Bilan des rformes lectorales au Canada et au Qubec :
Quelle place pour les femmes ?
Manon Tremblay
cole dĠtudes politiques, Universit dĠOttawa
Un grand nombre dĠtudes ont mis au jour le rle prpondrant, quoique non dterminant, du mode de scrutin sur la proportion de femmes dans les parlements (Larserud et Taphorn 2007, Matland 2003, 2005, Norris 2004 : 179-208, Reynolds, Reilly et Ellis 2005: 60-61, Rule 1987, 1994, Rule et Norris 1992 : 41-54, Salmond 2006, Siaroff 2000). CĠest dĠailleurs sur les conclusions de ces travaux que sĠappuient les militantes fministes (comme le Collectif Fminisme et Dmocratie ou Equal Voice[1]) pour rclamer une rforme du mode de scrutin utilis au Canada et au Qubec pour les lections lgislatives, arguant que lĠadoption dĠune forme ou dĠune autre de scrutin proportionnel favorisera lĠlection des femmes. Or—et ici rside lĠide matresse de cette communication, les propositions de rforme mises de lĠavant au cours des dernires annes ont rserv une importance accessoire (parfois mme nulle) lĠobjectif dĠaugmenter la proportion de femmes parlementaires. En ce sens, la prsence plus accentue des femmes dans les espaces lgislatifs nĠa en rien constitu une motivation dĠavant-scne des projets de rforme lectorale esquisss au Canada, au contraire de la France o cet idal (cristallis par la notion de parit femmes-hommes en politique) a, lui seul, gnr un vaste dbat de socit et donn lieu une rforme constitutionnelle en 1999 et lĠadoption dĠune loi dite sur la parit en 2000.
Ce texte suivra le cheminement suivant. Primo, il prsentera quelques lments thoriques pour lĠtude de la reprsentation des femmes en politique. Secundo, il brossera un tableau de la prsence des femmes en politique canadienne et qubcoise, puis enchanera avec les principaux facteurs qui influent sur leur succs lectoral. Tertio, puisque le mode de scrutin constitue une variable dĠimportance pour comprendre la proportion de femmes en politique, il passera en revue les diffrents scnarios de rforme lectorale proposs rcemment au Canada et Qubec. Du mme souffle, il identifiera et analysera la place que ces diverses initiatives de rforme du mode de scrutin ont rserve lĠobjectif dĠaccentuer la fminisation des institutions politiques fdrales, provinciales, territoriales et municipales. La conclusion reviendra sur lĠide matresse du texte, pour en valuer la porte heuristique.
Balises thoriques pour lĠtude de la reprsentation politique des femmes
La plupart des travaux sur la reprsentation politique des femmes, publis hier comme aujourdĠhui, prennent appui sur lĠÏuvre magistrale de Hanna Fenichel Pitkin (1967), The Concept of Representation. Pour lĠessentiel, Pitkin (1967 : 10-11) dgage quatre lectures de la reprsentation : symbolique, formelle, descriptive et substantielle. La reprsentation symbolique rfre lĠimpression dĠune personne dĠtre ou non reprsente de manire juste et effective. La reprsentation formelle interpelle plutt les rgles et procdures institutionnelles par lesquelles sont choisis les reprsentantes et reprsentants. La reprsentation descriptive renvoie aux similitudes et aux diffrences entre le groupe constitu par les reprsentantes et reprsentants et celui form par les reprsentes et reprsents. Finalement, la reprsentation substantielle concerne la responsiveness, cĠest--dire lĠadquation entre les actions des reprsentantes et reprsentants et les intrts de leurs commettantes et commettants. Bien que prsentes de manire distincte, ces quatre lectures de la reprsentation sont intimement lies (Schwindt-Bayer et Mishler 2005).
Les recherches sur la reprsentation des femmes ont privilgi les lectures descriptive et substantielle de la reprsentation. Cette dernire concerne lĠactivit de reprsentation des personnes lues. Ainsi, une lue ou un lu reprsente dans une perspective substantielle lorsque Ç Éhis (sic) actions, or his opinions, or both must correspond to or be in accord with the wishes, or needs, or interests, of those for whom he acts, that he must put himself in their place, take their part, act as they would act. È (Pitkin 1967: 114) LĠempathie apparat au fondement de cette forme de reprsentation : non seulement lĠlue ou lĠlu partage les proccupations et les opinions des personnes quĠelle ou il reprsente, mais elle ou il sĠengage galement dans des actions consquentes afin de reprsenter concrtement leurs intrts. La lecture substantielle de la reprsentation inspire les espoirs et les mobilisations des groupes de femmes qui soutiennent que les femmes en politique reprsentent les femmes, en ce sens quĠelles parlent et agissent pour changer et amliorer les conditions de vie du plus grand nombre possible de leurs Ç sÏurs È. Le nombre de femmes dans les instances politiques plutt que leurs faits et gestes tant lĠobjet premier de cette communication, la lecture substantielle de la reprsentation ne retiendra pas davantage lĠattention.
La reprsentation descriptive sĠattache ce quĠest la reprsentante ou le reprsentant ; en dĠautres mots, elle retient ses caractristiques sociodmographiques comme le sexe, lĠethnie, la langue maternelle, le milieu de vie, etc. Ce qui importe est moins ce que fait la personne lue (comme cĠest le cas de la reprsentation substantielle) que ce quĠelle est. La notion de miroir est souvent mise contribution pour cerner la reprsentation descriptive, un point de vue que Pitkin (1967 : 60) illustre par une citation de John T. Adams, lĠun des pres fondateurs des tats-Unis : une assemble reprsentative Ç should be an exact portrait, in miniature, of the people at large, as it should think, feel, reason and act like them. È Adams renchrit : Ç the perfection of the portrait consists in its likeness. È (Pitkin 1967 : 61) La composition dĠune assemble lue dtermine sa reprsentativit. Aussi, puisque les femmes forment peu prs la moiti de la population, elles devraient occuper peu prs le mme espace dans les instances dcisionnelles. Ë dfaut, il y aurait Ç dficit dmocratique È, une interprtation largement prsente dans les milieux universitaires, certes, mais galement vhicule par des organismes internationaux comme lĠOrganisation des nations unies (ONU), ou rgionaux comme le Conseil de lĠEurope ou la Southern African Development Community. Ce Ç dficit dmocratique È est bien rel.
Portrait chiffr de la place des femmes en politique canadienne et qubcoise
En fvrier 2008, 17,8% des membres des chambres hautes, basses et uniques des parlements travers le monde taient des femmes, ces proportions tant de 18% en ne retenant que les chambres basses ou uniques et 16,6% pour les deuximes chambres seulement[2]. Avec 20,8% de dputes au lendemain de lĠlection de janvier 2006, le Canada se situait un peu au-dessus de la moyenne mondiale pour les chambres basses ou uniques (qui tait alors de 16,5%), occupant ainsi la 44e place au classement que tient lĠUnion interparlementaire des chambres basses ou uniques des parlements en fonction de leur taux de fminisation. Vu autrement, le Canada tait la trane de pays aux traditions dmocratiques bien plus prcaires, dont le Rwanda (48,8% de femmes membres de la chambre basse ou unique du parlement), lĠArgentine (36,2%), le Mozambique (34,8%), lĠAfrique du sud (32,8%), le Burundi (30,5%), lĠAfghanistan (27,3%), lĠOuganda (23,9%) ou lĠrythre (22%), entre autres[3].
Le Qubec aussi faisait mieux que le Canada. Comme le montre le tableau 1, depuis le dbut des annes 1970, au moment o les premires Qubcoises se font lire la Chambre des communes, de manire gnrale le caucus du Qubec a affich un taux de fminisation plus prononc que celui de la chambre basse fdrale. En effet, toutes les lections fdrales, sauf celles de 1993, se sont traduites par une dlgation qubcoise Ottawa plus fminise que lĠensemble des Communes. Par ailleurs, chaque scrutin provincial tenu compter du milieu des annes 1970, et faisant suite une lection fdrale, a donn lieu une proportion de dputes plus leve lĠAssemble nationale quĠ la Chambre des communes dans son ensemble. Par contre, les rsultats des lections de mars 2007 ont montr que cet accs toujours plus important des femmes au Salon bleu pouvait connatre un ressac : alors que le scrutin de 2003 sĠtait traduit par une dputation fminise hauteur de 30,4%, celui de 2007 nĠa fait lire que 32 candidates, se traduisant par 25,6% de dputes.
Tableau 1 Proportion de dputes lĠAssemble nationale et la Chambre des communes du Canada (pour lĠensemble et pour le caucus du Qubec seulement, 1962-2007
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Assemble nationale du Qubec % (Nb) |
Chambre des communes |
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lection |
Ensemble de la Chambre % (Nb) |
Caucus du Qubec seulement % (Nb) |
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1962 |
1,1 (1/95) |
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1966 |
0,9 (1/108) |
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1970 |
0,9 (1/108) |
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-- |
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1972 |
-- |
1,9 (5/264) |
4,1 (3/74) |
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1973 |
0,9 (1/110) |
-- |
-- |
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1974 |
-- |
3,4 (9/264) |
4,1 (3/74) |
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1976 |
4,5 (5/110) |
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-- |
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1979 |
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3,6 (10/282) |
5,3 (4/75) |
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1980 |
-- |
5,0 (14/282) |
8,0 (6/75) |
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1981 |
6,6 (8/122) |
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-- |
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1984 |
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9,6 (27/282) |
18,7 (14/75) |
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1985 |
14,8 (18/122) |
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1988 |
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13,2 (39/295) |
17,3 (13/75) |
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1989 |
18,4 (23/125) |
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1993 |
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18,0 (53/295) |
14,7 (11/75) |
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1994 |
18,4 (23/125) |
-- |
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1997 |
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20,6 (62/301) |
24,0 (18/75) |
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1998 |
23,2 (29/125) |
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2000 |
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20,6 (62/301) |
24,0 (18/75) |
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2003 |
30,4 (38/125) |
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2004 |
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21,1 (65/308) |
26,7 (20/75) |
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2006 |
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20,8 (64/308) |
30,1 (22/75) |
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2007 |
25,6 (32/125) |
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Source : Manon Tremblay (2008), 100 questions sur les femmes et la politique, Montral, Remue-mnage.
Finalement, en dcembre 2005, 13,1% des maires et 26,6% des conseillers municipaux du Qubec taient des femmes[4]. Ces pourcentages font mentir lĠide selon laquelle la politique municipale serait plus accessible aux femmes que la politique provinciale et fdrale, et ce, parce quĠelle leur permettrait de combiner plus aisment leurs responsabilits familiales et leurs ambitions politiques. Ce raisonnement naturalise les femmes, en cela quĠil fait de la re/production lĠessence mme de leur existence. Bien plus, il est performatif au sens o lĠentend Butler (2005a : 42-43, 2005b : 17), cĠest--dire quĠil fait advenir ce quĠil nomme—dit autrement, un discours rpt, martel, a pour effet de crer la ralit dsigne : ayant entendu ad vitam aeternam que les responsabilits familiales posent obstacle leur engagement politique, bien des femmes rptent cet argument pour justifier quĠelles ne font pas le saut en politique, les obligations familiales devenant par le fait mme des barrires leur participation la vie publique (voir la question 27 dans Tremblay, paratre en 2008).
Outre les responsabilits familiales, une foule de facteurs limitent la participation des femmes la vie politique. Ces facteurs sont dĠordre culturel, socioconomique et politique (Tremblay 2007, 2008). La culture interpelle lĠordre du symbolique, nommment la religion, lĠducation et les conceptions en matire de rles selon les genres. Par exemple, une conception galitaire des rles de genre sont associes des proportions plus gnreuses de femmes dans les parlements. Les facteurs socioconomiques, qui rfrent lĠoffre de candidates, reposent sur le raisonnement suivant : sĠil y a peu de femmes dans les parlements, cĠest quĠil y a peu de femmes l o les partis repchent leurs candidatures (par exemple dans la profession juridique ou le monde de la finance). Une offre plus substantielle de femmes dans ces espaces amnera, progressivement, une fminisation accrue des parlements. Les facteurs dĠordre politique rfrent la demande des partis pour des candidates : sĠil y a peu de femmes en politique, cĠest tout simplement que les partis nĠen demandent pas. Or, ceux-ci orchestrent leurs stratgies de slection des candidatures en fonction de lĠenvironnement socital (cĠest--dire culturel et socioconomique), certes, mais aussi selon les rgles du jeu politique. Ë cet effet, le mode de scrutin est une donne fondamentale pour qui veut comprendre le processus dĠaccs la reprsentation politique—et donc la sous reprsentation des femmes dans les parlements.
Les diffrentes propositions de rforme lectorale au Canada et au Qubec
Le mode de scrutin est au cÏur de la dmocratie reprsentative : il est ce mcanisme qui permet de traduire la volont du peuple, telle quĠelle sĠest exprime lors des lections, en siges au parlement (Farrell 2001 : 4, Gallagher et Mitchell 2005a : 3). Pour lĠessentiel, les modes de scrutin se rpartissent entre trois grands types : les scrutins majoritaires, les scrutins proportionnels et les scrutins mixtes (Gallagher et Mitchell 2005b : xiii-xv, Martin 2006 : 5-7, Norris 2004 : 41, Reynolds, Reilly et Ellis 2005 : 27-33). Chacun de ces types se rclame dĠune conception particulire de la reprsentation : les scrutins majoritaires plaident pour des gouvernements forts et stables (i.e., la reprsentation substantielle dans le langage de Pitkin), les scrutins proportionnels privilgient la reprsentation des diversits (ou descriptive), alors que les scrutins mixtes recherchent le meilleur des deux mondes (McLean 1991, Nohlen 1984, Sartori 1994). Le choix dĠun mode de scrutin nĠest donc pas neutre : en amont, il rpond des rapports de force particuliers sur le terrain politique et il incarne des valeurs poses comme dsirables alors quĠen aval, il dtermine quels groupes feront entendre leur voix au concert de la gouverne reprsentative.
Le scrutin majoritaire et uninominal (dornavant dsign par lĠacronyme SMU) occupe une position (quasi) monopolistique dans lĠunivers lectoral canadien, et ce, tant dĠun point de vue spatial que temporel. Ct espace, il encadre aujourdĠhui toutes les lections lgislatives (au palier fdral, dans les provinces et les territoires) et est utilis dans pratiquement toutes les municipalits canadiennes et qubcoises afin de slectionner le personnel politique. Ct temps, depuis les premires lections lgislatives tenues en 1792 dans le Bas- et le Haut-Canada[5] la suite de lĠadoption de lĠActe constitutionnel de 1791, le SMU est de loin le mode de scrutin qui a le plus t utilis. Cette situation diffre totalement de la France qui, au cours des dernires dcennies, a modifi plusieurs reprises les rgles enserrant ses lections lgislatives[6]. Nanmoins, lĠoccasion, dĠautres formules lectorales ont t proposes[7] et mme mises lĠpreuve. CĠest ainsi que le vote unique transfrable (une forme de scrutin proportionnel) a t appliqu dans les circonscriptions urbaines aux lections lgislatives du Manitoba (de 1920 1955) et de lĠAlberta (de 1924 1956), ainsi quĠaux lections de 19 municipalits des provinces de lĠouest canadien entre le milieu des annes 1910 et le dbut des annes 1970 (pour ne nommer que quelques villes : Calgary de 1916 1961, Edmonton de 1922 1928, South Vancouver de 1918 1929, Regina de 1920 1926 ou encore Winnipeg de 1920 1971 ; pour une liste exhaustive, voir Pilon 2007 : 81). Finalement, cette emprise (quasi) monopolistique du SMU ne connat gure de menaces srieuses. En effet, il nĠy a pas, au Canada et au Qubec, de vastes dbats publics qui remettraient en cause le statut hgmonique du SMU et lĠ-propos dĠy recourir pour dsigner les membres du personnel politique, un peu comme la question de la parit femmes-hommes en politique a enflamm la France tout au long des annes 1990. CĠest peut-tre parce que, pour lĠessentiel, les nergies dployes rformer les institutions politiques fdrales ont t consacres aux questions constitutionnelles.
Toutefois, il sĠagit l dĠune observation dĠordre gnral car, lĠoccasion, la question de la rforme lectorale anime lĠagenda public. Si plusieurs chantiers de rflexion portant spcifiquement sur le mode de scrutin ont vu le jour au cours de la dernire dcennie (principalement dans les provinces), des proccupations quant au SMU et aux rsultats quĠil gnre se sont manifestes ds les annes 1960, et ce, tant sur la scne fdrale que qubcoise. Ce sont ces initiatives qui seront maintenant examines. Toutefois, auparavant, il importe dĠidentifier les arguments qui, de part et dĠautre, alimentent les discussions quant au projet de rformer le mode de scrutin utilis pour les lections lgislatives au Canada et au Qubec.
Le camp qui plaide en faveur du SMU fait valoir quĠil :
á est accessible et dĠusage ais pour lĠlectorat ;
á est facile oprationnaliser, puisque la candidature dclare lue est celle qui obtient une majorit (simple [pluralit] ou absolue [50% + 1]) des votes valides exprims ;
á permet de connatre rapidement lĠissue du scrutin, cĠest--dire qui sigera lĠassemble lgislative et, par consquent, quel parti formera le gouvernement ;
á favorise la stabilit parlementaire (et, par consquent, gouvernementale) dans la mesure o il encourage la formation de gouvernements majoritaires, cĠest--dire qui peuvent compter sur la confiance dĠune majorit des parlementaires la Chambre (bien quĠil peut gnrer des gouvernements minoritaires, comme en 1972, 1979, 2004 et 2006 Ottawa et en 2007 Qubec);
á facilite un lien de proximit entre, dĠune part, lĠlue ou lĠlu et, dĠautre part, ses commettantes et commettants.
Ë ces arguments, celles et ceux qui militent pour que soit remplac le SMU rtorquent quĠil :
á convertit de manire dforme—et parfois injuste—les suffrages exprims en siges. Ainsi :
á donne lĠimpression aux lectrices et aux lecteurs qui ont vot pour une candidature perdante de nĠtre pas reprsents, un sentiment qui contribue des taux toujours plus faibles de participation aux lections ;
á exclut certains groupes socitaux minoritaires de la reprsentation politique, notamment les femmes, avec les risques que comporte cette mise la marge en termes de dictature de la majorit.
Ces arguments ont occup des rles dĠingale importance dans les quelques propositions faites afin de rformer le SMU au Canada et au Qubec. Ainsi, la volont de raliser une reprsentation descriptive plus juste, et notamment dĠaccrotre la proportion des dputes, a gnr un engouement plutt tide, cette lecture devant toutefois tre nuance selon le temps et lĠentit politique considre. Cette hypothse guidera lĠexamen des diverses propositions faites dans le temps afin de rformer le SMU au Canada et au Qubec[8].
Sur la scne fdrale
Au contraire des provinces (voir plus loin), le gouvernement fdral nĠa pas mis sur pied de groupes de travail, constitus de spcialistes et/ou de citoyennes et citoyens, ayant pour mandat spcifique dĠexaminer le recours au SMU pour lĠlection des membres de la Chambre des communes et, ventuellement, y proposer des alternatives. Mme la Commission royale sur la rforme lectorale et le financement des partis (la Commission Lortie), institue par le gouvernement Mulroney en 1989, nĠavait pas le mandat dĠexaminer lĠ-propos du SMU, ce qui ne peut manquer de faire sourire considrant son appellation. Pourtant, cet vitement est rvlateur de la position du gouvernement fdral en matire de rforme lectorale : dĠune part, le SMU nĠest pas considr comme posant problme la dmocratie reprsentative au Canada et, dĠautre part, la rforme lectorale passe par des interventions auprs dĠautres constituants du systme lectoral, par exemple le financement des campagnes lectorales (comme en 2000 avec lĠadoption du projet de loi C-2) et lĠinstitution des lections fdrales date fixe (comme en mai 2007 avec lĠadoption du projet de loi C-16). CĠest dĠailleurs par ces voies alternatives que de timides mesures destines accrotre la proportion de femmes la Chambre des communes ont t mises de lĠavant.
Ceci dit, lĠoccasion, des acteurs fdraux ont soulev la question de la rforme du mode de scrutin utilis pour lire les membres de la Chambre des communes. Ainsi, dans son rapport de 1979, la Commission sur lĠunit canadienne (dite Commission Ppin-Robarts) recommandait une timide rvision du SMU, soit dĠy adjoindre une touche de proportionnalit. De manire plus prcise, la Commission suggrait dĠaccrotre dĠune soixantaine environ le nombre de siges aux Communes, et de les attribuer des candidates et candidats de listes provinciales tablies par les partis fdraux, chaque formation recevant un nombre de siges proportionnel sa popularit auprs de lĠlectorat (rec. 68 et 69 dans Commission sur lĠunit canadienne 1979 : 139-140). Rien, par contre, propos de la faible prsence des femmes aux Communes, alors mme que le scrutin fdral de 1979 sĠtait traduit par un maigre 3,6% de femmes la chambre basse du Parlement fdral (soit 10 dputes contre 272 dputs. La mme anne tait adopte la Convention sur lĠlimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, signe par le Canada en juillet 1980 et ratifie en dcembre 1981, et dont lĠarticle 7 plaide pour une pleine participation des femmes la vie politique[9].
LĠinitiative suivante qui mrite mention au chapitre de la rforme lectorale est la Commission royale sur lĠunion conomique et les perspectives de dveloppement du Canada. Mise sur pied en 1982, la Commission Macdonald avait pour mandat dĠexaminer lĠhorizon conomique du Canada ainsi que la performance de son cadre politique. Dans cette perspective, la Commission sĠest penche sur les institutions fdrales de la gouverne. Analysant son rapport dpos trois annes plus tard, en 1985, Lemieux (1986) constate que les commissaires ont refus de voir dans lĠadoption dĠun scrutin mixte une solution aux distorsions quĠengendre le SMU sur la scne fdrale. Par ailleurs, sĠagissant des scrutins proportionnels, il croit que les commissaires ne les ont pas valus en pleine connaissance de cause, manifestant beaucoup de prjugs leur gard. Par exemple, pour les commissaires, les scrutins proportionnels sont contraires aux gouvernements stables et la reprsentation locale (cĠest--dire quĠils ne favorisent pas lĠtablissement de liens entre, dĠune part, les reprsentantes et reprsentants et, dĠautre part, leurs commettantes et commettants). Or, ces affirmations trouvent de nombreux dmentis dans le monde. De nouveau, motus et bouche cousue propos de lĠexclusion des femmes des Communes, peut-tre parce que les lections de 1984 avaient presque doubl le pourcentage des dputes fdrales par rapport 1980, soit de 5% 9,6%.
Enfin, tel que mentionn plus haut, bien que portant sur la rforme lectorale, la Commission Lortie nĠavait pas le mandat dĠexaminer le bien-fond du SMU pour attribuer les siges la chambre basse du Parlement canadien. En revanche, au contraire des commissions Ppin-Robarts et Macdonald, la Commission se pencha sur le problme de la faible prsence des femmes la Chambre des communes, y consacrant mme une tude (Megyery 1991). LĠune des chercheuses recommandait ainsi que Ç le plafond des dpenses de campagne remboursables dĠun parti donn soit rajust la hausse mesure que sĠaccrot la proportion des femmes lues parmi ses candidats et candidates. È (Brodie 1991 : 56 ; italiques dans lĠoriginal). Par ailleurs, la Commission fit trois recommandations mme de favoriser un accroissement de la prsence des femmes en politique fdrale : 1) que soient limites les dpenses de campagne lĠinvestiture (rec. 1.3.19 dans Commission Lortie 1991 : 121)[10] ; 2) que la Loi de lĠimpt sur le revenu soit modifie, afin de dduire du revenu imposable les frais de garde dĠenfants (rec. 1.3.21 dans Commission Lortie 1991 : 123) ; 3) que les partis politiques fassent des efforts afin de slectionner des candidatures au profil plus diversifi (rec. 1.3.23 dans Commission Lortie 1991 : 125).
Le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre sĠest, quelques reprises, pench sur la question de la rforme du SMU. Ainsi, dans son 22e rapport produit dans le cadre de la rforme lectorale de 1999-2000, le Comit aborda plusieurs problmatiques lies la rforme lectorale au Canada (par exemple, lĠadoption dĠune date dĠlection fixe, le registre des lecteurs ou encore les fonctionnaires lectoraux), dont deux dĠintrt immdiat pour la prsente rflexion, soit la reprsentation proportionnelle et les femmes en politique. Pour ce qui est de la reprsentation proportionnelle, le Comit note dĠabord les critiques nombreuses faites au SMU, notamment parce quĠil Ç dclare lu le candidat ayant obtenu le plus de votes dans chaque circonscription È[11], voire quĠil Ç entrane souvent lĠlection de candidats nĠayant pas reu une majorit des voix exprimes et, par consquent, la formation dĠune Chambre des communes ne refltant pas la volont des Canadiens. È Le Comit souligne ensuite la complexit des scrutins proportionnels, ses atouts (notamment, une Chambre des communes qui pourrait tre plus reprsentative sous lĠangle des rgions, des groupes minoritaires ou des femmes) ainsi que ses faiblesses (une reprsentation locale plus prcaire, des gouvernements minoritaires plus probables, une multiplication du nombre des partis politiques). Le Comit rappelle que dĠautres alternatives la reprsentation proportionnelle sont possibles, par exemple lĠadoption dĠun scrutin majoritaire (du type vote alternatif ou deux tours) ou semi-proportionnel (nommment le vote unique transfrable, dĠailleurs mis au service de plusieurs lections lgislatives et municipales dans lĠouest du pays au cours des dcennies 1910 1970). En bout de piste, le Comit ne recommande pas lĠadoption dĠun scrutin proportionnel, mais croit plutt que cette question Ç ncessite plus dĠtude È.
SĠagissant de la reprsentation des femmes, le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre rappelait, dans son 22e rapport, la recommandation de la Commission Lortie lĠeffet de pondrer le remboursement des dpenses lectorales des partis selon la proportion de leurs candidates ou de leurs lues. Le Comit notait que cette proposition, qui en est une dĠaction positive, ne fait pas consensus, un clivage auquel le Comit lui-mme nĠa pas chapp. DĠautres recommandations gnrrent moins de dissensions, dont celle dĠinclure une Ç dfinition des dpenses pour garde de personnes charge È. Bien quĠune telle mesure puisse contribuer accrotre la prsence des femmes en politique, elle cache mal son caractre essentialiste en rduisant les femmes leurs dimensions re/productives, comme sĠil sĠagissait l de la seule lecture dĠelles mme de rallier tous les partis ! Aprs avoir dit souhaiter une plus forte participation des femmes la politique fdrale (comment soutenir lĠinverse ?!?!), le Comit bcla cette section en crivant quĠÇ [i]l conviendrait peut-tre (É) de laisser ces questions [de la participation politique des femmes] la discrtion des partis politiques. È Difficile de trouver meilleur exemple dĠesquive en matire de reprsentation politique des femmes, cette problmatique tant traite comme une sorte de Ç patate chaude È quĠil convient de refiler autrui pour viter de se brler : les femmes doivent tre plus prsentes en politique, certes, mais pas au prix de bousculer les partis, lesquels sauront grer Ç ces questions È (i.e., euphmisme pour Ç ces problmes È) dont, au demeurant, ils sont les premiers responsablesÉ
Le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre aborda de nouveau la question de la rforme lectorale dans son 35e rapport[12], produit lors de la 2e session du 37e Parlement fdral (en fonction du 29 janvier 2001 au 23 mai 2004). Dans son tude du projet de loi C-24, Loi modifiant la Loi lectorale du Canada et la Loi de lĠimpt sur le revenu (Financement politique), le Comit ne traita pas la question du mode de scrutin utilis pour les lections lgislatives fdrales, non plus celle de lĠeffacement des femmes de la reprsentation la Chambre des communes. L ne rsidait pas son mandat, non plus lĠobjet de la rforme.
En revanche, le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre se pronona sur ces problmatiques dans son 43e rapport (dpos lors du 38e Parlement, tenu dĠoctobre 2004 novembre 2005). Comme pour son 22e rapport, le Comit adopta le ton de la prudence. Reconnaissant que Ç la dcision de modifier le systme lectoral est politique È[13], il sĠadonna de nouveau lĠesquive en recommandant au gouvernement dĠenclencher Ç un processus de rforme dmocratique et lectorale È et, dans cette perspective, de mettre sur pied Ç un comit spcial de la Chambre des communes et (É) un groupe de consultation des citoyens È, ce dernier ayant pour mission spcifique de faire Ç des recommandations sur les valeurs et les principes que les Canadiens aimeraient voir intgrs dans leurs systmes dmocratique et lectoral. È Ensemble, le comit spcial de la Chambre et le groupe de consultation des citoyens Ç prendraient en considration lĠexamen (É) des moyens pour favoriser une meilleure reprsentation la Chambre des communes, notamment lĠaugmentation de la reprsentation des femmes (É), et les questions de proportionnalit (É) È Cette recommandation est le fruit des durs labeurs des treize membres du Comit qui, ne reculant devant rien pour rpondre leur mandat et produire leur rapport de sept pages la Chambre, Ç se sont rendus dans plusieurs pays [lĠAllemagne, lĠAngleterre, lĠAustralie, lĠcosse et la Nouvelle-Zlande] afin dĠacqurir de lĠexprience directe dans le domaine de la rforme lectorale et dĠapprendre comment ces pays ont consult la population au sujet de la rforme et lĠy ont fait participer. È Outre que la rforme dmocratique et lectorale ait servi justifier une dilapidation honte des deniers publics[14], le problme de la sous reprsentation des femmes en politique (et surtout les solutions ce problme) est de nouveau esquiv en suggrant la mise sur pied dĠun autre comit de la Chambre (mais Ç spcial È cette foisÉ) et dĠun groupe de citoyennes et de citoyensÉ
La plus rcente initiative sur la scne fdrale en matire de rforme du mode de scrutin vient de la Commission du droit du Canada (CDC). Cre par le gouvernement libral de Jean Chrtien en 1996, la Commission tait (car elle a t dissoute en dcembre 2006 par le gouvernement conservateur de Stephen Harper) un organisme indpendant ayant pour mandat de Ç rpondre aux besoins du Parlement en matire de conseils stratgiques impartiaux et pluridisciplinaires sur des questions de politique juridique et de rforme du droit. È[15] En 2003, la Commission entreprit un projet de recherche intitul Ç Le renouvellement de la dmocratie—reprsentation et gouvernance È. LĠobjectif tait dĠexaminer Ç la validit et la force des arguments pour et contre la rforme du systme lectoral canadien, en plus dĠanalyser divers systmes de gouvernance du pays. È (CDC 2004 : 14) LĠanne suivante, la Commission dposa au Parlement son rapport, Un vote qui compte : la rforme lectorale au Canada, dans lequel elle recommandait lĠadoption dĠun scrutin mixte proportionnel (SMP) pour lire les dputes et dputs la Chambre des communes du Canada (CDC 2004 : 108).
Selon la Commission, un SMP est la formule lectorale qui rpond le mieux dix critres dĠvaluation des systmes lectoraux valoriss par les spcialistes et la population lors des consultations quĠelle mena dans tout le pays. Ces critres taient : la reprsentation des partis (cĠest la proportionnalit votes/siges pour chaque formation politique), la reprsentation dmographique (soit la reprsentation descriptive en vertu de laquelle le Parlement est envisag comme un microcosme de la socit), la diversit des ides (un Parlement o cohabite un large ventail dĠides), la reprsentation gographique (dite aussi Ç reprsentation locale È, elle concerne ce lien entre la reprsentante ou le reprsentant et son lectorat), un gouvernement efficace (qui est en mesure dĠlaborer un menu lgislatif et de le mettre en pratique), un gouvernement responsable (cĠest--dire qui rpond de sa gouverne devant les reprsentantes et les reprsentants du peuple), une opposition efficace (qui soit en mesure de critiquer le gouvernement et dĠoffrir une alternative raliste sa gouverne), la reconnaissance des votes (lĠimpression pour les lectrices et les lecteurs que leurs votes influencent rellement lĠissue du scrutin), lĠquilibre rgional (cĠest--dire que le mode de scrutin doit permettre la reprsentation intgrale des appuis dont un parti bnficie travers tout le pays), finalement la prise de dcision inclusive (le processus dcisionnel doit privilgier les intrts nationaux plutt que rgionaux).
Outre de se prononcer clairement en faveur du remplacement du SMU par un SMP, la Commission du droit du Canada formula deux recommandations sciemment destines accentuer la fminisation de la dputation Ottawa. Optant pour la coercition, la Commission recommanda que le Lgislateur oblige les partis se doter de dispositions afin que les femmes et les hommes se partagent parit les mandats de reprsentation fdrale. Ë cette fin, et aux termes de la Commission,
[l]es partis devraient tre chargs de considrer divers lments, dont ceux-ci :
á la parit sur les listes de parti ;
á lĠutilisation de quotas au titre des listes de parti et des nominations de circonscription ;
á des politiques de recrutement de candidates ;
á des mesures pour inciter les femmes se porter candidates ;
á lĠappui au financement des campagnes, y compris des mesures pour faciliter les candidatures ;
á la nomination dĠun plus grand nombre de femmes au cabinet, pour le parti qui remporte lĠlection (CDC 2004 : 122).
La Commission suggra galement que les partis fassent rapport au Parlement suite aux premires lections tenues sous un SMP quant leurs efforts afin quĠun plus grand nombre de femmes soient dputes, et quĠun comit parlementaire ait mandat dĠexaminer ces rapports. Bien quĠencourageantes, ces recommandations destines fminiser la dputation fdrale reposent sur un pralable : que soit adopt un mode de scrutin mixte pour lire les membres des Communes, un projet qui nĠest pas lĠordre du jour du gouvernement fdral.
En terminant, plusieurs groupes ports par lĠobjectif de remplacer le SMU par une autre formule lectorale ont vu le jour sur la scne politique fdrale depuis le milieu des annes 1990, par exemple Dmocratie en surveillance, Equal Voice et Fair Vote Canada[16]. De ces groupes, Equal Voice est celui qui manifeste lĠintrt le plus clair pour la reprsentation des femmes. De telles mobilisations venant de la socit civile en faveur dĠune rforme du mode de scrutin ne sont pas trangres la reconfiguration du systme partisan laquelle ont conduit les lections de 1993. En effet, les rsultats de ce scrutin ont rappel les carts votes/siges dont le SMU tait capable. Ainsi, avec 41% des votes, le PLC obtint 60% des siges—et forma un gouvernement majoritaire ; le PC obtint 16% des votes mais 0,7% des siges, alors que le NPD dcrocha 3% des siges avec 7% des votes ; le Bloc Qubcois et le Parti rformiste obtinrent tous deux 18% des siges aux Communes, celui-ci avec 19% des votes et celui-l avec 14% avec, en prime, lĠhonneur de former lĠOpposition officielle de sa Majest, ce qui ne manque pas dĠironie pour un parti faisant de la souverainet du Qubec sa raison dĠtreÉ Si les lections de 1997 et 2000 ont gnr des gouvernements libraux majoritaires, celles de 2004 et 2006 se sont traduites par des gouvernements minoritaires, affaiblissant lĠun des principaux arguments en faveur du SMU, soit quĠil est synonyme de stabilit gouvernementale parce quĠil donne lieu des gouvernements majoritaires.
En somme, hier comme aujourdĠhui, le remplacement du SMU par un mode de scrutin dot dĠune dose de proportionnelle afin de dsigner les membres de la Chambre des communes du Canada nĠapparat pas sur les crans radars du Lgislateur fdral. Ainsi, aucun groupe de travail nĠa eu pour mandat explicite dĠvaluer lĠ-propos dĠutiliser le SMU pour les lections lgislatives fdrales. En revanche, la question a effleur le plan de travail de quelques commissions fdrales (nommment Ppin-Robarts et Macdonald) et du Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre. Quant la question de lĠaugmentation de la prsence des femmes la chambre basse, les commissions Ppin-Robarts et Macdonald ainsi que le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre lĠont carrment esquive. Par contre, la Commission Lortie et la Commission du droit du Canada ont fait des recommandations mme dĠaccrotre le taux de fminisation des Communes, la premire dans le cadre du SMU, la seconde dans le contexte peu probable o le Canada adopterait un SMP. Quelle place les initiatives provinciales et territoriales rcentes ont-elles rserve lĠobjectif dĠaccentuer la prsence des femmes en politique ?
Du ct des provinces et territoires[17]
Depuis le dbut du 21e sicle, cinq provinces (la Colombie-Britannique, lĠële-du-Prince-douard, le Nouveau-Brunswick, lĠOntario et le Qubec) ont srieusement valu la possibilit de rformer le SMU utilis pour lire les membres de leur assemble lgislative, et ce, en dployant de vastes processus de consultations populaires. Par ailleurs, dans le cadre de son plan dĠtablissement, le Nunavut a envisag lĠadoption dĠune disposition lectorale qui aurait garanti la parit de reprsentation femmes-hommes au sein de son assemble lgislative. Les initiatives des provinces seront dĠabord abordes, pour terminer avec le Nunavut.
La Colombie-Britannique
Cette province de lĠouest canadien est non seulement la premire avoir mis en place un vaste processus dĠtude destin rformer le SMU utilis pour lire les membres de sa lgislature, mais la formule quĠelle a privilgie a marqu lĠimaginaire. En effet, le mandat dĠvaluer le mode de scrutin a t confi non pas un comit de spcialistes en tudes lectorales, mais bien un groupe de Ç simples È citoyennes et citoyens, des Ç Madame-et-Monsieur-tout-le-monde È. Populisme de la part de la classe politique, peut-tre, mais la formule a constitu une source dĠinspiration pour dĠautres provinces.
CĠest en avril 2003 que lĠAssemble lgislative de la Colombie-Britannique donna son aval la mise sur pied dĠun groupe de citoyennes et de citoyens ayant mandat dĠexaminer lĠ-propos du mode de scrutin pour les lections lgislatives provinciales et, ventuellement, y proposer une alternative. Autonome dans ses travaux et non partisane, lĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale en Colombie-Britannique (ACRCB) se composait de 160 personnes slectionnes au hasard sur la liste provinciale des lectrices et des lecteurs, soit une femme et un homme provenant de chacune des 79 circonscriptions lectorales provinciales, plus deux Autochtones (une femme et un homme). Trois phases poncturent les travaux de lĠAssemble citoyenne, qui sĠchelonnrent sur lĠanne 2004 : de janvier mars, les membres tudirent les diffrents modes de scrutin ; de mai juin, elles et ils tinrent des audiences publiques et prirent connaissance des mmoires soumis leur attention ; de septembre novembre, les membres dlibrrent et firent rapport[18].
Trois valeurs guidrent lĠexamen du mode de scrutin auquel procda lĠACRCB, des valeurs tires des attentes exprimes par la population : 1) la proportionnalit votes/siges, cĠest--dire que la reprsentation de chaque formation politique lĠAssemble lgislative soit proportionnelle au soutien que lui a manifest lĠlectorat ; 2) la reprsentation locale, soit le lien entre, dĠune part, la reprsentante ou le reprsentant et, dĠautre part, ses commettantes et commettants; 3) le choix bonifi de lĠlectorat, cĠest--dire que chaque lectrice et lecteur puisse exprimer un vote nuanc grce une multitude dĠoptions lectorales. Il nĠest pas sans intrt de noter quĠune plus forte proportion de dputes nĠa pas t une valeur charnire des travaux de lĠAssemble citoyenne, et ce, en dpit du fait que la moiti de ses membres tait des femmes! De fait, Lang (2007) a non seulement constat que les 80 femmes membres de lĠACRCB ne se reconnaissaient pas le mandat de promouvoir la reprsentation des femmes[19], mais que plusieurs BC CitizensĠ Assembly members (femmes et hommes) nĠy voyaient mme pas l matire discussion (Lang 2007 : 59). Ce constat jette un doute trs srieux sur lĠide selon laquelle un plus grand nombre de femmes dans des postes de dcision se traduirait par des politiques publiques plus favorables aux femmes. Ceci dit, considrant les valeurs retenues par lĠACRCB (et notamment la troisime), il nĠest pas tonnant quĠelle recommanda lĠabandon du SMU et lĠadoption du vote unique transfrable (VUT) pour lire les membres de lĠAssemble lgislative de la Colombie-Britannique[20]. En effet, le VUT confre un rle de premire importance aux lectrices et aux lecteurs quant au choix des personnes qui les reprsenteront, cette libert ayant pour corollaire de confiner les partis un rle dĠarrire-scne quant la composition de la reprsentation lgislative.
Cette proposition fut soumise la population, en mai 2005, le mme jour o se tenaient les lections lgislatives provinciales. Le gouvernement dcida dĠassujettir son adoption une super majorit : la Colombie-Britannique ne tronquerait le SMU en faveur du VUT que si la recommandation de lĠACRCB recevait lĠappui dĠun minimum de 60% des votes valides exprims lĠchelle de la province, ainsi que la majorit simple dans au moins 48 (ou 60%) des 79 circonscriptions lectorales. La volont du peuple ne permit pas de satisfaire ces exigences : certes, la recommandation de lĠACRCB dcrocha le soutien dĠune majorit dĠlectrices et dĠlecteurs dans 77 circonscriptions, mais 57% de lĠlectorat lĠavalisa lĠchelle de la province. Il semble toutefois que ce ne soit que partie remise, puisque la rforme lectorale reste inscrite lĠordre du jour du gouvernement de la Colombie-Britannique, un nouveau rfrendum sur la question tant prvu en 2009, au mme moment que les lections lgislatives.
LĠOntario
Bien que lĠexprience de la Colombie-Britannique semble avoir encourag dĠautres provinces envisager une rforme du SMU, seule lĠOntario a suivi la dmarche britano-colombienne dĠune assemble du peuple. En effet, en novembre 2004, soit un mois aprs que les membres de lĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale en Colombie-Britannique aient recommand de tronquer le SMU pour le VUT, le premier ministre libral ontarien, Dalton McGuinty, annona la mise sur pied dĠune assemble de citoyennes et de citoyens ayant pour tche dĠexaminer le mode de scrutin utilis pour lire les dputes et dputs QueenĠs Park. Cette initiative tait partie prenante dĠun chantier plus vaste ayant pour proccupation le renouveau dmocratique, lanc la fin de 2003.
LĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale de lĠOntario (ACRO), dont les travaux se sont tenus de septembre 2006 mai 2007, affichait beaucoup de points communs avec sa prdcesseure de la Colombie-Britannique : indpendance du gouvernement, parit femmes-hommes parmi ses membres (et mme un lger avantage aux femmes, au nombre de 52 sur 103 membres), slection au hasard des citoyennes et des citoyens sur la base des circonscriptions lectorales provinciales et avec le souci dĠassurer une reprsentativit dmographique. Par contre, alors que trois valeurs seulement (soit la proportionnalit votes/siges, la reprsentation locale et le choix bonifi de lĠlectorat) encadraient le travail de lĠAssemble citoyenne de la Colombie-Britannique, en Ontario elles taient au nombre de neuf :
1) la lgitimit, cĠest--dire que la population de lĠOntario devrait faire confiance au mode de scrutin utilis pour lire leurs reprsentantes et reprsentants la lgislature provinciale ;
2) la reprsentation quitable, ou descriptive selon le langage de Pitkin (1967), en vertu de laquelle lĠAssemble lgislative de lĠOntario devrait constituer un modle rduit de la population de la province ;
3) le choix des lectrices et des lecteurs, en cela que le mode de scrutin devrait offrir un large ventail dĠoptions lĠlectorat ;
4) des partis efficaces, en ce sens capables dĠassumer leurs fonctions traditionnelles en dmocratie librale (notamment structurer les dbats publics, mobiliser lĠlectorat, former la classe et la relve politiques, offrir un programme de gouverne politique) ;
5) un gouvernement stable et efficace, cĠest--dire mme de prendre des dcisions, dĠagir et de bnficier dĠune certaine continuit dans le temps ;
6) un parlement efficace, constitu du tandem fonctionnel gouvernement-opposition, conformment au modle de Westminster ;
7) un plus fort taux de participation aux lections et une plus grande implication des lectrices et des lecteurs face aux diverses manifestations de la dmocratie lectorale ;
8) lĠimputabilit des dputes et dputs par rapport leurs commettantes et commettants ;
9) la simplicit et lĠaspect pratique, cĠest--dire que la population devrait comprendre les tenants et aboutissants du mode de scrutin, lequel devrait tre dĠapplication aise.
Alors que lĠaccroissement du taux de fminisation de la dputation sigeant Victoria nĠtait pas une valeur poursuivie par lĠACRCB, cette proccupation marqua le projet ontarien, mais de manire indirecte seulement. En effet, la reprsentation quitable valorise une assemble qui soit le reflet de la population, notamment au plan sociodmographique. Consquemment, la reprsentation quitable appelle et lgitime une prsence plus marque des femmes QueenĠs Park. Ceci dit, lĠACRO ne formula aucune proposition sciemment destine accrotre le nombre des dputes provinciales, et ce, mme si elle comportait un nombre sensiblement gal de femmes et dĠhommes. Comme le notait Phillips (1995 : 157-160), la prsence de femmes en politique nĠoffre aucune garantie que seront adoptes des dcisions publiques favorables aux femmes.
En mai 2007, lĠACRO recommanda que lĠOntario se dpartt du SMU au profit dĠun SMP, lĠimage des scrutins allemand, cossais et gallois[21]. Le modle prvoyait 129 siges, dont 90 pourvus au SMU et reprsentant autant de circonscriptions locales, et 39 attribus au scrutin proportionnel de listes fermes lĠchelle provinciale ( condition de satisfaire un seuil de reprsentation de 3% des votes valides exprims pour lĠensemble de la province). Chaque lectrice et lecteur aurait dtenu deux votes, lĠun pour lire une reprsentante locale ou un reprsentant local, lĠautre pour dsigner une dpute ou un dput de listes. De nouveau, en dpit du fait que la reprsentation quitable/descriptive constituait une valeur-phare dans la conceptualisation dĠun nouveau mode de scrutin pour lĠOntario, lĠACRO ne fit aucune recommandation afin de favoriser lĠlection des candidates.
Comme il sĠtait engag le faire au moment de lĠannonce de la cration de lĠAssemble citoyenne, en novembre 2004, le premier ministre McGuinty tint un rfrendum sur la recommandation de lĠACRO. Suivant lĠexemple de la Colombie-Britannique, son adoption tait soumise une super majorit : 60% dĠappuis lĠchelle provinciale et 50% dans un minimum de 64 circonscriptions lectorales. Si lĠissue du rfrendum britano-colombien justifie de garder en haleine celles et ceux qui militent pour lĠadoption dĠun nouveau mode de scrutin (tel que mentionn plus haut, un autre rfrendum est dĠailleurs prvu en 2009), les rsultats du rfrendum ontarien ne laissent aucun espoir aux rformatrices et rformateurs, dont lĠoption ne recueillit que 36,9% dĠappuis.
Les expriences de lĠële-du-Prince-douard et du Nouveau-Brunswick vinrent elles aussi conforter le statu quo.
LĠële-du-Prince-douard et le Nouveau-Brunswick
Alors que le Lgislateur britano-colombien et son vis--vis de lĠOntario choisirent de confier des assembles constitues dĠune centaine de citoyennes et de citoyens le mandat dĠtudier le mode de scrutin utilis pour dsigner les parlementaires provinciaux et, ventuellement, y proposer des formules lectorales de remplacement, lĠële-du-Prince-douard et le Nouveau-Brunswick confirent cette mission des structures dĠenvergure bien plus modeste, soit des comits constitus de quelques membres seulement. Les groupes dĠtude des deux provinces de lĠAtlantique convergent galement sur certaines de leurs recommandations, nommment lĠabandon du SMU en faveur dĠun SMP, et lĠendossement de ce scnario par voie rfrendaire.
Deux tapes marqurent le droulement du processus dĠtude dĠune ventuelle rforme du SMU pour les lections lgislatives provinciales lĠële-du-Prince-douard. Dans un premier temps, en janvier 2003, le gouvernement conservateur mit sur pied une commission ayant mandat dĠenvisager une rforme du mode de scrutin utilis pour lire les membres de lĠAssemble lgislative de lĠële. Indpendante du gouvernement, la Prince Edward Island Electoral Reform Commission ne comptait quĠun seul membre, Norman H. Carruthers. En dcembre 2003, lĠancien juge en chef de la Cour suprme de lĠële-du-Prince-douard remit son rapport au premier ministre Pat Binns. Il y formulait plusieurs recommandations, dont celle de modifier le SMU en y adjoignant un lment de proportionnalit. Bien quĠil envisagea lĠadoption du VUT, le commissaire Carruthers rejeta cette option au profit dĠun SMP Ç la no-zlandaise È, prvoyant lĠlection dĠune vingtaine de dputes et dputs au SMU et dĠune dizaine au scrutin proportionnel (Carruthers 2003 : 103). Fait important noter : le commissaire Carruthers se montra sensible la problmatique de la reprsentation des femmes en politique provinciale, et recommanda que toute rforme lectorale contribue accrotre le nombre des dputes lĠAssemble lgislative de lĠële (Carruthers 2003 : 101).
Retenant le constat pos par le Commissaire lĠeffet quĠil importait de mieux cerner les attentes de la population en matire lectorale avant dĠaller de lĠavant avec une rforme du SMU, dans un second temps le premier ministre annona, au dbut de lĠt 2004, son intention de crer une commission ayant pour mission de Ç poursuivre le travail de la Commission sur la rforme lectorale de lĠële-du-Prince-douard È, et notamment de Ç concevoir et mener une campagne dĠducation publique, visant faire mieux connatre la population de lĠële-du-Prince-douard lĠactuel systme lectoral uninominal majoritaire un tour et le systme mixte proportionnel. È[22] La Commission sur lĠavenir lectoral de lĠële-du-Prince-douard vit ainsi le jour la fin de 2004. Ses huit membres furent nomms en fvrier 2005, cinq par le Comit permanent de lĠadministration lgislative de lĠAssemble lgislative de lĠële-du-Prince-douard, et trois par autant de partis politiques enregistrs. Le SMP dfendu par la Commission disposait que 17 siges seraient attribus au SMU et, par le truchement dĠun deuxime tour, 10 au scrutin proportionnel de listes fermes lĠchelle provinciale (seuls les partis ayant obtenu au moins 5% des votes valides exprims lĠensemble de la province auraient pu recevoir des siges de listes)[23]. Ë lĠexemple de lĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale de lĠOntario (ACRO), la Commission sur lĠavenir lectoral de lĠële-du-Prince-douard traita la question de la reprsentation des femmes en politique provinciale de manire indirecte, en suggrant quĠune conception descriptive de la reprsentation inspire les partis afin Ç que la composition de la liste de candidats reflte la population de la province. È (ibid.)
Le gouvernement de lĠële soumit le projet de rforme lectorale un plbiscite, lĠinstar de ses vis--vis britano-colombien et ontarien. Toutefois, au contraire dĠeux, il nĠimposa pas de super majorit lĠadoption dĠun SMP (le seuil du plbiscite tait donc 50% des votes valides exprims + 1), bien quĠil dclara ne pas se sentir li par un vote de moins de 60% (Barnes et Robertson 2007 : 4) ! Le gouvernement nĠeut pas grer cette position contradictoire, puisque le 28 novembre 2005 la population se pronona clairement contre le recours au SMP pour lire les dputes et dputs sigeant Charlottetown.
Du ct du Nouveau-Brunswick, cĠest en dcembre 2003 quĠest cre la Commission sur la dmocratie lgislative (CDL). Son mandat tait dĠÇ [e]xaminer le systme lectoral ainsi que les institutions et pratiques dmocratiques au Nouveau-Brunswick, et formuler des recommandations pour les renforcer et les moderniser afin quĠils soient plus justes, ouverts, responsables et accessibles aux No-Brunswickois et aux No-Brunswickoises. È[24] De manire plus prcise, la CDL devait,
[e]xaminer des faons de mettre en Ïuvre lĠAssemble lgislative du Nouveau-Brunswick un systme lectoral reprsentation proportionnelle et formuler des recommandations cet effet, et proposer un modle particulier mieux adapt notre province qui assurera une reprsentation plus juste, une plus grande galit des votes, un organe lgislatif et un gouvernement efficaces, ainsi quĠun rle soutenu pour les dputs directement lus reprsentant des rgions gographiques dtermines. (ibid.)
Compose dĠun nombre gal de femmes et dĠhommes (soit trois commissaires et une coprsidence de chaque sexe), la CDL mena, de mai octobre 2004, une vaste campagne de consultation du public. Dans ce contexte, elle traita le thme Ç Femmes et dmocratie È[25]. Trois expertes sur la question brossrent alors un tableau de la participation des femmes la politique provinciale au Nouveau-Brunswick, expliqurent le scrutin de reprsentation proportionnelle et esquissrent des stratgies mme dĠaccentuer la fminisation de lĠAssemble lgislative no-brunswickoise. Ce travail ne fut pas vain puisque dans son rapport final, la CDL formula trois recommandations (une quatrime concernait plutt la haute fonction publique) destines Ç augmenter 35 pour cent dĠici lĠan 2015 la reprsentation des femmes lĠAssemble lgislative du Nouveau-Brunswick È (CDL 2005 : 30). La premire recommandation visait bonifier de $1 pour chaque vote obtenu lĠallocation annuelle aux partis ayant prsent au moins 35% de candidates aux lections provinciales les plus rcentes. La seconde recommandation, galement saveur financire, suggrait la mise sur pied dĠun mcanisme de financement des groupes travaillant accrotre la prsence des femmes en politique. Finalement, la troisime recommandation voulait obliger les partis faire rapport chaque deux ans sur les moyens quĠils ont pris afin dĠouvrir leurs portes aux femmes.
Au cours de ce processus de consultation, la CDL publia, en septembre 2004, un rapport dĠtape dans lequel elle dvoilait ses cartes quant au modle lectoral quĠelle privilgiait : un SMP rgional, suivant les exemples de lĠAllemagne et de la Nouvelle-Zlande, de lĠcosse et du Pays de Galles (CDL 2004 : 2-4). Dans son rapport final, la Commission ritra sa prfrence pour le SMP rgional. En vertu de son modle, 36 dputes et dputs auraient t lus au SMU et 20 au scrutin proportionnel de listes fermes tablies par les partis politiques. Ces listes auraient t rgionales, car reposant sur quatre districts plurinominaux, de taille peu prs quivalente, de cinq dputes et dputs chacun. Seuls les partis satisfaisant un seuil de 5% des votes valides exprims lĠchelle provinciale (et non rgionale) auraient pu recevoir des siges de listes. Chaque lectrice et lecteur aurait dispos de deux votes, lĠun exerc dans le cadre du SMU et lĠautre du scrutin proportionnel (CDL 2005 : 7-10). Finalement, la CDL recommanda de soumettre sa proposition dĠun SMP rgional au verdict populaire par le truchement dĠun rfrendum excutoire.
Le gouvernement rpondit aux recommandations de la CDL en juin 2006. Il sĠengagea, notamment, tenir un rfrendum en mai 2008 destin Ç modifier le systme lectoral de la province pour passer un systme lectoral mixte de reprsentation proportionnelle. È[26] Par contre, le gouvernement conservateur fit la sourde oreille aux recommandations destines amliorer la reprsentation des femmes, ce qui nĠempcha pas le premier ministre de conclure : Ç Grce au plan directeur du renouvellement dmocratique que nous formulons dans le rapport, les institutions et pratiques dmocratiques du Nouveau-Brunswick seront plus solides, plus quitables et plus reprsentatives; elles seront galement efficaces et devront rendre des comptes la population que nous servons È (ibid. ; italiques ajouts). Si la Commission sĠtait montre sensible la reprsentation des femmes en politique provinciale no-brunswickoise, le gouvernement de Bernard Lord nĠy accorda aucune importance. En clair, pour le premier ministre Lord, la reprsentation nĠa pas besoin des femmes pour tre reprsentativeÉ Par contre, les lections de 2006 devaient se traduire par un changement de gouvernement. Si la nouvelle quipe nĠavalisa pas le scnario de recourir un SMP rgional pour lire les dputes et dputs sigeant Fredericton, dans sa rponse aux recommandations du rapport de la CDL le gouvernement libral crivait que Ç [l]es associations de circonscription (sic) locales seront encourages nommer des femmes candidates aux lections provinciales en proposant un remboursement accru des dpenses lectorales (55% au lieu de 50% aprs avoir obtenu un seuil minimal de soutien lectoral). È[27] Selon le gouvernement, cet engagement encadrera les lections gnrales de 2010.
Le Qubec[28]
Trois priodes permettent de dcouper lĠvolution des vnements ayant entour la problmatique de la rforme lectorale au Qubec : avant 1960, de la dcennie 1960 aux lections de 1998, finalement depuis 1998. Au contraire des provinces de lĠouest canadien qui, entre le milieu des annes 1910 et le dbut des annes 1970, ont mis en application une forme ou une autre de scrutin proportionnel pour les lections lgislatives ou municipales (voir Pilon 2007 : 81), rien de tel nĠest survenu au Qubec. En fait, depuis 1792, date des premires lections lgislatives tenues dans le Bas-Canada, le Qubec sĠest toujours appuy sur le scrutin majoritaire pour lire les membres de son assemble lgislative provinciale. JusquĠaux annes 1960, lĠide dĠabandonner le SMU au profit dĠun scrutin proportionnel nĠa gure constitu un sujet de dbats publics au Qubec, et ce, en dpit des rsultats des lections de 1944 qui convirent le parti ayant obtenu le moins de votes (mais le plus de siges lĠAssemble lgislative) former le gouvernement, confinant par le fait mme lĠopposition le parti ayant rcolt le plus de votes (mais moins de siges ; voir le tableau 2).
Les rsultats des lections de 1966, 1970, 1973 et 1976 exposrent au grand jour les iniquits auxquelles le SMU pouvait donner lieu. Le tableau 2 montre les rsultats pour ces quatre scrutins selon la rpartition des votes et des siges. En 1966, avec 47,3% des voix, le pouvoir chappa au PLQ au profit de lĠUN, qui reut pourtant lĠappui dĠune proportion moindre dĠlectrices et dĠlecteurs (mais quĠ cela ne tienne, lĠUN obtint 51,9% des siges lĠAssemble contre 46,3% pour son rival). Le PLQ pu savourer sa revanche quatre annes plus tard, cette fois au dtriment du Parti qubcois (PQ), notamment : avec 45,4% des votes, il remporta les deux tiers des siges lĠAssemble nationale, alors que les 23,1% dĠappuis lectoraux confrs au PQ, un nouveau venu dans le champ politique et lectoral, se traduisirent par sept banquettes lgislatives, un dsavantage dĠautant plus criant lorsque les chiffres sont mis en perspective avec ceux de lĠUN (17 siges avec 19,6% des suffrages) et du Ralliement crditiste (12 siges avec 11,2% des suffrages). La malchance continua de sĠacharner sur le PQ aux lections de 1973 : mme sĠil obtint plus de votes quĠen 1970 (soit 30,2% versus 23,1%), il perdit nanmoins un sige ! Par contre, le PLQ avait toutes les raisons de faire la fte, puisquĠil monopolisa littralement la reprsentation lgislative : avec 54,7% des votes, il remporta 92,7% des siges, illustrant avec brio lĠeffet de la prime au vainqueur qui caractrise le SMU. Finalement, en 1976 cĠest au tour du PQ de bnficier des extravagances du SMU, alors que les 41,4% de votes valides quĠil glana lui confrrent prs des deux-tiers des banquettes lĠAssemble nationale.
Tableau 2 Rsultats aux lections de 1944, 1966, 1970, 1973, 1976 et 1998 selon la rpartition des votes et des siges
|
lections |
Partis |
% des votes |
% des siges (Nb) |
|
1944 |
Union nationale (UN) |
38,0 |
52,7 (48) |
|
|
Parti libral du Qubec (PLQ) |
39,4 |
40,7 (37) |
|
|
Autres et indpendants |
22,6 |
6,6 (6) |
|
1966 |
Union nationale (UN) |
40,8 |
51,9 (56) |
|
|
Parti libral du Qubec (PLQ) |
47,3 |
46,3 (50) |
|
|
Autres et indpendants |
11,9 |
1,8 (2) |
|
1970 |
Parti libral du Qubec (PLQ) |
45,4 |
66,7 (72) |
|
|
Union nationale (UN) |
19,6 |
15,7 (17) |
|
|
Ralliement crditiste (RC) |
11,2 |
11,1 (12) |
|
|
Parti qubcois (PQ) |
23,1 |
6,5 (7) |
|
|
Autres et indpendants |
0,7 |
0,0 (0) |
|
1973 |
Parti libral du Qubec (PLQ) |
54,7 |
92,7 (102) |
|
|
Parti qubcois (PQ) |
30,2 |
5,5 (6) |
|
|
Ralliement crditiste (RC) |
9,9 |
1,8 (2) |
|
|
Union nationale (UN) |
4,9 |
0,0 (0) |
|
|
Autres et indpendants |
0,3 |
0,0 (0) |
|
1976 |
Parti qubcois (PQ) |
41,4 |
64,6 (71) |
|
|
Parti libral du Qubec (PLQ) |
33,8 |
23,6 (26) |
|
|
Union nationale (UN) |
18,2 |
10,0 (11) |
|
|
Ralliement crditiste (RC) |
4,6 |
0,9 (1) |
|
|
Autres et indpendants |
2,0 |
0,9 (1) |
|
1998 |
Parti qubcois (PQ) |
42,9 |
60,8 (76) |
|
|
Parti libral du Qubec (PLQ) |
43,5 |
38,4 (48) |
|
|
Action dmocratique du Qubec (ADQ) |
11,8 |
0,8 (1) |
|
|
Autres et indpendants |
1,8 |
0,0 (0) |
_______________
Sources : Assemble nationale du Qubec (La rpartition des voix aux lections gnrales) http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/votes.html, et Assemble nationale du Qubec (La rpartition des siges aux lections gnrales) http://www.assnat.qc.ca/fra/patrimoine/sieges.html (pages consultes le 14 mai 2008).
Si le Rassemblement pour lĠindpendance nationale (RIN) inscrivit, son manifeste de 1964-1965, la rforme du mode de scrutin, ce nĠest quĠavec la dcennie 1970 quĠune srie dĠvnements lui donnera un accs bien timide lĠordre du jour politique qubcois. Cette perce nĠest pas sans rapport avec les convictions profondes du pre fondateur du PQ, Ren Lvesque, sur la question. En juin 1970, la Commission de lĠAssemble nationale est saisie du mandat dĠtudier la question de la rforme du SMU. La Commission permanente de lĠAssemble nationale mit alors sur pied, en novembre 1971, un comit dĠtude sur les modes de scrutin, dont le mandat comportait trois tches : primo, valuer les performances du SMU dans le contexte des lections lgislatives qubcoises ; secundo, brosser un tableau des principaux modes de scrutin, avec leurs portes et leurs limites ; tertio, identifier Ç des alternatives pratiques pour le Qubec en matire de mode de scrutin È (Drouin 1972 : 4) Aprs avoir insist sur les difficults satisfaire la troisime tche, le Comit identifia trois scnarios lectoraux alternatifs pour le Qubec : une reprsentation proportionnelle modre, le vote unique transfrable (VUT), enfin le scrutin mixte proportionnel (SMP) du type allemand (Drouin 1972 : 35). Le rapport Drouin, qui ignorait totalement la question de la (sous) reprsentation des femmes lĠAssemble nationale, ira vgter sur une tablette.
Six annes plus tard, en 1976, le gouvernement du PQ prsenta un vaste plan de rforme lectorale et, dans ce contexte, se dota dĠun poste de ministre dĠtat la rforme lectorale. Le titulaire, Robert Burns, reut mandat, du conseil des ministres, de rflchir et dĠanalyser le mode de scrutin utilis pour les lections lgislatives qubcoises, et ce, lĠaune de quatre grands objectifs : 1) amliorer la reprsentativit en rduisant de manire significative, voire en liminant, les distorsions votes/siges ; 2) maintenir la stabilit gouvernementale ; 3) assurer une reprsentation rgionale ; 4) si des listes devaient tre utilises, faire en sorte quĠelles soient dmocratiques, cĠest--dire quĠelles ne soient pas contrles Ç par les seuls tats-majors des partis. È (Burns 1979 : 37) Dans son livre vert, Un citoyen, un vote. Livre vert sur la rforme du mode de scrutin, le ministre dĠtat proposa trois scnarios de rforme lectorale mme de satisfaire ces objectifs, des scnarios comportant tous une dose de reprsentation proportionnelle (RP) : la reprsentation proportionnelle rgionale modre (RPRM), le systme mixte 2/3-1/3, enfin le systme mixte allemand. En dpit de la saga rfrendaire, le PQ est report au pouvoir en 1981 grce un coup de pouce du SMU : avec 49,2 % des suffrages, il remporta 65,6% des siges. Tout coup, un doute germa au PQ[29] : pourquoi se dmettre dĠun mode de scrutin qui venait de lui tre si gnreux ? LĠide de remplacer le SMU par la RPRM vivota tout au long du deuxime mandat pquiste[30], mais lĠarrive des Libraux la tte de lĠtat qubcois, en 1985, cloua la tombe de la rforme lectorale, et ce, jusquĠaux lendemains des lections de 1998, dont les rsultats rappelrent que mme si un parti remportait le plus grand nombre de votes, il nĠavait pas pour autant la garantie de constituer le gouvernement (voir le tableau 2).
Les rsultats du scrutin de 1998 nĠont pas t sans gnrer de nombreuses critiques quant aux performances du SMU. De fait, il est difficile de se porter la dfense dĠun mode de scrutin qui refuse le pouvoir au parti qui a obtenu le plus grand nombre de votes, sans mentionner dĠautres incongruits auxquelles il donne lieu[31]. SĠengage alors une trame dĠvnements qui, grosso modo, recouvre deux moments distincts correspondant lĠadministration pquiste (1998-2003) puis librale (depuis 2003).
En dcembre 2001[32], la commission des institutions de lĠAssemble nationale se donna un mandat dĠinitiative portant sur la rforme du mode de scrutin utilis pour lire les membres du Salon bleu. De manire plus prcise, la Commission avait mandat : 1) dĠtudier le SMU ; 2) dĠvaluer diffrents scnarios de rforme du mode de scrutin ; 3) en cerner les effets sur : la reprsentation (notamment des rgions), le rle des institutions parlementaires et leur fonctionnement, la formation des gouvernements et leur stabilit, finalement, le systme politique qubcois dans son ensemble. Il est noter que la reprsentation des femmes lĠAssemble nationale nĠtait pas partie prenante du mandat de la Commission, mme si celle-ci traita cette question dans ses travaux. La Commission produisit un document de consultation en octobre 2002 (Assemble nationale du Qubec 2002), lequel engendra un processus de consultation gnrale en audiences publiques un mois plus tard[33].
Au mme moment, au cours du dernier trimestre de 2002, sĠenclenchait une vaste opration de rflexion collective sur la rforme des institutions politiques qubcoises, soit le Comit directeur des tats gnraux sur la rforme des institutions dmocratiques (ou Commission Bland). Constitu de quatre femmes et six hommes, le Comit voulait mieux cerner lĠtat de lĠopinion publique par rapport aux institutions reprsentatives, et ce, en Ç libr[ant] la parole citoyenne, [en] amen[ant] les populations rgionales exprimer clairement leurs attentes et, finalement, par la tenue des tats gnraux, faire sĠexprimer une volont nationale. È (Comit directeur sur la rforme des institutions dmocratiques 2003 : 13) Le Comit, qui mena 27 audiences publiques dans une vingtaine de villes du Qubec entre le 15 octobre et le 27 novembre 2002, reut prs de 225 mmoires. Il tint ses tats gnraux les 22 et 23 fvrier 2003, auxquels participrent un millier de personnes. Le Comit remit son rapport, Prenez votre place !, au ministre responsable de la Rforme des institutions dmocratiques, Jean-Pierre Charbonneau, en mars 2003. Y taient formules plusieurs recommandations, dont celle de revoir le SMU et, de manire plus prcise, dĠenvisager lĠadoption dĠun scrutin de reprsentation proportionnelle rgionale. Le Comit se montra sensible la reprsentation des femmes au Salon bleu, recommandant :
Que le gouvernement contribue la cration de fonds privs dans le but de soutenir les femmes dans leur entre en politique.
QuĠun parti politique qui, la suite dĠune lection gnrale compte au moins 30% de femmes parmi sa dputation, reoive un remboursement bonifi de ses dpenses lectorales jusquĠ ce quĠil ait atteint 50% de reprsentation fminine.
Que le programme Ë galit pour dcider soit reconduit sur une base permanente et que ses ressources financires soient accrues. De plus, une partie du budget de ce programme devrait tre rserve au soutien de projets destins aux femmes autochtones ainsi quĠ celles de la diversit ethnoculturelles (Comit directeur sur la rforme des institutions dmocratiques 2003 : 64).
Prenez votre place ! devait rester lettre morte (du moins, pour ce qui est dĠinitier une rforme lectorale car, par ailleurs, la Commission Bland donna lieu un extraordinaire exercice de rflexion publique quant la qualit de la dmocratie reprsentative au Qubec), puisque deux jours aprs sa parution, des lections gnrales provinciales taient dclenches, que le PQ perdit.
Jean Charest, le nouveau premier ministre libral, dclara ne pas se sentir li par les recommandations de la Commission Bland. Par contre, lĠinstar des leaders adquiste et pquiste, en campagne lectorale il sĠtait engag revoir le mode de scrutin utilis pour dsigner les dputes et dputs sigeant Qubec. Ainsi, en juin 2004, le ministre dlgu la Rforme des institutions dmocratiques, Jacques Dupuis, soumis lĠAssemble nationale un projet de rforme parlementaire[34] qui devait tre suivi, le 15 dcembre 2004, dĠun avant-projet de loi[35] remplaant la Loi lectorale[36]. Fait important noter pour les fins de la prsente rflexion, lĠun des objectifs viss par lĠavant-projet de loi tait de Ç favoriser lĠatteinte dĠune reprsentation quitable des femmes lĠAssemble nationale È (Qubec 2004 : 6). LĠinscription de la reprsentation des femmes au cÏur mme des objectifs de lĠavant-projet de loi est, sans lĠombre dĠun doute, le fruit de la mobilisation du mouvement des femmes qubcois sur le terrain de la rforme des institutions reprsentatives, et notamment du Collectif Fminisme et dmocratie[37], et peut-tre aussi dĠune sensibilit (aux motivations lectoralistes ?) du ministre et/ou de son entourage lĠombre que jette sur la dmocratie reprsentative qubcoise la sous reprsentation des femmes au Salon bleuÉ
La composante de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale qui suscita le plus dĠintrt est celle, selon les termes utiliss par le ministre Dupuis dans sa dclaration lĠAssemble nationale le 15 dcembre 2004, dĠÇ une rvision du mode de scrutin qui a pour effet dĠintroduire des lments de proportionnalit afin de mieux reflter la volont de la population lors des lections. È[38] Le modle lectoral propos par le ministre Dupuis prsentait les caractristiques suivantes :
Le mode de scrutin propos peut tre qualifi de Ç proportionnel mixte È. Mixte, parce quĠil prvoit lĠlection de 77 dputs dans autant de circonscriptions, selon le mode de scrutin que nous connaissons actuellement, dĠune part, et Ç proportionnel È, car il prvoit, de plus, lĠlection de 50 dputs aux fins dĠassurer une reprsentation proportionnelle des appuis obtenus par les partis politiques, dĠautre part. Ces siges de dputs seraient rpartis dans un nombre de districts variant entre 24 et 27. (ibid.)
Rgle gnrale, chaque district, issu de lĠassemblage de trois circonscriptions lectorales, aurait comport deux siges de compensation. En dĠautres mots, chaque district aurait tait reprsent lĠAssemble nationale par trois dputes et dputs de circonscriptions, et deux dputes et dputs de listes. Ce scnario quivalait une compensation rgionale, et impliquait un seuil de reprsentation par dfaut de 15%. En outre, le modle attribuait un seul vote chaque lectrice et lecteur, vote qui aurait galement servi rpartir les 50 siges compensatoires entre les partis au prorata des votes obtenus par chacun dĠeux dans chaque district lectoral (selon une formule sĠapparentant au quotient dĠHagenbach-Bischoff : Q=V/[S+1]). Finalement, les listes utilises pour attribuer les siges compensatoires auraient t fermes.
Le modle prvoyait deux stratgies mme dĠaccrotre le nombre des candidates et, ventuellement, celui des dputes, soit de bonifier, dĠune part, lĠallocation annuelle accorde un parti en fonction du pourcentage de ses candidates aux dernires lections et, dĠautre part, le remboursement d une candidate. Le tableau 3 prsente ces deux mesures.
Tableau 3 Taux de remboursement dus aux candidatures fminines prvus par le modle du ministre Dupuis dĠun scrutin proportionnel mixte
|
Pourcentage de candidates prsentes par un parti |
Majoration de lĠallocation annuelle |
Remboursement des dpenses lectorales des candidates ayant obtenu au moins 15% des votes valides |
Remboursement des dpenses lectorales des candidates lues |
|
De 30% 34% |
+ 5% |
60% |
65% |
|
De 35% 39% |
+ 10% |
65% |
70% |
|
De 40% et plus |
+ 15% |
70% |
75% |
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Source : Qubec (Secrtariat la rforme des institutions dmocratiques, La reprsentation quitable des femmes lĠAssemble nationale) http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/publications/fiche_4_femmes.pdf (page consulte le 18 mai 2008).
Le 15 juin 2005, lĠAssemble nationale du Qubec adopta une motion constituant une commission spciale en vue de lĠtude de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale[39]. Constitue de neuf dputes et dputs, la Commission avait pour mandat de tenir des consultations particulires (auprs de spcialistes par exemple) et gnrale sur une srie de thmes abords par lĠavant-projet, dont lĠintrt dĠune rvision du mode de scrutin et les mesures destines favoriser une reprsentation quitable des femmes lĠAssemble nationale. La motion prvoyait aussi quĠun comit de citoyennes et de citoyens sur les questions lectorales, compos de quatre femmes et quatre hommes, assistt la Commission spciale dans ses travaux. Celle-ci dposa son rapport final en avril et mai 2006, dont la deuxime partie portait exclusivement sur le mode de scrutin et la reprsentation des femmes (et des minorits ethnoculturelles) lĠAssemble nationale[40]. La Commission formula plusieurs recommandations sur la rforme du SMU. Ainsi, si elle avalisa la ncessit de le rformer, elle insista pour Ç [q]ue toute proposition de changement au mode de scrutin conserve un systme de circonscriptions et introduise des lments de proportionnelle. È (ibid.) La Commission spciale formula aussi plusieurs recommandations propos de la reprsentation des femmes, dont la plus importante est sans aucun doute la suivante : Ç que les mesures incitatives financires pour les partis apparaissant lĠavant-projet de loi soient en principe maintenues dans leurs formes actuelles, mais que le calcul soit fait sur la base des lues et non pas des candidatures. È (ibid.) De fait, comme lĠauteure du prsent texte le mentionna lors de son passage la Commission spciale[41], toute mesure visant majorer lĠallocation annuelle des partis doit reposer sur la proportion des dputes et non des candidates aux lections, et ce, car cette dernire option Ç gonflera davantage les goussets des partis quĠelle ne fminisera le salon bleu, puisque les partis font le plein de leurs gains, notamment financiers, prsenter des candidates mais non faire lire des aspirantes dputes. È (ibid.) JĠajoutais :
Pire, puisque lĠincitatif financier porte sur les intrants, les candidats (sic), plutt que les extrants, les dputs (sic), cette disposition porte en germe lĠeffet pervers de rendre plus prsente, au sein de la socit qubcoise, lĠimage de candidates perdantes plutt que de candidates victorieuses, ce dont pourrait certes se passer la vaste problmatique de la reprsentation parlementaire des Qubcoises (ibid.).
En outre, considrer les lues (cĠest--dire les rsultats) plutt que les candidatures laisse pleine autonomie aux partis dĠorganiser comme ils lĠentendent la promotion des candidates, nonobstant quĠelles se prsentent en scrutin majoritaire ou sur les listes. Cette formule limite la ghettosation des femmes aux listes.
De son ct, le Comit des citoyennes et des citoyens sur les questions lectorales fit aussi rapport en avril 2006. La partie majoritaire du Comit[42] rejeta le modle de Ç proportionnel mixte È propos par lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale, y prfrant un mode de scrutin mixte compensation nationale partir de listes rgionales. Le Comit recommanda aussi quĠun parti doive recueillir au moins 5% des votes valides exprims lĠchelle nationale pour tre ligible aux siges compensatoires et que chaque lectrice et lecteur dispose de deux votes. SĠagissant de la reprsentation des femmes, l aussi le Comit citoyen formula plusieurs recommandations dont celle Ç [que] la majoration de lĠallocation annuelle des partis soit tablie en fonction du nombre dĠlues et non de candidates. È (Acharid et al. 2006 : 54 ; italiques dans lĠoriginal) Ainsi, que les lues plutt que les candidates soient lĠunit de base sur laquelle asseoir les mesures incitatives afin dĠaccentuer la fminisation de lĠAssemble nationale fit consensus entre les membres de la Commission spciale et leurs vis--vis du Comit citoyen. En outre, ce dernier recommanda Ç [que] la structuration des listes soit laisse la discrtion des formations politiques. È (Acharid et al. 2006 : 54) Cette recommandation nĠest pas inintressante, en cela quĠelle rappelle lĠesquive du Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre, dans son 22e rapport, en regard de la reprsentation des femmes. Pourtant, lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures constitue une stratgie trs puissante afin de fminiser la classe politique. Une telle obligation pse sur les partis politiques franais pour la constitution de leurs listes aux lections europennes, snatoriales, rgionales et municipales (dans les communes de 3 500 habitants et plus ; voir Snac-Slawinski 2008 : 78-79). Les rsultats sont probants au sein de la dputation franaise Strasbourg (fminise hauteur de 43,6% en 2004), dans les conseils rgionaux (47,6% de femmes en 2004) et parmi les conseillres et les conseillers dans les communes de 3 500 habitants et plus (48,2% suite aux lections de 2008).
Quoi quĠil en soit, plusieurs acteurs sociaux, dont le Mouvement pour une dmocratie nouvelle (MDN), se montrrent insatisfaits des conclusions de la Commission spciale sur la Loi lectorale, notamment parce que le groupe de parlementaires ne dit mot sur plusieurs composantes du modle port par lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale, par exemple le niveau de compensation (rgional ou national) ou le nombre de vote(s) par lectrice et lecteur. Quelque sept mois aprs que la Commission spciale et le Comit citoyen eurent dpos leurs rapports, le nouveau ministre responsable de la Rforme des institutions dmocratiques, Benot Pelletier, annona son intention de confier au Directeur gnral des lections du Qubec (DGQ) le mandat dĠanalyser les modalits dĠun ventuel mode de scrutin mixte compensatoire[43], ce quĠil fit le 21 dcembre 2006. Le DGQ nĠavait pas pour mission dĠvaluer lĠ-propos dĠune rforme du SMU utilis pour les lections lgislatives qubcoises ou encore dĠy proposer une ou des alternative(s) ; son rle tait dĠvaluer les formes que pourrait adopter la reprsentation lĠAssemble nationale lĠaune de diffrents modles statistiques labors partir de variantes des paramtres du scrutin proportionnel mixte. Des lections gnrales provinciales se tinrent entre-temps, en mars 2007[44], et en dcembre le DGQ dposa enfin, soit six mois plus tard que la date initialement prvue du 21 juin 2007, son avis sur les modalits dĠun mode de scrutin mixte compensatoire[45]. Ë ce jour, le ministre Pelletier nĠa mis aucune raction significative lĠAvis du DGQ[46].
Si lĠAvis tait mi-figue, mi-raisin quant la capacit des mesures financires incitatives contenues dans lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale et le rapport de la Commission spciale sur la Loi lectorale (notamment, de prendre pour base du calcul de la majoration les lues et non les candidates) fminiser la dputation sigeant Qubec, il adoptait une position claire quant aux impacts positifs de lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures :
Selon lĠtude par simulations statistiques, le critre de lĠalternance des candidatures fminines et masculines, conjugu lĠobligation de placer une candidature fminine la tte de 50% des listes des partis politiques, a un effet direct sur la reprsentation des femmes. LĠimposition de ce double critre permet dĠaugmenter le pourcentage de femmes lues partir des listes. Ce constat corrobore lĠexprience trangre ce sujet (Directeur gnral des lections du Qubec 2007 : 17).
En thorie, lĠalternance stricte des femmes et des hommes (ou lĠinverse) sur les listes de candidatures garantit que la moiti des personnes ainsi lues ( une unit prs si le total est un nombre impair) sont des femmes. Par contre, lĠexprience franaise a montr que les partis politiques ne sont jamais court dĠimagination pour violer lĠesprit et la lettre des lois dites sur la parit, par exemple en multipliant les listes dissidentes (Troupel 2002). Une faon de rpondre (au moins de manire partielle) de telles stratgies de contournement consiste imposer la parit des ttes de listes, un scnario dont le DGQ valua la porte, comme lĠindique lĠextrait cit de son Avis. Le partage galit entre les femmes et les hommes des ttes de listes est franchement une stratgie novatrice et peu usuelle. Nanmoins, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin lĠenvisagea, en janvier 2003, dans le cadre de son projet de rforme du mode de scrutin utilis pour les lections europennes.
En somme, les projets esquisss depuis les lections qubcoises de 1998 pour rformer le mode de scrutin utilis afin dĠlire les membres du Salon bleu (quĠil sĠagisse de la Commission Bland, de lĠavant-projet de loi remplaant la Loi lectorale, de la Commission spciale sur la Loi lectorale, du Comit des citoyennes et des citoyens sur les questions lectorales, ou de lĠAvis du DGQ) ont fait preuve dĠune sensibilit manifeste face lĠobjectif dĠaccrotre le nombre des dputes. Cet engagement soutenu nĠa certes aucun quivalent au palier fdral, mais non plus dans les provinces qui ont envisag de rformer leur mode de scrutin. Par contre, en dpit de cette proccupation constante du Lgislateur qubcois envers la reprsentation des femmes, lĠobjectif de fortifier la proportion des dputes lĠAssemble nationale nĠa pas constitu en soi une source dĠinspiration pour mettre de lĠavant un nouveau contrat lectoral, comme ce fut le cas au Nunavut.
Nunavut[47]
Le premier janvier 1999, le Canada sĠest enrichi dĠun troisime territoire, le Nunavut. Cet ajout est lĠaboutissement dĠun long processus de ngociation entre le gouvernement fdral, le gouvernement des Territoires-du-nord-ouest (le Nunavut est issu de la scission des Territoires dont il occupe aujourdĠhui la partie orientale) et le Nunavut Tunngavik (un groupe de dfense des droits des Inuits). En dcembre 1995, dans le cadre de ses travaux destins formuler des recommandations quant au systme politique du futur gouvernement du Nunavut, la Commission dĠtablissement du Nunavut proposa la cration de circonscriptions lectorales binominales paritaires, cĠest--dire reprsentes par une dpute et un dput[48]. LĠadoption de circonscriptions binominales nĠavait rien dĠoriginal, puisque toutes les provinces canadiennes ( lĠexception du Qubec) ont dtenu, un moment ou un autre, un tel arrangement lectoral (Courtney 2004 : 108-111, Pilon 2007 : 76, Young 1997). En revanche, lĠide que le Nunavut se dote de circonscriptions reprsentes simultanment par une femme et par un homme tait clairement originale[49].
Certes, cette recommandation voulait rpondre un problme pratique quant lĠquilibre des pouvoirs lgislatif et excutif : avec onze circonscriptions lectorales, lĠassemble lgislative, aux pouvoirs dj restreints face au gouvernement, risquait dĠtre domine par ce dernier, sans mentionner que le bassin dĠo mergent les membres du gouvernement en rgime de Westminster (soit le parlement) offrait un potentiel de ressources plutt modeste (Hicks et White 2000). En outre, avec onze siges seulement, il devenait difficile de reprsenter quitablement le spectre des opinions et des intrts de la population du Nunavut. Mais la proposition dĠune reprsentation binominale paritaire trouva sa lgitimit dans lĠargumentaire suivant lequel les femmes entretiendraient des rapports spcifiques la reprsentation politique, et ce, dĠun point de vue descriptif, certes, mais surtout substantiel. En effet, selon la Commission dĠtablissement du Nunavut, les femmes doivent tre plus prsentes en politique parce quĠelles sont mieux places que les hommes pour reprsenter les femmes. Dans Voice, Trust, and Memory (1998), M. S Williams dveloppe quelques outils thoriques qui aident comprendre cet argumentaire. Selon Williams (1998), lĠexprience commune de mise lĠcart, voire de discrimination, gnre des perspectives propres aux groupes que les personnes qui en sont issues peuvent le mieux exprimer et porter. Qui plus est, Williams (1998) croit que les personnes membres de groupes historiquement marginaliss font davantage confiance pour les reprsenter aux personnes qui leur ressemblent, et ce, en raison dĠune identit commune que lĠhistoire (ou la mmoire) a sculpte en termes dĠaltrit.
Les circonscriptions lectorales binominales paritaires, cĠest--dire reprsentes par un tandem dpute-dput, se seraient inscrites dans le cadre dĠun scrutin pluralitaire-majoritaire : cĠest la candidate et le candidat ayant obtenu le plus de votes valides exprims dans une circonscription donne qui auraient occup les deux siges allous ce comt lĠAssemble lgislative du Nunavut. Ce modle lectoral correspond au vote bloqu (Reynolds, Reilly et Ellis 2005: 44, 47). En cela, en dpit de lĠaspect novateur induit par la parit femme-homme, la Commission restait fidle la tradition lectorale canadienne : pas question dĠintroduire au Canada une forme de scrutin proportionnel.
En mai 1997, le peuple du Nunavut se pronona par voie rfrendaire sur la proposition suivante : Ç Should the first Nunavut Legislative Assembly have equal numbers of men and women MLAs, with one man and one woman elected to represent each electoral district? È (Dahl 1997: 42 ; italiques ajouts) La formulation Ç first Nunavut Legislative Assembly È invite certains questionnements quant lĠesprance de vie dĠun modle de reprsentation lgislative caractris par un nombre gal de femmes et dĠhommes. En effet, aurait-il encadr la constitution de la seconde, de la troisime, etc., assemble lgislative du Nunavut ? Le cas chant, comment le principe dĠune reprsentation binominale paritaire aurait-il pu sĠharmoniser avec le droit dĠligibilit—un droit protg par la Charte des droits et liberts de la personne ? En effet, supposons quĠun homme se retire de la vie politique, seuls des candidats (masculins) peuvent alors aspirer le remplacer, brimant par le fait mme le droit des femmes se porter candidates.
Quoi quĠil en soit, de tels dilemmes ne se sont pas poss puisque 43% seulement des personnes qui allrent voter[50] au rfrendum tenu le 26 mai 1997 appuyrent la proposition dĠune reprsentation binominale paritaire dpute-dput. En octobre 2007, lĠAssemble lgislative du Nunavut comptait deux femmes seulement parmi ses 19 membres (pour un taux de fminisation de 10,5%), ce qui lui valait dĠtre lĠassemble lgislative la moins fminise au Canada[51].
Conclusion
Ce texte avait pour objectif de saisir la place que les diverses tudes et projets de rforme lectorale au Canada et au Qubec ont rserve la reprsentation des femmes, et notamment lĠaugmentation de leur prsence dans les assembles lgislatives. LĠide matresse qui lĠanimait voulait que ces entreprises rformatrices aient, au mieux, rserv une importance accessoire une fminisation accrue des espaces lgislatifs. Au terme de la prsente rflexion, cette lecture doit tre nuance : si elle traduit convenablement plusieurs des initiatives entreprises en matire de rforme lectorale, par ailleurs elle passe ct de plusieurs autres. En fait, cette ide offre plutt une orientation gnrale afin de catgoriser les tentatives de rforme lectorale survenues au Canada et au Qubec sur un axe sĠtalant de la plus parfaite ignorance du problme de la sous reprsentation des femmes en politique sa pleine prise en compte.
Ainsi, du ct Ç de la plus parfaite ignorance du problme de la sous reprsentation des femmes en politique È, il faut classer les commissions fdrales Ppin-Robarts et Macdonald, ainsi que lĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale en Colombie-Britannique (ACRCB) et la rponse du gouvernement conservateur de Bernard Lord aux recommandations de la Commission sur la dmocratie lgislative du Nouveau-Brunswick afin dĠaugmenter le nombre des dputes. DĠautres instances, nommment lĠAssemble des citoyennes et des citoyens sur la rforme lectorale de lĠOntario (ACRO) et la Commission sur lĠavenir lectoral de lĠële-du-Prince-douard, traitrent lĠeffacement des femmes du pouvoir lgislatif en empruntant une conception descriptive de la reprsentation : les femmes sont sous reprsentes dans les espaces lgislatifs, comme le sont dĠautres groupes socitaux. Or, un tre humain sur deux tant une femme, il est pour le moins troublant dĠanalyser leur exclusion du pouvoir selon les mmes paramtres que des groupes moins substantiels au plan quantitatif (par exemple, les Autochtones ne constituent que 3% de la population canadienne). Cette perspective qui consiste assimiler les femmes une minorit comme les autres rappelle la stratgie assimilationniste du multiculturalisme canadien, dont lĠun des effets pervers est de ravaler le peuple canadien-franais (et Qubcois) au mme statut que toutes les autres Ç minorits nationales ÈÉ
De lĠautre ct, celui Ç de la prise en compte du problme de la sous reprsentation des femmes en politique È, se trouvent : le Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre (mais qui a plutt esquiv cette question en la refilant, la manire dĠune patate chaude, dĠautres instances) ; le commissaire Carruthers lĠële-du-Prince-douard (qui insista pour que toute rforme lectorale se traduise par des gains de reprsentation pour les femmes) ; la Commission sur la dmocratie lgislative du Nouveau-Brunswick (qui formula des recommandations afin que le tiers des parlementaires provinciaux en 2015 soit des femmes) ; la Commission Lortie et la Commission du droit du Canada (bien quĠelles suggrrent des stratgies mme dĠaccentuer le pourcentage des dputes, la premire dans le cadre du SMU et la seconde dans lĠoptique o le Canada se doterait dĠune forme de SMP, ni lĠune ni lĠautre nĠavait les moyens de ses ambitions). Finalement, toutes les initiatives dployes depuis les lections qubcoises de 1998 afin de rformer le SMU ont prt une attention convaincante au dficit de reprsentation des femmes lĠAssemble nationale. Le problme, cĠest que depuis plusieurs annes dj le gouvernement joue cache-cache avec la rforme lectorale, tel point quĠil faut douter de son intention relle de donner au Qubec un nouveau mode de scrutin.
Reste le Nunavut, la seule initiative en matire dĠingnierie lectorale au Canada qui a articul un projet ayant pour finalit de raliser une reprsentation lgislative des femmes qui soit le reflet de leur poids dmographique. En cela, la dmarche du Nunavut entretient certains liens de proximit avec lĠexprience franaise de la parit[52]. En effet, lĠide de parit femmes-hommes en politique veut que lĠun et lĠautre sexes se partagent galit les mandats de reprsentation politique (voir, entre autres, Gaspard, Servan-Schreiber et Le Gall 1992, Lpinard 2007, Martin 1998, Mossuz-Lavau 1998, Scott 2005, Snac-Slawinski 2008). De fait, la parit impliquait une galit au fil dĠarrive (cĠest--dire un nombre gal dĠlues et dĠlus) plutt quĠ la ligne de dpart (un nombre gal de candidates et de candidats). JusquĠici, la France et le Nunavut se rejoignent. Par contre, ils se distinguent quant leurs argumentaires. La parit repose sur une ide forte : lĠespce humaine se compose de femmes et dĠhommes. Pos autrement, un Homme sur deux est une femme[53]. Il sĠagit l dĠun phnomne universel : lĠtre humain tant universellement femelle ou mle, les femmes ne peuvent tre considres comme une catgorie, au mme titre que les minorits culturelles, ethniques ou sexuelles, par exemple. Qui plus est, le sexe est le clivage premier, celui qui est assign la naissance, le substrat de lĠHomme ; la dualit anatomique femelle ou mle prcde, traverse et marque tous les autres clivages socitaux, toutes les autres diffrences. La Commission dĠtablissement du Nunavut nĠa pas endoss ce raisonnement, y prfrant celui-ci :
As groups, men and women have had different relationships with the laws and institutions created through public policy, and have had different life experiences. As a result, there are differences in the ways in which men and women approach politics (É) One can (É) acknowledge that womenĠs underrepresentation in politics helps explain why they are more likely to be poorer (especially if theyĠre single parents) than men are, earn lower wages for work of equal value, face other forms of discrimination in the workplace, are discriminated against by pension systems, and have limited access to affordable child day-care. The call for balanced representation in politics is therefore more than a call for recognition of shared interests, it is a call for recognition for equality for a historically mistreated group in society (Nunavut Implementation Commission 1994: 5 ; italiques dans lĠoriginal)
Le clivage est clair entre les perspectives nunavutienne et franaise. La premire, connotation rsolument historico-sociale, argue que les femmes et les hommes constituent des groupes socialement distincts, celles-l ayant historiquement t discrimines par rapport ceux-ci—dĠo quĠelles doivent tre plus prsentes en politique, car elles sont mieux outilles pour reprsenter les femmes. La perspective franaise, saveur essentialiste, martle la soi-disant diffrence universelle des sexes quĠenfreindrait le pouvoir politique—un nombre gal de politiciennes et de politiciens nĠtant alors que la consquence de lĠordre naturel des chosesÉ
Les expriences de la France et du Nunavut offrent un potentiel fort et stimulant de recherches pour lĠavenir : en faisant de la parit femmes-hommes en politique la valeur-phare de leur projet de rforme lectorale, elles sont devenues des sources dĠinspiration pour les rformes venir.
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[1] Voir Collectif Fminisme et Dmocratie http://www.feminismeetdemocratie.ca/ (page consulte le 24 avril 2008) ; Equal Voice http://www.equalvoice.ca/ (page consulte le 24 avril 2008).
[2] Voir Union interparlementaire http://www.ipu.org/wmn-f/world.htm (page consulte le 23 avril 2008).
[3] Voir Union interparlementaire (archive de donnes statistiques, janvier 2006) http://www.ipu.org/wmn-f/arc/classif310106.htm (page consulte le 23 avril 2008).
[4] Voir Ministre des Affaires municipales et des Rgions (Direction de la planification et de la recherche) http://www.mamr.gouv.qc.ca/publications/democratie/profil_elus.pdf (page consulte le 23 avril 2008).
[5] Il ne faudrait pas conclure que le Canada et le Qubec sont des terres dĠimmobilisme en matire lectorale ! En ralit, le mode de scrutin utilis aujourdĠhui pour les lections lgislatives canadiennes et qubcoises se distingue moult gards des rgles qui prvalaient la fin du 18e sicle. Par exemple, autrefois les lections se droulaient sur plusieurs jours alors quĠaujourdĠhui elles se tiennent sur une seule journe (Courtney 2004 : 106-107).
[6] Par exemple, en 1986 le scrutin majoritaire, uninominal, deux tours a t remplac par un scrutin proportionnel de listes pour les lections lĠAssemble nationale. SĠagissant du Snat, la loi du 7 juillet 2003 a hauss le nombre des siges attribus au scrutin majoritaire (soit les dpartements comptant trois siges et moins, contre deux avant la rforme), tout en diminuant le nombre des siges pourvus au scrutin proportionnel (dornavant les dpartements comptant quatre siges et plus, contre trois avant la rforme).
[7] Par exemple, Pilon (2007 : 79) crit quĠau tournant du 20e sicle les Conservateurs du Qubec ont cherch stimuler lĠintrt de la classe politique fdrale pour le scrutin proportionnel, et ce, afin de limiter leur net dficit de reprsentation.
[8] La question de la rforme lectorale au Canada et dans les provinces a gnr plusieurs publications, dont : Cliche (1999), Courtney (2005), Irvine (1979, 1985), Massicotte (2005), Mendelsohn et Parkin (2005), Milner (1999, 2004), Options politiques (1997), Pilon (2006, 2007), Seidle (1996), Weaver (1997).
[9] Voir Convention sur lĠlimination de toutes les formes de discrimination envers les femmes, disponible www.un.org/womenwatch/daw/cedaw/text/fconvention.htm (page consulte le 1er mai 2008).
[10] Cette recommandation est aujourdĠhui inscrite dans la Loi lectorale du Canada, dont lĠalina 478.14 a) limite les dpenses pouvant tre engages lors dĠune investiture Ç 20 % du plafond des dpenses lectorales tabli en application de lĠarticle 440 pour lĠlection dĠun candidat dans cette circonscription lors de lĠlection gnrale prcdente, dans le cas o les limites de la circonscription nĠont pas t modifies depuis lors È ; voir la Loi lectorale du Canada, disponible http://www.elections.ca/content.asp?section=loi&document=part18_div05&dir=leg/fel/cea&lang=f&anchor=sec47814&textonly=false#sec47814 (page consulte le 1er mai 2008).
[11] Toutes les citations sont tires du 22e rapport du Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre, disponible http://cmte.parl.gc.ca/cmte/committeepublication.aspx?sourceid=36357 (page consulte le 1er mai 2008).
[12] Le 35e rapport du Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre est disponible http://cmte.parl.gc.ca/cmte/CommitteePublication.aspx?SourceId=37491 (page consulte le 2 mai 2008).
[13] Toutes les citations sont tires du 43e rapport du Comit permanent de la Procdure et des Affaires de la Chambre, disponible http://cmte.parl.gc.ca/cmte/CommitteePublication.aspx?COM=8988&Lang=2&SourceId=122502 (page consulte le 1er mai 2008).
[14] Ce jugement—svre—repose sur deux questions : 1) quelle Ç exprience directe dans le domaine de la rforme lectorale È un bref sjour lĠtranger peut-il srieusement confrer ?; 2) nĠexiste-t-il pas des crits qui auraient permis aux parlementaires Ç dĠapprendre comment ces pays ont consult la population au sujet de la rforme et lĠy ont fait participer È ?
[15] Voir Commission du droit du Canada http://www.infosource.gc.ca/inst/cld/fed01_f.asp (page consulte le 29 avril 2008).
[16] Pour Dmocratie en surveillance voir http://www.dwatch.ca/fr/ausujetlagroupe.html, pour Equal Voice voir http://www.equalvoice.ca/, pour Fair Vote Canada voir http://www.fairvotecanada.org/ (pages consultes le 29 avril 2008).
[17] Cette section doit beaucoup Barnes et Robertson (2007).
[18] Au moment dĠcrire cette rflexion, le rapport nĠtait pas disponible en ligne. Pour une tude exhaustive de lĠACRCB, voir Lang (2007) et, surtout, Warren et Pearse (2008).
[19] Lang (2007: 54) crit : Ç In interviews, few of the ordinary citizens in the BC CitizensĠ Assembly felt that they were there to act as representatives of any social group to which they belonged. È
[20] Pour en savoir davantage sur le vote unique transfrable, voir Bowler et Grofman (2000) ainsi que Reynolds, Reilly et Ellis (2005 : 71-77).
[21] Pour en savoir davantage sur le scrutin mixte proportionnel, voir Ferrara, Herron et Nishikawa (2005) ainsi que Shugart et Wattenberg (2001).
[22] Voir Elections Prince Edward Island (The Commission on Prince Edward IslandĠs Electoral Future, Mandat de la Commission) http://www.electionspei.ca/electoralfuture/mandate/francais/index.php (page consulte le 11 mai 2008).
[23] Voir Elections Prince Edward Island (The Commission on Prince Edward IslandĠs Electoral Future, Systme mixte proportionnel propos pour l'ële-du-Prince-douard) http://www.electionspei.ca/electoralfuture/newsreleases/francais/8.php (page consulte le 11 mai 2008).
[24] Voir Commission sur la dmocratie lgislative http://www.gnb.ca/0100/mandate-f.asp (page consulte le 13 mai 2008).
[25] Voir Commission sur la dmocratie lgislative (Femmes et dmocratie) http://www.gnb.ca/0100/women-sept25-f.pdf (page consulte le 13 mai 2008).
[26] Voir Nouveau-Brunswick (Bureau du conseil excutif) http://www.gnb.ca/cnb/newsf/ex/2006f0794ex.htm (page consulte le 13 mai 2008).
[27] Voir Nouveau-Brunswick (Bureau du conseil excutif) http://www.gnb.ca/cnb/newsf/ex/2007f0859ex.htm (page consulte le 13 mai 2008)
[28] Outre Barnes et Robertson (2007), cette section sur le Qubec doit Assemble nationale du Qubec (2002), disponible http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/rapports/rapci1.html (page consulte le 14 mai 2008). Voir aussi Massicotte et Bernard (1985).
[29] Mais non pas tant dans la tte de Ren Lvesque que dans celle de certains membres du gouvernement et du caucus pquiste.
[30] Par exemple, en 1983 la Commission de la reprsentation lectorale reut le mandat dĠvaluer le SMU et dĠenvisager des alternatives possibles. Dans son rapport dpos en mars 1984, elle recommanda lĠadoption dĠun scrutin proportionnel territorial, une suggestion vite condamne aux oubliettes.
[31] Par exemple, bien que lĠAction dmocratique du Qubec (ADQ) ait obtenu plus de 480 600 votes, elle nĠa fait lire quĠun seul dput (son chef, Mario Dumont) lĠAssemble nationale du Qubec.
[32] Rien de majeur ne survint sous le leadership du premier ministre Lucien Bouchard, un immobilisme qui tonne considrant les rsultats du scrutin de 1998 et lĠinscription au programme du PQ, depuis plus de trois dcennies, de la question de la rforme lectorale.
[33] Ainsi, le jeudi 14 novembre 2002, la Commission tint une sance de consultations particulires sur la rforme du mode de scrutin au Qubec. La Commission entendit alors quatre experts (masculins) en tudes lectorales. La dpute Lyse Leduc manifesta un vif intrt pour la question de la reprsentation des femmes, obligeant ainsi toute la Commission ne pas lĠignorer (voir Assemble nationale [Les travaux parlementaires, Journal des dbats] http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/debats/journal/ci/021114.htm; page consulte le 16 mai 2008). Il faut dire que le processus de consultation gnrale fut bien timide, la Commission ne tenant quĠune seule sance sur la rforme lectoraleÉ (voir Assemble nationale [Les travaux parlementaires, Journal des dbats de la Commission des institutions] http://www.assnat.qc.ca/fra/Publications/debats/ci.htm; page consulte le 16 mai 2008).
[34] Voir La rforme parlementaire (Cahier des propositions en bref), disponible http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/cahier_propositions_fr.htm (page consulte le 18 mai 2008).
[35] Un avant-projet de loi nĠengage gure le gouvernement ; il vise plutt prendre le pouls de la population ainsi que des intervenantes et des intervenants dans un dossier par rapport auquel il envisage possiblement intervenir.
[36] Voir Qubec (Rforme des institutions dmocratiques, Avant projet de loi remplaant la Loi lectorale, Document explicatif), disponible http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/publications/resume_avant_projet_loi.pdf (page consulte le 18 mai 2008).
[37] Voir Collectif Fminisme et dmocratie http://www.feminismeetdemocratie.ca/ (page consulte le 18 mai 2008). Voir aussi le Mouvement pour une dmocratie nouvelle http://www.democratie-nouvelle.qc.ca/accueil.htm (page consulte le 29 avril 2008).
[38] Voir Avant-projet de loi remplaant la Loi lectorale (Dclaration ministrielle) http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/discours/2004/srid_dis20041215.htm (page consulte le 18 mai 2008).
[39] Voir Assemble nationale (Commission spciale sur la Loi lectorale, Fonctionnement et mandat de la Commission) http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/motion.pdf (page consulte le 18 mai 2008).
[40] Voir Assemble nationale du Qubec (2006), disponible http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport-csle-2.htm (page consulte le 19 mai 2008).
[41] Voir Assemble nationale du Qubec (Les travaux parlementaires, Journal des dbats, Commission spciale sur la Loi lectorale, Consultations particulires sur lĠavant-projet de loi sur la Loi lectorale (4)) http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature1/DEBATS/journal/csle/051109.htm#_Toc119827072 (page consulte le 18 mai 2008).
[42] Voir Acharid et al. (2006) http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport_comite_csle.pdf (page consulte le 18 mai 2008). Le rapport minoritaire (Morisset 2006) est disponible http://www.assnat.qc.ca/fra/37legislature2/commissions/Csle/rapport_comite_morisset.pdf (page consulte le 18 mai 2008).
[43] Voir Ministre du Conseil excutif (Rforme du mode de scrutin, Ç Le ministre Benot Pelletier annonce une consultation du DGQ et des parlementaires sur des changements demands lĠavant-projet de loi È) http://www.institutions-democratiques.gouv.qc.ca/reforme-des-institutions/communiques/2006/srid_com20061213.htm (page consulte le 19 mai 2008).
[44] Qui conduisirent lĠlection dĠun gouvernement libral minoritaire dirig par Jean Charest. Le Qubec nĠavait pas connu de gouvernement minoritaire depuis 1878.
[45] Pour un rsum voir Directeur gnral des lections du Qubec (2007), disponible http://www.electionsquebec.qc.ca/fr/pdf/publications/Resume.pdf (page consulte le 18 mai 2008).
[46] Je remercie Mercdez Roberge dĠavoir confirm cette information. Par ailleurs, il nĠest pas sans intrt de mentionner que la vaste opration de rorganisation municipale survenue au dbut des annes 2000 a offert une autre occasion de saisir la rserve (pour ne pas dire lĠhostilit) du Lgislateur qubcois face au scnario dĠabandonner le SMU pour dsigner les reprsentantes et les reprsentants du peuple. Ce nĠtait pas l une premire, puisquĠen 1978, le Conseil des ministres du premier gouvernement Lvesque avait refus que soit test le scrutin proportionnel pour lire le quart des membres du conseil des villes de Montral, Laval, Qubec et Longueuil (Cliche 1999 : 50). SĠagissant de la rorganisation municipale du dbut des annes 2000, aucun moment le gouvernement nĠa-t-il srieusement envisag de recourir un scrutin proportionnel pour dsigner les dirigeantes et dirigeants des nouvelles communauts mtropolitaines issues du processus des fusions municipales. Certes, dans son livre blanc dpos lĠAssemble nationale du Qubec en juin 2000, la ministre dĠtat aux Affaires municipales et de la Mtropole, Louise Harel, prcise que Ç [l]e mode de dsignation des dirigeants des communauts mtropolitaines sĠappuiera sur certains principes, en particulier celui dĠune reprsentation proportionnelle de la population. È (Harel 2000 : 89) La notion de Ç reprsentation proportionnelle È dont il est ici question rfre au rapport numrique entre, dĠune part, les lues et lus et, dĠautre part, la population, une conception de la reprsentation qui guide la classe politique depuis les dbats sur la fondation du Canada (pour sĠen convaincre, voir les dbats sur la reprsentation ayant conduit la fondation du Canada dans Ajzenstat, Romney, Gentles et Gairdner [Kelly et Laforest] 2004). Elle ne doit pas tre confondue avec le mode de scrutin proportionnel. Qui plus est, la rforme municipale aurait t lĠoccasion dĠadopter un mode de scrutin sympathique aux femmes, mais rien nĠa t fait, avec le rsultat quĠau dbut de 2008, il nĠy avait que 13,4% de mairesses au Qubec.
[47] Cette section puise Tremblay (2005 : 226-227) et Tremblay et Steele (2006).
[48] Il nĠest pas sans intrt de noter que la question de la parit entre les femmes et les hommes en politique a fait lĠobjet de moult dbats en France au cours des annes 1990. Il serait intressant de cerner dans quelle mesure la Commission du Nunavut a pu sĠinspirer de lĠexprience franaise pour formuler sa recommandation. Par ailleurs, au Canada, lĠidal de reprsentation paritaire entre les femmes et les hommes teinta timidement les ngociations constitutionnelles de Charlottetown (Dobrowolsky 2000 : 146-150, Maill 2002 : 200).
[49] Ë tel point que lĠauteure de la prsente rflexion nĠa jamais eu connaissance quĠun tel scnario ait pris forme quelque part dans le monde.
[50] Le taux de participation au rfrendum fut modeste, soit 39% (Gombay 2000).
[51] Voir Equal Voice (Fast Facts, Women in Provincial Politics) http://www.equalvoice.ca/uploads/395_479d0880baebd.pdf (page consulte le 23 mai 2008).
[52] Notamment au plan temporel (voir la note 45).
[53] Cette position idologique nĠest pas totalement convaincante, notamment parce quĠelle ignore lĠexistence des troisimes sexes, cĠest--dire les personnes intersexues ou hermaphrodites, transsexuelles, transgenres, entre autres (voir la question 57 dans Tremblay, paratre en 2008).