sĠengagea, notamment, ˆ tenir un rŽfŽrendum en mai 2008 destinŽ ˆ Ç modifier le systme Žlectoral de la province pour passer ˆ un systme Žlectoral mixte de reprŽsentation proportionnelle. È[26] Par contre, le gouvernement conservateur fit la sourde oreille aux recommandations destinŽes ˆ amŽliorer la reprŽsentation des femmes, ce qui nĠempcha pas le premier ministre de conclure : Ç Gr‰ce au plan directeur du renouvellement dŽmocratique que nous formulons dans le rapport, les institutions et pratiques dŽmocratiques du Nouveau-Brunswick seront plus solides, plus Žquitables et plus reprŽsentatives; elles seront Žgalement efficaces et devront rendre des comptes ˆ la population que nous servons È (ibid. ; italiques ajoutŽs). Si la Commission sĠŽtait montrŽe sensible ˆ la reprŽsentation des femmes en politique provinciale nŽo-brunswickoise, le gouvernement de Bernard Lord nĠy accorda aucune importance. En clair, pour le premier ministre Lord, la reprŽsentation nĠa pas besoin des femmes pour tre reprŽsentativeÉ Par contre, les Žlections de 2006 devaient se traduire par un changement de gouvernement. Si la nouvelle Žquipe nĠavalisa pas le scŽnario de recourir ˆ un SMP rŽgional pour Žlire les dŽputŽes et dŽputŽs siŽgeant ˆ Fredericton, dans sa rŽponse aux recommandations du rapport de la CDL le gouvernement libŽral Žcrivait que Ç [l]es associations de circonscription (sic) locales seront encouragŽes ˆ nommer des femmes candidates aux Žlections provinciales en proposant un remboursement accru des dŽpenses Žlectorales (55% au lieu de 50% aprs avoir obtenu un seuil minimal de soutien Žlectoral). È[27] Selon le gouvernement, cet engagement encadrera les Žlections gŽnŽrales de 2010.

Le QuŽbec[28]

Trois pŽriodes permettent de dŽcouper lĠŽvolution des ŽvŽnements ayant entourŽ la problŽmatique de la rŽforme Žlectorale au QuŽbec : avant 1960, de la dŽcennie 1960 aux Žlections de 1998, finalement depuis 1998. Au contraire des provinces de lĠouest canadien qui, entre le milieu des annŽes 1910 et le dŽbut des annŽes 1970, ont mis en application une forme ou une autre de scrutin proportionnel pour les Žlections lŽgislatives ou municipales (voir Pilon 2007 : 81), rien de tel nĠest survenu au QuŽbec. En fait, depuis 1792, date des premires Žlections lŽgislatives tenues dans le Bas-Canada, le QuŽbec sĠest toujours appuyŽ sur le scrutin majoritaire pour Žlire les membres de son assemblŽe lŽgislative provinciale. JusquĠaux annŽes 1960, lĠidŽe dĠabandonner le SMU au profit dĠun scrutin proportionnel nĠa gure constituŽ un sujet de dŽbats publics au QuŽbec, et ce, en dŽpit des rŽsultats des Žlections de 1944 qui convirent le parti ayant obtenu le moins de votes (mais le plus de siges ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative) ˆ former le gouvernement, confinant par le fait mme ˆ lĠopposition le parti ayant rŽcoltŽ le plus de votes (mais moins de siges ; voir le tableau 2).

Les rŽsultats des Žlections de 1966, 1970, 1973 et 1976 exposrent au grand jour les iniquitŽs auxquelles le SMU pouvait donner lieu. Le tableau 2 montre les rŽsultats pour ces quatre scrutins selon la rŽpartition des votes et des siges. En 1966, avec 47,3% des voix, le pouvoir Žchappa au PLQ au profit de lĠUN, qui reut pourtant lĠappui dĠune proportion moindre dĠŽlectrices et dĠŽlecteurs (mais quĠˆ cela ne tienne, lĠUN obtint 51,9% des siges ˆ lĠAssemblŽe contre 46,3% pour son rival). Le PLQ pu savourer sa revanche quatre annŽes plus tard, cette fois au dŽtriment du Parti quŽbŽcois (PQ), notamment : avec 45,4% des votes, il remporta les deux tiers des siges ˆ lĠAssemblŽe nationale, alors que les 23,1% dĠappuis Žlectoraux confŽrŽs au PQ, un nouveau venu dans le champ politique et Žlectoral, se traduisirent par sept banquettes lŽgislatives, un dŽsavantage dĠautant plus criant lorsque les chiffres sont mis en perspective avec ceux de lĠUN (17 siges avec 19,6% des suffrages) et du Ralliement crŽditiste (12 siges avec 11,2% des suffrages). La malchance continua de sĠacharner sur le PQ aux Žlections de 1973 : mme sĠil obtint plus de votes quĠen 1970 (soit 30,2% versus 23,1%), il perdit nŽanmoins un sige ! Par contre, le PLQ avait toutes les raisons de faire la fte, puisquĠil monopolisa littŽralement la reprŽsentation lŽgislative : avec 54,7% des votes, il remporta 92,7% des siges, illustrant avec brio lĠeffet de la prime au vainqueur qui caractŽrise le SMU. Finalement, en 1976 cĠest au tour du PQ de bŽnŽficier des extravagances du SMU, alors que les 41,4% de votes valides quĠil glana lui confŽrrent prs des deux-tiers des banquettes ˆ lĠAssemblŽe nationale.

Tableau 2 RŽsultats aux Žlections de 1944, 1966, 1970, 1973, 1976 et 1998 selon la rŽpartition des votes et des siges

 

ƒlections

Partis

% des votes

% des siges (Nb)

1944

Union nationale (UN)

38,0

52,7 (48)

 

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

39,4

40,7 (37)

 

Autres et indŽpendants

22,6

6,6 (6)

1966

Union nationale (UN)

40,8

51,9 (56)

 

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

47,3

46,3 (50)

 

Autres et indŽpendants

11,9

1,8 (2)

1970

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

45,4

66,7 (72)

 

Union nationale (UN)

19,6

15,7 (17)

 

Ralliement crŽditiste (RC)

11,2

11,1 (12)

 

Parti quŽbŽcois (PQ)

23,1

6,5 (7)

 

Autres et indŽpendants

0,7

0,0 (0)

1973

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

54,7

92,7 (102)

 

Parti quŽbŽcois (PQ)

30,2

5,5 (6)

 

Ralliement crŽditiste (RC)

9,9

1,8 (2)

 

Union nationale (UN)

4,9

0,0 (0)

 

Autres et indŽpendants

0,3

0,0 (0)

1976

Parti quŽbŽcois (PQ)

41,4

64,6 (71)

 

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

33,8

23,6 (26)

 

Union nationale (UN)

18,2

10,0 (11)

 

Ralliement crŽditiste (RC)

4,6

0,9 (1)

 

Autres et indŽpendants

2,0

0,9 (1)

1998

Parti quŽbŽcois (PQ)

42,9

60,8 (76)

 

Parti libŽral du QuŽbec (PLQ)

43,5

38,4 (48)

 

Action dŽmocratique du QuŽbec (ADQ)

11,8

0,8 (1)

 

Autres et indŽpendants

1,8

0,0 (0)

_______________

Sources : AssemblŽe nationale du QuŽbec (La rŽpartition des voix aux Žlections gŽnŽrales) ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/votes.html, et AssemblŽe nationale du QuŽbec (La rŽpartition des siges aux Žlections gŽnŽrales) ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/sieges.html (pages consultŽes le 14 mai 2008).

Si le Rassemblement pour lĠindŽpendance nationale (RIN) inscrivit, ˆ son manifeste de 1964-1965, la rŽforme du mode de scrutin, ce nĠest quĠavec la dŽcennie 1970 quĠune sŽrie dĠŽvŽnements lui donnera un accs bien timide ˆ lĠordre du jour politique quŽbŽcois. Cette percŽe nĠest pas sans rapport avec les convictions profondes du pre fondateur du PQ, RenŽ LŽvesque, sur la question. En juin 1970, la Commission de lĠAssemblŽe nationale est saisie du mandat dĠŽtudier la question de la rŽforme du SMU. La Commission permanente de lĠAssemblŽe nationale mit alors sur pied, en novembre 1971, un comitŽ dĠŽtude sur les modes de scrutin, dont le mandat comportait trois t‰ches : primo, Žvaluer les performances du SMU dans le contexte des Žlections lŽgislatives quŽbŽcoises ; secundo, brosser un tableau des principaux modes de scrutin, avec leurs portŽes et leurs limites ; tertio, identifier Ç des alternatives pratiques pour le QuŽbec en matire de mode de scrutin È (Drouin 1972 : 4) Aprs avoir insistŽ sur les difficultŽs ˆ satisfaire la troisime t‰che, le ComitŽ identifia trois scŽnarios Žlectoraux alternatifs pour le QuŽbec : une reprŽsentation proportionnelle modŽrŽe, le vote unique transfŽrable (VUT), enfin le scrutin mixte proportionnel (SMP) du type allemand (Drouin 1972 : 35). Le rapport Drouin, qui ignorait totalement la question de la (sous) reprŽsentation des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale, ira vŽgŽter sur une tablette.

Six annŽes plus tard, en 1976, le gouvernement du PQ prŽsenta un vaste plan de rŽforme Žlectorale et, dans ce contexte, se dota dĠun poste de ministre dĠƒtat ˆ la rŽforme Žlectorale. Le titulaire, Robert Burns, reut mandat, du conseil des ministres, de rŽflŽchir et dĠanalyser le mode de scrutin utilisŽ pour les Žlections lŽgislatives quŽbŽcoises, et ce, ˆ lĠaune de quatre grands objectifs : 1) amŽliorer la reprŽsentativitŽ en rŽduisant de manire significative, voire en Žliminant, les distorsions votes/siges ; 2) maintenir la stabilitŽ gouvernementale ; 3) assurer une reprŽsentation rŽgionale ; 4) si des listes devaient tre utilisŽes, faire en sorte quĠelles soient dŽmocratiques, cĠest-ˆ-dire quĠelles ne soient pas contr™lŽes Ç par les seuls Žtats-majors des partis. È (Burns 1979 : 37) Dans son livre vert, Un citoyen, un vote. Livre vert sur la rŽforme du mode de scrutin, le ministre dĠƒtat proposa trois scŽnarios de rŽforme Žlectorale ˆ mme de satisfaire ces objectifs, des scŽnarios comportant tous une dose de reprŽsentation proportionnelle (RP) : la reprŽsentation proportionnelle rŽgionale modŽrŽe (RPRM), le systme mixte 2/3-1/3, enfin le systme mixte allemand. En dŽpit de la saga rŽfŽrendaire, le PQ est reportŽ au pouvoir en 1981 gr‰ce ˆ un coup de pouce du SMU : avec 49,2 % des suffrages, il remporta 65,6% des siges. Tout ˆ coup, un doute germa au PQ[29] : pourquoi se dŽmettre dĠun mode de scrutin qui venait de lui tre si gŽnŽreux ? LĠidŽe de remplacer le SMU par la RPRM vivota tout au long du deuxime mandat pŽquiste[30], mais lĠarrivŽe des LibŽraux ˆ la tte de lĠƒtat quŽbŽcois, en 1985, cloua la tombe de la rŽforme Žlectorale, et ce, jusquĠaux lendemains des Žlections de 1998, dont les rŽsultats rappelrent que mme si un parti remportait le plus grand nombre de votes, il nĠavait pas pour autant la garantie de constituer le gouvernement (voir le tableau 2).

Les rŽsultats du scrutin de 1998 nĠont pas ŽtŽ sans gŽnŽrer de nombreuses critiques quant aux performances du SMU. De fait, il est difficile de se porter ˆ la dŽfense dĠun mode de scrutin qui refuse le pouvoir au parti qui a obtenu le plus grand nombre de votes, sans mentionner dĠautres incongruitŽs auxquelles il donne lieu[31]. SĠengage alors une trame dĠŽvŽnements qui, grosso modo, recouvre deux moments distincts correspondant ˆ lĠadministration pŽquiste (1998-2003) puis libŽrale (depuis 2003).

En dŽcembre 2001[32], la commission des institutions de lĠAssemblŽe nationale se donna un mandat dĠinitiative portant sur la rŽforme du mode de scrutin utilisŽ pour Žlire les membres du Salon bleu. De manire plus prŽcise, la Commission avait mandat : 1) dĠŽtudier le SMU ; 2) dĠŽvaluer diffŽrents scŽnarios de rŽforme du mode de scrutin ; 3) en cerner les effets sur : la reprŽsentation (notamment des rŽgions), le r™le des institutions parlementaires et leur fonctionnement, la formation des gouvernements et leur stabilitŽ, finalement, le systme politique quŽbŽcois dans son ensemble. Il est ˆ noter que la reprŽsentation des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale nĠŽtait pas partie prenante du mandat de la Commission, mme si celle-ci traita cette question dans ses travaux. La Commission produisit un document de consultation en octobre 2002 (AssemblŽe nationale du QuŽbec 2002), lequel engendra un processus de consultation gŽnŽrale en audiences publiques un mois plus tard[33].

Au mme moment, au cours du dernier trimestre de 2002, sĠenclenchait une vaste opŽration de rŽflexion collective sur la rŽforme des institutions politiques quŽbŽcoises, soit le ComitŽ directeur des ƒtats gŽnŽraux sur la rŽforme des institutions dŽmocratiques (ou Commission BŽland). ConstituŽ de quatre femmes et six hommes, le ComitŽ voulait mieux cerner lĠŽtat de lĠopinion publique par rapport aux institutions reprŽsentatives, et ce, en Ç libŽr[ant] la parole citoyenne, [en] amen[ant] les populations rŽgionales ˆ exprimer clairement leurs attentes et, finalement, par la tenue des ƒtats gŽnŽraux, ˆ faire sĠexprimer une volontŽ nationale. È (ComitŽ directeur sur la rŽforme des institutions dŽmocratiques 2003 : 13) Le ComitŽ, qui mena 27 audiences publiques dans une vingtaine de villes du QuŽbec entre le 15 octobre et le 27 novembre 2002, reut prs de 225 mŽmoires. Il tint ses ƒtats gŽnŽraux les 22 et 23 fŽvrier 2003, auxquels participrent un millier de personnes. Le ComitŽ remit son rapport, Prenez votre place !, au ministre responsable de la RŽforme des institutions dŽmocratiques, Jean-Pierre Charbonneau, en mars 2003. Y Žtaient formulŽes plusieurs recommandations, dont celle de revoir le SMU et, de manire plus prŽcise, dĠenvisager lĠadoption dĠun scrutin de reprŽsentation proportionnelle rŽgionale. Le ComitŽ se montra sensible ˆ la reprŽsentation des femmes au Salon bleu, recommandant :

Que le gouvernement contribue ˆ la crŽation de fonds privŽs dans le but de soutenir les femmes dans leur entrŽe en politique.

QuĠun parti politique qui, ˆ la suite dĠune Žlection gŽnŽrale compte au moins 30% de femmes parmi sa dŽputation, reoive un remboursement bonifiŽ de ses dŽpenses Žlectorales jusquĠˆ ce quĠil ait atteint 50% de reprŽsentation fŽminine.

Que le programme Ë ŽgalitŽ pour dŽcider soit reconduit sur une base permanente et que ses ressources financires soient accrues. De plus, une partie du budget de ce programme devrait tre rŽservŽe au soutien de projets destinŽs aux femmes autochtones ainsi quĠˆ celles de la diversitŽ ethnoculturelles (ComitŽ directeur sur la rŽforme des institutions dŽmocratiques 2003 : 64).

Prenez votre place ! devait rester lettre morte (du moins, pour ce qui est dĠinitier une rŽforme Žlectorale car, par ailleurs, la Commission BŽland donna lieu ˆ un extraordinaire exercice de rŽflexion publique quant ˆ la qualitŽ de la dŽmocratie reprŽsentative au QuŽbec), puisque deux jours aprs sa parution, des Žlections gŽnŽrales provinciales Žtaient dŽclenchŽes, que le PQ perdit.

Jean Charest, le nouveau premier ministre libŽral, dŽclara ne pas se sentir liŽ par les recommandations de la Commission BŽland. Par contre, ˆ lĠinstar des leaders adŽquiste et pŽquiste, en campagne Žlectorale il sĠŽtait engagŽ ˆ revoir le mode de scrutin utilisŽ pour dŽsigner les dŽputŽes et dŽputŽs siŽgeant ˆ QuŽbec. Ainsi, en juin 2004, le ministre dŽlŽguŽ ˆ la RŽforme des institutions dŽmocratiques, Jacques Dupuis, soumis ˆ lĠAssemblŽe nationale un projet de rŽforme parlementaire[34] qui devait tre suivi, le 15 dŽcembre 2004, dĠun avant-projet de loi[35] remplaant la Loi Žlectorale[36]. Fait important ˆ noter pour les fins de la prŽsente rŽflexion, lĠun des objectifs visŽs par lĠavant-projet de loi Žtait de Ç favoriser lĠatteinte dĠune reprŽsentation Žquitable des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale È (QuŽbec 2004 : 6). LĠinscription de la reprŽsentation des femmes au cÏur mme des objectifs de lĠavant-projet de loi est, sans lĠombre dĠun doute, le fruit de la mobilisation du mouvement des femmes quŽbŽcois sur le terrain de la rŽforme des institutions reprŽsentatives, et notamment du Collectif FŽminisme et dŽmocratie[37], et peut-tre aussi dĠune sensibilitŽ (aux motivations Žlectoralistes ?) du ministre et/ou de son entourage ˆ lĠombre que jette sur la dŽmocratie reprŽsentative quŽbŽcoise la sous reprŽsentation des femmes au Salon bleuÉ

La composante de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale qui suscita le plus dĠintŽrt est celle, selon les termes utilisŽs par le ministre Dupuis dans sa dŽclaration ˆ lĠAssemblŽe nationale le 15 dŽcembre 2004, dĠÇ une rŽvision du mode de scrutin qui a pour effet dĠintroduire des ŽlŽments de proportionnalitŽ afin de mieux reflŽter la volontŽ de la population lors des Žlections. È[38] Le modle Žlectoral proposŽ par le ministre Dupuis prŽsentait les caractŽristiques suivantes :

Le mode de scrutin proposŽ peut tre qualifiŽ de Ç proportionnel mixte È. Mixte, parce quĠil prŽvoit lĠŽlection de 77 dŽputŽs dans autant de circonscriptions, selon le mode de scrutin que nous connaissons actuellement, dĠune part, et Ç proportionnel È, car il prŽvoit, de plus, lĠŽlection de 50 dŽputŽs aux fins dĠassurer une reprŽsentation proportionnelle des appuis obtenus par les partis politiques, dĠautre part. Ces siges de dŽputŽs seraient rŽpartis dans un nombre de districts variant entre 24 et 27. (ibid.)

Rgle gŽnŽrale, chaque district, issu de lĠassemblage de trois circonscriptions Žlectorales, aurait comportŽ deux siges de compensation. En dĠautres mots, chaque district aurait Žtait reprŽsentŽ ˆ lĠAssemblŽe nationale par trois dŽputŽes et dŽputŽs de circonscriptions, et deux dŽputŽes et dŽputŽs de listes. Ce scŽnario Žquivalait ˆ une compensation rŽgionale, et impliquait un seuil de reprŽsentation par dŽfaut de 15%. En outre, le modle attribuait un seul vote ˆ chaque Žlectrice et Žlecteur, vote qui aurait Žgalement servi ˆ rŽpartir les 50 siges compensatoires entre les partis au prorata des votes obtenus par chacun dĠeux dans chaque district Žlectoral (selon une formule sĠapparentant au quotient dĠHagenbach-Bischoff : Q=V/[S+1]). Finalement, les listes utilisŽes pour attribuer les siges compensatoires auraient ŽtŽ fermŽes.

Le modle prŽvoyait deux stratŽgies ˆ mme dĠaccro”tre le nombre des candidates et, Žventuellement, celui des dŽputŽes, soit de bonifier, dĠune part, lĠallocation annuelle accordŽe ˆ un parti en fonction du pourcentage de ses candidates aux dernires Žlections et, dĠautre part, le remboursement dž ˆ une candidate. Le tableau 3 prŽsente ces deux mesures.

Tableau 3 Taux de remboursement dus aux candidatures fŽminines prŽvus par le modle du ministre Dupuis dĠun scrutin proportionnel mixte

 

Pourcentage de

candidates prŽsentŽes

par un parti

Majoration de

lĠallocation

annuelle

Remboursement des dŽpenses Žlectorales des candidates

ayant obtenu au moins

15% des votes valides

Remboursement des dŽpenses Žlectorales des candidates Žlues

De 30% ˆ 34%

+ 5%

60%

65%

De 35% ˆ 39%

+ 10%

65%

70%

De 40% et plus

+ 15%

70%

75%

_______________

Source : QuŽbec (SecrŽtariat ˆ la rŽforme des institutions dŽmocratiques, La reprŽsentation Žquitable des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale) ˆ http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/publications/fiche_4_femmes.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008).

Le 15 juin 2005, lĠAssemblŽe nationale du QuŽbec adopta une motion constituant une commission spŽciale en vue de lĠŽtude de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale[39]. ConstituŽe de neuf dŽputŽes et dŽputŽs, la Commission avait pour mandat de tenir des consultations particulires (auprs de spŽcialistes par exemple) et gŽnŽrale sur une sŽrie de thmes abordŽs par lĠavant-projet, dont lĠintŽrt dĠune rŽvision du mode de scrutin et les mesures destinŽes ˆ favoriser une reprŽsentation Žquitable des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale. La motion prŽvoyait aussi quĠun comitŽ de citoyennes et de citoyens sur les questions Žlectorales, composŽ de quatre femmes et quatre hommes, assist‰t la Commission spŽciale dans ses travaux. Celle-ci dŽposa son rapport final en avril et mai 2006, dont la deuxime partie portait exclusivement sur le mode de scrutin et la reprŽsentation des femmes (et des minoritŽs ethnoculturelles) ˆ lĠAssemblŽe nationale[40]. La Commission formula plusieurs recommandations sur la rŽforme du SMU. Ainsi, si elle avalisa la nŽcessitŽ de le rŽformer, elle insista pour Ç [q]ue toute proposition de changement au mode de scrutin conserve un systme de circonscriptions et introduise des ŽlŽments de proportionnelle. È (ibid.) La Commission spŽciale formula aussi plusieurs recommandations ˆ propos de la reprŽsentation des femmes, dont la plus importante est sans aucun doute la suivante : Ç que les mesures incitatives financires pour les partis apparaissant ˆ lĠavant-projet de loi soient en principe maintenues dans leurs formes actuelles, mais que le calcul soit fait sur la base des Žlues et non pas des candidatures. È (ibid.) De fait, comme lĠauteure du prŽsent texte le mentionna lors de son passage ˆ la Commission spŽciale[41], toute mesure visant ˆ majorer lĠallocation annuelle des partis doit reposer sur la proportion des dŽputŽes et non des candidates aux Žlections, et ce, car cette dernire option Ç gonflera davantage les goussets des partis quĠelle ne fŽminisera le salon bleu, puisque les partis font le plein de leurs gains, notamment financiers, ˆ prŽsenter des candidates mais non ˆ faire Žlire des aspirantes dŽputŽes. È (ibid.) JĠajoutais :

Pire, puisque lĠincitatif financier porte sur les intrants, les candidats (sic), plut™t que les extrants, les dŽputŽs (sic), cette disposition porte en germe lĠeffet pervers de rendre plus prŽsente, au sein de la sociŽtŽ quŽbŽcoise, lĠimage de candidates perdantes plut™t que de candidates victorieuses, ce dont pourrait certes se passer la vaste problŽmatique de la reprŽsentation parlementaire des QuŽbŽcoises (ibid.).

En outre, considŽrer les Žlues (cĠest-ˆ-dire les rŽsultats) plut™t que les candidatures laisse pleine autonomie aux partis dĠorganiser comme ils lĠentendent la promotion des candidates, nonobstant quĠelles se prŽsentent en scrutin majoritaire ou sur les listes. Cette formule limite la ghetto•sation des femmes aux listes.

De son c™tŽ, le ComitŽ des citoyennes et des citoyens sur les questions Žlectorales fit aussi rapport en avril 2006. La partie majoritaire du ComitŽ[42] rejeta le modle de Ç proportionnel mixte È proposŽ par lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale, y prŽfŽrant un mode de scrutin mixte ˆ compensation nationale ˆ partir de listes rŽgionales. Le ComitŽ recommanda aussi quĠun parti doive recueillir au moins 5% des votes valides exprimŽs ˆ lĠŽchelle nationale pour tre Žligible aux siges compensatoires et que chaque Žlectrice et Žlecteur dispose de deux votes. SĠagissant de la reprŽsentation des femmes, lˆ aussi le ComitŽ citoyen formula plusieurs recommandations dont celle Ç [que] la majoration de lĠallocation annuelle des partis soit Žtablie en fonction du nombre dĠŽlues et non de candidates. È (Acharid et al. 2006 : 54 ; italiques dans lĠoriginal) Ainsi, que les Žlues plut™t que les candidates soient lĠunitŽ de base sur laquelle asseoir les mesures incitatives afin dĠaccentuer la fŽminisation de lĠAssemblŽe nationale fit consensus entre les membres de la Commission spŽciale et leurs vis-ˆ-vis du ComitŽ citoyen. En outre, ce dernier recommanda Ç [que] la structuration des listes soit laissŽe ˆ la discrŽtion des formations politiques. È (Acharid et al. 2006 : 54) Cette recommandation nĠest pas inintŽressante, en cela quĠelle rappelle lĠesquive du ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre, dans son 22e rapport, en regard de la reprŽsentation des femmes. Pourtant, lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures constitue une stratŽgie trs puissante afin de fŽminiser la classe politique. Une telle obligation pse sur les partis politiques franais pour la constitution de leurs listes aux Žlections europŽennes, sŽnatoriales, rŽgionales et municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus ; voir SŽnac-Slawinski 2008 : 78-79). Les rŽsultats sont probants au sein de la dŽputation franaise ˆ Strasbourg (fŽminisŽe ˆ hauteur de 43,6% en 2004), dans les conseils rŽgionaux (47,6% de femmes en 2004) et parmi les conseillres et les conseillers dans les communes de 3 500 habitants et plus (48,2% suite aux Žlections de 2008).

Quoi quĠil en soit, plusieurs acteurs sociaux, dont le Mouvement pour une dŽmocratie nouvelle (MDN), se montrrent insatisfaits des conclusions de la Commission spŽciale sur la Loi Žlectorale, notamment parce que le groupe de parlementaires ne dit mot sur plusieurs composantes du modle portŽ par lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale, par exemple le niveau de compensation (rŽgional ou national) ou le nombre de vote(s) par Žlectrice et Žlecteur. Quelque sept mois aprs que la Commission spŽciale et le ComitŽ citoyen eurent dŽposŽ leurs rapports, le nouveau ministre responsable de la RŽforme des institutions dŽmocratiques, Beno”t Pelletier, annona son intention de confier au Directeur gŽnŽral des Žlections du QuŽbec (DGƒQ) le mandat dĠanalyser les modalitŽs dĠun Žventuel mode de scrutin mixte compensatoire[43], ce quĠil fit le 21 dŽcembre 2006. Le DGƒQ nĠavait pas pour mission dĠŽvaluer lĠˆ-propos dĠune rŽforme du SMU utilisŽ pour les Žlections lŽgislatives quŽbŽcoises ou encore dĠy proposer une ou des alternative(s) ; son r™le Žtait dĠŽvaluer les formes que pourrait adopter la reprŽsentation ˆ lĠAssemblŽe nationale ˆ lĠaune de diffŽrents modles statistiques ŽlaborŽs ˆ partir de variantes des paramtres du scrutin proportionnel mixte. Des Žlections gŽnŽrales provinciales se tinrent entre-temps, en mars 2007[44], et en dŽcembre le DGƒQ dŽposa enfin, soit six mois plus tard que la date initialement prŽvue du 21 juin 2007, son avis sur les modalitŽs dĠun mode de scrutin mixte compensatoire[45]. Ë ce jour, le ministre Pelletier nĠa Žmis aucune rŽaction significative ˆ lĠAvis du DGƒQ[46].

Si lĠAvis Žtait mi-figue, mi-raisin quant ˆ la capacitŽ des mesures financires incitatives contenues dans lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale et le rapport de la Commission spŽciale sur la Loi Žlectorale (notamment, de prendre pour base du calcul de la majoration les Žlues et non les candidates) ˆ fŽminiser la dŽputation siŽgeant ˆ QuŽbec, il adoptait une position claire quant aux impacts positifs de lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures :

Selon lĠŽtude par simulations statistiques, le critre de lĠalternance des candidatures fŽminines et masculines, conjuguŽ ˆ lĠobligation de placer une candidature fŽminine ˆ la tte de 50% des listes des partis politiques, a un effet direct sur la reprŽsentation des femmes. LĠimposition de ce double critre permet dĠaugmenter le pourcentage de femmes Žlues ˆ partir des listes. Ce constat corrobore lĠexpŽrience Žtrangre ˆ ce sujet (Directeur gŽnŽral des Žlections du QuŽbec 2007 : 17).

En thŽorie, lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures garantit que la moitiŽ des personnes ainsi Žlues (ˆ une unitŽ prs si le total est un nombre impair) sont des femmes. Par contre, lĠexpŽrience franaise a montrŽ que les partis politiques ne sont jamais ˆ court dĠimagination pour violer lĠesprit et la lettre des lois dites sur la paritŽ, par exemple en multipliant les listes dissidentes (Troupel 2002). Une faon de rŽpondre (au moins de manire partielle) ˆ de telles stratŽgies de contournement consiste ˆ imposer la paritŽ des ttes de listes, un scŽnario dont le DGƒQ Žvalua la portŽe, comme lĠindique lĠextrait citŽ de son Avis. Le partage ˆ ŽgalitŽ entre les femmes et les hommes des ttes de listes est franchement une stratŽgie novatrice et peu usuelle. NŽanmoins, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin lĠenvisagea, en janvier 2003, dans le cadre de son projet de rŽforme du mode de scrutin utilisŽ pour les Žlections europŽennes.

En somme, les projets esquissŽs depuis les Žlections quŽbŽcoises de 1998 pour rŽformer le mode de scrutin utilisŽ afin dĠŽlire les membres du Salon bleu (quĠil sĠagisse de la Commission BŽland, de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale, de la Commission spŽciale sur la Loi Žlectorale, du ComitŽ des citoyennes et des citoyens sur les questions Žlectorales, ou de lĠAvis du DGƒQ) ont fait preuve dĠune sensibilitŽ manifeste face ˆ lĠobjectif dĠaccro”tre le nombre des dŽputŽes. Cet engagement soutenu nĠa certes aucun Žquivalent au palier fŽdŽral, mais non plus dans les provinces qui ont envisagŽ de rŽformer leur mode de scrutin. Par contre, en dŽpit de cette prŽoccupation constante du LŽgislateur quŽbŽcois envers la reprŽsentation des femmes, lĠobjectif de fortifier la proportion des dŽputŽes ˆ lĠAssemblŽe nationale nĠa pas constituŽ en soi une source dĠinspiration pour mettre de lĠavant un nouveau contrat Žlectoral, comme ce fut le cas au Nunavut.

Nunavut[47]

Le premier janvier 1999, le Canada sĠest enrichi dĠun troisime territoire, le Nunavut. Cet ajout est lĠaboutissement dĠun long processus de nŽgociation entre le gouvernement fŽdŽral, le gouvernement des Territoires-du-nord-ouest (le Nunavut est issu de la scission des Territoires dont il occupe aujourdĠhui la partie orientale) et le Nunavut Tunngavik (un groupe de dŽfense des droits des Inuits). En dŽcembre 1995, dans le cadre de ses travaux destinŽs ˆ formuler des recommandations quant au systme politique du futur gouvernement du Nunavut, la Commission dĠŽtablissement du Nunavut proposa la crŽation de circonscriptions Žlectorales binominales paritaires, cĠest-ˆ-dire reprŽsentŽes par une dŽputŽe et un dŽputŽ[48]. LĠadoption de circonscriptions binominales nĠavait rien dĠoriginal, puisque toutes les provinces canadiennes (ˆ lĠexception du QuŽbec) ont dŽtenu, ˆ un moment ou ˆ un autre, un tel arrangement Žlectoral (Courtney 2004 : 108-111, Pilon 2007 : 76, Young 1997). En revanche, lĠidŽe que le Nunavut se dote de circonscriptions reprŽsentŽes simultanŽment par une femme et par un homme Žtait clairement originale[49].

Certes, cette recommandation voulait rŽpondre ˆ un problme pratique quant ˆ lĠŽquilibre des pouvoirs lŽgislatif et exŽcutif : avec onze circonscriptions Žlectorales, lĠassemblŽe lŽgislative, aux pouvoirs dŽjˆ restreints face au gouvernement, risquait dĠtre dominŽe par ce dernier, sans mentionner que le bassin dĠo Žmergent les membres du gouvernement en rŽgime de Westminster (soit le parlement) offrait un potentiel de ressources plut™t modeste (Hicks et White 2000). En outre, avec onze siges seulement, il devenait difficile de reprŽsenter Žquitablement le spectre des opinions et des intŽrts de la population du Nunavut. Mais la proposition dĠune reprŽsentation binominale paritaire trouva sa lŽgitimitŽ dans lĠargumentaire suivant lequel les femmes entretiendraient des rapports spŽcifiques ˆ la reprŽsentation politique, et ce, dĠun point de vue descriptif, certes, mais surtout substantiel. En effet, selon la Commission dĠŽtablissement du Nunavut, les femmes doivent tre plus prŽsentes en politique parce quĠelles sont mieux placŽes que les hommes pour reprŽsenter les femmes. Dans Voice, Trust, and Memory (1998), M. S Williams dŽveloppe quelques outils thŽoriques qui aident ˆ comprendre cet argumentaire. Selon Williams (1998), lĠexpŽrience commune de mise ˆ lĠŽcart, voire de discrimination, gŽnre des perspectives propres aux groupes que les personnes qui en sont issues peuvent le mieux exprimer et porter. Qui plus est, Williams (1998) croit que les personnes membres de groupes historiquement marginalisŽs font davantage confiance pour les reprŽsenter aux personnes qui leur ressemblent, et ce, en raison dĠune identitŽ commune que lĠhistoire (ou la mŽmoire) a sculptŽe en termes dĠaltŽritŽ.

Les circonscriptions Žlectorales binominales paritaires, cĠest-ˆ-dire reprŽsentŽes par un tandem dŽputŽe-dŽputŽ, se seraient inscrites dans le cadre dĠun scrutin pluralitaire-majoritaire : cĠest la candidate et le candidat ayant obtenu le plus de votes valides exprimŽs dans une circonscription donnŽe qui auraient occupŽ les deux siges allouŽs ˆ ce comtŽ ˆ lĠAssemblŽe lŽgislative du Nunavut. Ce modle Žlectoral correspond au vote bloquŽ (Reynolds, Reilly et Ellis 2005: 44, 47). En cela, en dŽpit de lĠaspect novateur induit par la paritŽ femme-homme, la Commission restait fidle ˆ la tradition Žlectorale canadienne : pas question dĠintroduire au Canada une forme de scrutin proportionnel.

En mai 1997, le peuple du Nunavut se pronona par voie rŽfŽrendaire sur la proposition suivante : Ç Should the first Nunavut Legislative Assembly have equal numbers of men and women MLAs, with one man and one woman elected to represent each electoral district? È (Dahl 1997: 42 ; italiques ajoutŽs) La formulation Ç first Nunavut Legislative Assembly È invite ˆ certains questionnements quant ˆ lĠespŽrance de vie dĠun modle de reprŽsentation lŽgislative caractŽrisŽ par un nombre Žgal de femmes et dĠhommes. En effet, aurait-il encadrŽ la constitution de la seconde, de la troisime, etc., assemblŽe lŽgislative du Nunavut ? Le cas ŽchŽant, comment le principe dĠune reprŽsentation binominale paritaire aurait-il pu sĠharmoniser avec le droit dĠŽligibilitŽ—un droit protŽgŽ par la Charte des droits et libertŽs de la personne ? En effet, supposons quĠun homme se retire de la vie politique, seuls des candidats (masculins) peuvent alors aspirer ˆ le remplacer, brimant par le fait mme le droit des femmes ˆ se porter candidates.

Quoi quĠil en soit, de tels dilemmes ne se sont pas posŽs puisque 43% seulement des personnes qui allrent voter[50] au rŽfŽrendum tenu le 26 mai 1997 appuyrent la proposition dĠune reprŽsentation binominale paritaire dŽputŽe-dŽputŽ. En octobre 2007, lĠAssemblŽe lŽgislative du Nunavut comptait deux femmes seulement parmi ses 19 membres (pour un taux de fŽminisation de 10,5%), ce qui lui valait dĠtre lĠassemblŽe lŽgislative la moins fŽminisŽe au Canada[51].

Conclusion

Ce texte avait pour objectif de saisir la place que les diverses Žtudes et projets de rŽforme Žlectorale au Canada et au QuŽbec ont rŽservŽe ˆ la reprŽsentation des femmes, et notamment ˆ lĠaugmentation de leur prŽsence dans les assemblŽes lŽgislatives. LĠidŽe ma”tresse qui lĠanimait voulait que ces entreprises rŽformatrices aient, au mieux, rŽservŽ une importance accessoire ˆ une fŽminisation accrue des espaces lŽgislatifs. Au terme de la prŽsente rŽflexion, cette lecture doit tre nuancŽe : si elle traduit convenablement plusieurs des initiatives entreprises en matire de rŽforme Žlectorale, par ailleurs elle passe ˆ c™tŽ de plusieurs autres. En fait, cette idŽe offre plut™t une orientation gŽnŽrale afin de catŽgoriser les tentatives de rŽforme Žlectorale survenues au Canada et au QuŽbec sur un axe sĠŽtalant de la plus parfaite ignorance du problme de la sous reprŽsentation des femmes en politique ˆ sa pleine prise en compte.

Ainsi, du c™tŽ Ç de la plus parfaite ignorance du problme de la sous reprŽsentation des femmes en politique È, il faut classer les commissions fŽdŽrales PŽpin-Robarts et Macdonald, ainsi que lĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale en Colombie-Britannique (ACRƒCB) et la rŽponse du gouvernement conservateur de Bernard Lord aux recommandations de la Commission sur la dŽmocratie lŽgislative du Nouveau-Brunswick afin dĠaugmenter le nombre des dŽputŽes. DĠautres instances, nommŽment lĠAssemblŽe des citoyennes et des citoyens sur la rŽforme Žlectorale de lĠOntario (ACRƒO) et la Commission sur lĠavenir Žlectoral de lĠële-du-Prince-ƒdouard, traitrent lĠeffacement des femmes du pouvoir lŽgislatif en empruntant ˆ une conception descriptive de la reprŽsentation : les femmes sont sous reprŽsentŽes dans les espaces lŽgislatifs, comme le sont dĠautres groupes sociŽtaux. Or, un tre humain sur deux Žtant une femme, il est pour le moins troublant dĠanalyser leur exclusion du pouvoir selon les mmes paramtres que des groupes moins substantiels au plan quantitatif (par exemple, les Autochtones ne constituent que 3% de la population canadienne). Cette perspective qui consiste ˆ assimiler les femmes ˆ une minoritŽ comme les autres rappelle la stratŽgie assimilationniste du multiculturalisme canadien, dont lĠun des effets pervers est de ravaler le peuple canadien-franais (et QuŽbŽcois) au mme statut que toutes les autres Ç minoritŽs nationales ÈÉ

De lĠautre c™tŽ, celui Ç de la prise en compte du problme de la sous reprŽsentation des femmes en politique È, se trouvent : le ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre (mais qui a plut™t esquivŽ cette question en la refilant, ˆ la manire dĠune patate chaude, ˆ dĠautres instances) ; le commissaire Carruthers ˆ lĠële-du-Prince-ƒdouard (qui insista pour que toute rŽforme Žlectorale se traduise par des gains de reprŽsentation pour les femmes) ; la Commission sur la dŽmocratie lŽgislative du Nouveau-Brunswick (qui formula des recommandations afin que le tiers des parlementaires provinciaux en 2015 soit des femmes) ; la Commission Lortie et la Commission du droit du Canada (bien quĠelles suggŽrrent des stratŽgies ˆ mme dĠaccentuer le pourcentage des dŽputŽes, la premire dans le cadre du SMU et la seconde dans lĠoptique o le Canada se doterait dĠune forme de SMP, ni lĠune ni lĠautre nĠavait les moyens de ses ambitions). Finalement, toutes les initiatives dŽployŽes depuis les Žlections quŽbŽcoises de 1998 afin de rŽformer le SMU ont prtŽ une attention convaincante au dŽficit de reprŽsentation des femmes ˆ lĠAssemblŽe nationale. Le problme, cĠest que depuis plusieurs annŽes dŽjˆ le gouvernement joue ˆ cache-cache avec la rŽforme Žlectorale, ˆ tel point quĠil faut douter de son intention rŽelle de donner au QuŽbec un nouveau mode de scrutin.

Reste le Nunavut, la seule initiative en matire dĠingŽnierie Žlectorale au Canada qui a articulŽ un projet ayant pour finalitŽ de rŽaliser une reprŽsentation lŽgislative des femmes qui soit le reflet de leur poids dŽmographique. En cela, la dŽmarche du Nunavut entretient certains liens de proximitŽ avec lĠexpŽrience franaise de la paritŽ[52]. En effet, lĠidŽe de paritŽ femmes-hommes en politique veut que lĠun et lĠautre sexes se partagent ˆ ŽgalitŽ les mandats de reprŽsentation politique (voir, entre autres, Gaspard, Servan-Schreiber et Le Gall 1992, LŽpinard 2007, Martin 1998, Mossuz-Lavau 1998, Scott 2005, SŽnac-Slawinski 2008). De fait, la paritŽ impliquait une ŽgalitŽ au fil dĠarrivŽe (cĠest-ˆ-dire un nombre Žgal dĠŽlues et dĠŽlus) plut™t quĠˆ la ligne de dŽpart (un nombre Žgal de candidates et de candidats). JusquĠici, la France et le Nunavut se rejoignent. Par contre, ils se distinguent quant ˆ leurs argumentaires. La paritŽ repose sur une idŽe forte : lĠespce humaine se compose de femmes et dĠhommes. PosŽ autrement, un Homme sur deux est une femme[53]. Il sĠagit lˆ dĠun phŽnomne universel : lĠtre humain Žtant universellement femelle ou m‰le, les femmes ne peuvent tre considŽrŽes comme une catŽgorie, au mme titre que les minoritŽs culturelles, ethniques ou sexuelles, par exemple. Qui plus est, le sexe est le clivage premier, celui qui est assignŽ ˆ la naissance, le substrat de lĠHomme ; la dualitŽ anatomique femelle ou m‰le prŽcde, traverse et marque tous les autres clivages sociŽtaux, toutes les autres diffŽrences. La Commission dĠŽtablissement du Nunavut nĠa pas endossŽ ce raisonnement, y prŽfŽrant celui-ci :

As groups, men and women have had different relationships with the laws and institutions created through public policy, and have had different life experiences. As a result, there are differences in the ways in which men and women approach politics (É) One can (É) acknowledge that womenĠs underrepresentation in politics helps explain why they are more likely to be poorer (especially if theyĠre single parents) than men are, earn lower wages for work of equal value, face other forms of discrimination in the workplace, are discriminated against by pension systems, and have limited access to affordable child day-care. The call for balanced representation in politics is therefore more than a call for recognition of shared interests, it is a call for recognition for equality for a historically mistreated group in society (Nunavut Implementation Commission 1994: 5 ; italiques dans lĠoriginal)

Le clivage est clair entre les perspectives nunavutienne et franaise. La premire, ˆ connotation rŽsolument historico-sociale, argue que les femmes et les hommes constituent des groupes socialement distincts, celles-lˆ ayant historiquement ŽtŽ discriminŽes par rapport ˆ ceux-ci—dĠo quĠelles doivent tre plus prŽsentes en politique, car elles sont mieux outillŽes pour reprŽsenter les femmes. La perspective franaise, ˆ saveur essentialiste, martle la soi-disant diffŽrence universelle des sexes quĠenfreindrait le pouvoir politique—un nombre Žgal de politiciennes et de politiciens nĠŽtant alors que la consŽquence de lĠordre naturel des chosesÉ

Les expŽriences de la France et du Nunavut offrent un potentiel fort et stimulant de recherches pour lĠavenir : en faisant de la paritŽ femmes-hommes en politique la valeur-phare de leur projet de rŽforme Žlectorale, elles sont devenues des sources dĠinspiration pour les rŽformes ˆ venir.


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[1] Voir Collectif FŽminisme et DŽmocratie ˆ http://www.feminismeetdemocratie.ca/ (page consultŽe le 24 avril 2008) ; Equal Voice ˆ http://www.equalvoice.ca/ (page consultŽe le 24 avril 2008).

[2] Voir Union interparlementaire ˆ http://www.ipu.org/wmn-f/world.htm (page consultŽe le 23 avril 2008).

[3] Voir Union interparlementaire (archive de donnŽes statistiques, janvier 2006) ˆ http://www.ipu.org/wmn-f/arc/classif310106.htm (page consultŽe le 23 avril 2008).

[4] Voir Ministre des Affaires municipales et des RŽgions (Direction de la planification et de la recherche) ˆ http://www.mamr.gouv.qc.ca/publications/democratie/profil_elus.pdf (page consultŽe le 23 avril 2008).

[5] Il ne faudrait pas conclure que le Canada et le QuŽbec sont des terres dĠimmobilisme en matire Žlectorale ! En rŽalitŽ, le mode de scrutin utilisŽ aujourdĠhui pour les Žlections lŽgislatives canadiennes et quŽbŽcoises se distingue ˆ moult Žgards des rgles qui prŽvalaient ˆ la fin du 18e sicle. Par exemple, autrefois les Žlections se dŽroulaient sur plusieurs jours alors quĠaujourdĠhui elles se tiennent sur une seule journŽe (Courtney 2004 : 106-107).

[6] Par exemple, en 1986 le scrutin majoritaire, uninominal, ˆ deux tours a ŽtŽ remplacŽ par un scrutin proportionnel de listes pour les Žlections ˆ lĠAssemblŽe nationale. SĠagissant du SŽnat, la loi du 7 juillet 2003 a haussŽ le nombre des siges attribuŽs au scrutin majoritaire (soit les dŽpartements comptant trois siges et moins, contre deux avant la rŽforme), tout en diminuant le nombre des siges pourvus au scrutin proportionnel (dorŽnavant les dŽpartements comptant quatre siges et plus, contre trois avant la rŽforme).

[7] Par exemple, Pilon (2007 : 79) Žcrit quĠau tournant du 20e sicle les Conservateurs du QuŽbec ont cherchŽ ˆ stimuler lĠintŽrt de la classe politique fŽdŽrale pour le scrutin proportionnel, et ce, afin de limiter leur net dŽficit de reprŽsentation.

[8] La question de la rŽforme Žlectorale au Canada et dans les provinces a gŽnŽrŽ plusieurs publications, dont : Cliche (1999), Courtney (2005), Irvine (1979, 1985), Massicotte (2005), Mendelsohn et Parkin (2005), Milner (1999, 2004), Options politiques (1997), Pilon (2006, 2007), Seidle (1996), Weaver (1997).

[9] Voir Convention sur lĠŽlimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, disponible ˆ www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm (page consultŽe le 1er mai 2008).

[10] Cette recommandation est aujourdĠhui inscrite dans la Loi Žlectorale du Canada, dont lĠalinŽa 478.14 a) limite les dŽpenses pouvant tre engagŽes lors dĠune investiture ˆ Ç 20 % du plafond des dŽpenses Žlectorales Žtabli en application de lĠarticle 440 pour lĠŽlection dĠun candidat dans cette circonscription lors de lĠŽlection gŽnŽrale prŽcŽdente, dans le cas o les limites de la circonscription nĠont pas ŽtŽ modifiŽes depuis lors È ; voir la Loi Žlectorale du Canada, disponible ˆ http://www.elections.ca/content.asp?section=loi&document=part18_div05&dir=leg/fel/cea&lang=f&anchor=sec47814&textonly=false#sec47814 (page consultŽe le 1er mai 2008).

[11] Toutes les citations sont tirŽes du 22e rapport du ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre, disponible ˆ http://cmte.parl.gc.ca/cmte/committeepublication.aspx?sourceid=36357 (page consultŽe le 1er mai 2008).

[12] Le 35e rapport du ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre est disponible ˆ http://cmte.parl.gc.ca/cmte/CommitteePublication.aspx?SourceId=37491 (page consultŽe le 2 mai 2008).

[13] Toutes les citations sont tirŽes du 43e rapport du ComitŽ permanent de la ProcŽdure et des Affaires de la Chambre, disponible ˆ http://cmte.parl.gc.ca/cmte/CommitteePublication.aspx?COM=8988&Lang=2&SourceId=122502 (page consultŽe le 1er mai 2008).

[14] Ce jugement—sŽvre—repose sur deux questions : 1) quelle Ç expŽrience directe dans le domaine de la rŽforme Žlectorale È un bref sŽjour ˆ lĠŽtranger peut-il sŽrieusement confŽrer ?; 2) nĠexiste-t-il pas des Žcrits qui auraient permis aux parlementaires Ç dĠapprendre comment ces pays ont consultŽ la population au sujet de la rŽforme et lĠy ont fait participer È ?

[15] Voir Commission du droit du Canada ˆ http://www.infosource.gc.ca/inst/cld/fed01_f.asp (page consultŽe le 29 avril 2008).

[16] Pour DŽmocratie en surveillance voir http://www.dwatch.ca/fr/ausujetlagroupe.html, pour Equal Voice voir http://www.equalvoice.ca/, pour Fair Vote Canada voir http://www.fairvotecanada.org/ (pages consultŽes le 29 avril 2008).

[17] Cette section doit beaucoup ˆ Barnes et Robertson (2007).

[18] Au moment dĠŽcrire cette rŽflexion, le rapport nĠŽtait pas disponible en ligne. Pour une Žtude exhaustive de lĠACRƒCB, voir Lang (2007) et, surtout, Warren et Pearse (2008).

[19] Lang (2007: 54) Žcrit : Ç In interviews, few of the ordinary citizens in the BC CitizensĠ Assembly felt that they were there to act as representatives of any social group to which they belonged. È

[20] Pour en savoir davantage sur le vote unique transfŽrable, voir Bowler et Grofman (2000) ainsi que Reynolds, Reilly et Ellis (2005 : 71-77).

[21] Pour en savoir davantage sur le scrutin mixte proportionnel, voir Ferrara, Herron et Nishikawa (2005) ainsi que Shugart et Wattenberg (2001).

[22] Voir Elections Prince Edward Island (The Commission on Prince Edward IslandĠs Electoral Future, Mandat de la Commission) ˆ http://www.electionspei.ca/electoralfuture/mandate/francais/index.php (page consultŽe le 11 mai 2008).

[23] Voir Elections Prince Edward Island (The Commission on Prince Edward IslandĠs Electoral Future, Systme mixte proportionnel proposŽ pour l'ële-du-Prince-ƒdouard) ˆ http://www.electionspei.ca/electoralfuture/newsreleases/francais/8.php (page consultŽe le 11 mai 2008).

[24] Voir Commission sur la dŽmocratie lŽgislative ˆ http://www.gnb.ca/0100/mandate-f.asp (page consultŽe le 13 mai 2008).

[25] Voir Commission sur la dŽmocratie lŽgislative (Femmes et dŽmocratie) ˆ http://www.gnb.ca/0100/women-sept25-f.pdf (page consultŽe le 13 mai 2008).

[26] Voir Nouveau-Brunswick (Bureau du conseil exŽcutif) ˆ http://www.gnb.ca/cnb/newsf/ex/2006f0794ex.htm (page consultŽe le 13 mai 2008).

[27] Voir Nouveau-Brunswick (Bureau du conseil exŽcutif) ˆ http://www.gnb.ca/cnb/newsf/ex/2007f0859ex.htm (page consultŽe le 13 mai 2008)

[28] Outre Barnes et Robertson (2007), cette section sur le QuŽbec doit ˆ AssemblŽe nationale du QuŽbec (2002), disponible ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/rapports/rapci1.html (page consultŽe le 14 mai 2008). Voir aussi Massicotte et Bernard (1985).

[29] Mais non pas tant dans la tte de RenŽ LŽvesque que dans celle de certains membres du gouvernement et du caucus pŽquiste.

[30] Par exemple, en 1983 la Commission de la reprŽsentation Žlectorale reut le mandat dĠŽvaluer le SMU et dĠenvisager des alternatives possibles. Dans son rapport dŽposŽ en mars 1984, elle recommanda lĠadoption dĠun scrutin proportionnel territorial, une suggestion vite condamnŽe aux oubliettes.

[31] Par exemple, bien que lĠAction dŽmocratique du QuŽbec (ADQ) ait obtenu plus de 480 600 votes, elle nĠa fait Žlire quĠun seul dŽputŽ (son chef, Mario Dumont) ˆ lĠAssemblŽe nationale du QuŽbec.

[32] Rien de majeur ne survint sous le leadership du premier ministre Lucien Bouchard, un immobilisme qui Žtonne considŽrant les rŽsultats du scrutin de 1998 et lĠinscription au programme du PQ, depuis plus de trois dŽcennies, de la question de la rŽforme Žlectorale.

[33] Ainsi, le jeudi 14 novembre 2002, la Commission tint une sŽance de consultations particulires sur la rŽforme du mode de scrutin au QuŽbec. La Commission entendit alors quatre experts (masculins) en Žtudes Žlectorales. La dŽputŽe Lyse Leduc manifesta un vif intŽrt pour la question de la reprŽsentation des femmes, obligeant ainsi toute la Commission ˆ ne pas lĠignorer (voir AssemblŽe nationale [Les travaux parlementaires, Journal des dŽbats] ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/debats/journal/ci/021114.htm; page consultŽe le 16 mai 2008). Il faut dire que le processus de consultation gŽnŽrale fut bien timide, la Commission ne tenant quĠune seule sŽance sur la rŽforme ŽlectoraleÉ (voir AssemblŽe nationale [Les travaux parlementaires, Journal des dŽbats de la Commission des institutions] ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/debats/ci.htm; page consultŽe le 16 mai 2008).

[34] Voir La rŽforme parlementaire (Cahier des propositions en bref), disponible ˆ http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/cahier_propositions_fr.htm (page consultŽe le 18 mai 2008).

[35] Un avant-projet de loi nĠengage gure le gouvernement ; il vise plut™t ˆ prendre le pouls de la population ainsi que des intervenantes et des intervenants dans un dossier par rapport auquel il envisage possiblement intervenir.

[36] Voir QuŽbec (RŽforme des institutions dŽmocratiques, Avant projet de loi remplaant la Loi Žlectorale, Document explicatif), disponible ˆ http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/publications/resume_avant_projet_loi.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008).

[37] Voir Collectif FŽminisme et dŽmocratie ˆ http://www.feminismeetdemocratie.ca/ (page consultŽe le 18 mai 2008). Voir aussi le Mouvement pour une dŽmocratie nouvelle ˆ http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/accueil.htm (page consultŽe le 29 avril 2008).

[38] Voir Avant-projet de loi remplaant la Loi Žlectorale (DŽclaration ministŽrielle) ˆ http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/discours/2004/srid_dis20041215.htm (page consultŽe le 18 mai 2008).

[39] Voir AssemblŽe nationale (Commission spŽciale sur la Loi Žlectorale, Fonctionnement et mandat de la Commission) ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/motion.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008).

[40] Voir AssemblŽe nationale du QuŽbec (2006), disponible ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport-csle-2.htm (page consultŽe le 19 mai 2008).

[41] Voir AssemblŽe nationale du QuŽbec (Les travaux parlementaires, Journal des dŽbats, Commission spŽciale sur la Loi Žlectorale, Consultations particulires sur lĠavant-projet de loi sur la Loi Žlectorale (4)) ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/DEBATS/journal/csle/051109.htm#_Toc119827072 (page consultŽe le 18 mai 2008).

[42] Voir Acharid et al. (2006) ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport_comite_csle.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008). Le rapport minoritaire (Morisset 2006) est disponible ˆ http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport_comite_morisset.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008).

[43] Voir Ministre du Conseil exŽcutif (RŽforme du mode de scrutin, Ç Le ministre Beno”t Pelletier annonce une consultation du DGƒQ et des parlementaires sur des changements demandŽs ˆ lĠavant-projet de loi È) ˆ http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/communiques/2006/srid_com20061213.htm (page consultŽe le 19 mai 2008).

[44] Qui conduisirent ˆ lĠŽlection dĠun gouvernement libŽral minoritaire dirigŽ par Jean Charest. Le QuŽbec nĠavait pas connu de gouvernement minoritaire depuis 1878.

[45] Pour un rŽsumŽ voir Directeur gŽnŽral des Žlections du QuŽbec (2007), disponible ˆ http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/pdf/publications/Resume.pdf (page consultŽe le 18 mai 2008).

[46] Je remercie MercŽdez Roberge dĠavoir confirmŽ cette information. Par ailleurs, il nĠest pas sans intŽrt de mentionner que la vaste opŽration de rŽorganisation municipale survenue au dŽbut des annŽes 2000 a offert une autre occasion de saisir la rŽserve (pour ne pas dire lĠhostilitŽ) du LŽgislateur quŽbŽcois face au scŽnario dĠabandonner le SMU pour dŽsigner les reprŽsentantes et les reprŽsentants du peuple. Ce nĠŽtait pas lˆ une premire, puisquĠen 1978, le Conseil des ministres du premier gouvernement LŽvesque avait refusŽ que soit testŽ le scrutin proportionnel pour Žlire le quart des membres du conseil des villes de MontrŽal, Laval, QuŽbec et Longueuil (Cliche 1999 : 50). SĠagissant de la rŽorganisation municipale du dŽbut des annŽes 2000, ˆ aucun moment le gouvernement nĠa-t-il sŽrieusement envisagŽ de recourir ˆ un scrutin proportionnel pour dŽsigner les dirigeantes et dirigeants des nouvelles communautŽs mŽtropolitaines issues du processus des fusions municipales. Certes, dans son livre blanc dŽposŽ ˆ lĠAssemblŽe nationale du QuŽbec en juin 2000, la ministre dĠƒtat aux Affaires municipales et de la MŽtropole, Louise Harel, prŽcise que Ç [l]e mode de dŽsignation des dirigeants des communautŽs mŽtropolitaines sĠappuiera sur certains principes, en particulier celui dĠune reprŽsentation proportionnelle de la population. È (Harel 2000 : 89) La notion de Ç reprŽsentation proportionnelle È dont il est ici question rŽfre au rapport numŽrique entre, dĠune part, les Žlues et Žlus et, dĠautre part, la population, une conception de la reprŽsentation qui guide la classe politique depuis les dŽbats sur la fondation du Canada (pour sĠen convaincre, voir les dŽbats sur la reprŽsentation ayant conduit ˆ la fondation du Canada dans Ajzenstat, Romney, Gentles et Gairdner [Kelly et Laforest] 2004). Elle ne doit pas tre confondue avec le mode de scrutin proportionnel. Qui plus est, la rŽforme municipale aurait ŽtŽ lĠoccasion dĠadopter un mode de scrutin sympathique aux femmes, mais rien nĠa ŽtŽ fait, avec le rŽsultat quĠau dŽbut de 2008, il nĠy avait que 13,4% de mairesses au QuŽbec.

[47] Cette section puise ˆ Tremblay (2005 : 226-227) et Tremblay et Steele (2006).

[48] Il nĠest pas sans intŽrt de noter que la question de la paritŽ entre les femmes et les hommes en politique a fait lĠobjet de moult dŽbats en France au cours des annŽes 1990. Il serait intŽressant de cerner dans quelle mesure la Commission du Nunavut a pu sĠinspirer de lĠexpŽrience franaise pour formuler sa recommandation. Par ailleurs, au Canada, lĠidŽal de reprŽsentation paritaire entre les femmes et les hommes teinta timidement les nŽgociations constitutionnelles de Charlottetown (Dobrowolsky 2000 : 146-150, MaillŽ 2002 : 200).

[49] Ë tel point que lĠauteure de la prŽsente rŽflexion nĠa jamais eu connaissance quĠun tel scŽnario ait pris forme quelque part dans le monde.

[50] Le taux de participation au rŽfŽrendum fut modeste, soit 39% (Gombay 2000).

[51] Voir Equal Voice (Fast Facts, Women in Provincial Politics) ˆ http://www.equalvoice.ca/uploads/395_479d0880baebd.pdf (page consultŽe le 23 mai 2008).

[52] Notamment au plan temporel (voir la note 45).

[53] Cette position idŽologique nĠest pas totalement convaincante, notamment parce quĠelle ignore lĠexistence des troisimes sexes, cĠest-ˆ-dire les personnes intersexuŽes ou hermaphrodites, transsexuelles, transgenres, entre autres (voir la question 57 dans Tremblay, ˆ para”tre en 2008).